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« La tête contre le Mur » au pied du Mur de Jérusalem, expérience inoubliable pour quatre jeunes lycéens

mardi 14 juin 2011, par Anne Doussin

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Compte-rendu détaillé du voyage des quatre lycéens de Rezé (44) pour écrire un poème de paix sur le mur de Jérusalem, avec leurs collègues palestiniens.

Andréa, Fakri, Clément et Gaëtan, lycéens de Rezé (44) ont passionné les personnes venues les écouter à leur retour d’Abou Diss, Palestine. Aboutissement d’un travail de deux ans, rencontre avec de jeunes Palestiniens pour écrire un poème de paix sur le mur de séparation de Jérusalem, voici ce qu’ils nous ont présenté au retour de leur voyage. Etaient présents des membres de l’association 4acg, qui a aidé au financement du projet.

Beaucoup de monde ce vendredi matin au lycée Goussier : élèves, parents, amis… Sont invités au débat deux palestiniens du camp de réfugiés de Jenin ( du centre de soins et d’appareillage pour enfants handicapés) et des représentants de l’ « Union des Juifs de France pour la paix » et de « France Palestine Solidarité Nantes ».

Fakri, Andréa, Clément, Gaëtan et leur professeur Laurent Priou.

Présentation du projet par le professeur, Laurent Priou, commentaire du diaporama sur le voyage, et la parole est aux élèves.

« Avant de partir, on ne comprenait pas très bien ce conflit, maintenant on sait ! »

L’objectif pédagogique était de montrer que les mots pouvaient être résistance, bien plus que la violence. Le poème écrit par ces jeunes, traduit en anglais et en arabe, est maintenant sur le Mur.

Ils partent pour Abou-Diss, du 1er au 8 mai 2011, accompagnés de leur professeur et d’un représentant de la municipalité de Rezé. Ils sont les porte-parole de leurs camarades de Bac Pro de Techniciens en Chaudronnerie Industrielle.

Fakri-Mohamed raconte ses déboires…

Déjà une difficulté : à l’aéroport de Tel-Aviv, Fakri est retenu deux heures par les Israéliens, pour questions et vérifications…il s’appelle aussi Mohamed sur son passeport. De quoi faire des progrès immédiats pour s’exprimer en anglais !

La première vision du mur est impressionnante… 730 km de long, alors que la frontière n’en fait que 600 environ, mais des enclaves (jusqu’à 30 km à l’intérieur des terres) englobent des colonies juives de Cisjordanie, ou des nappes phréatiques. Son coût : 2 millions de dollars par km. Sa hauteur : jusqu’à 17 mètres.

Le mur divise des propriétés palestiniennes, empêchant les cultivateurs de travailler dans leurs oliveraies. Celles-ci, soi-disant « abandonnées » tomberont dans trois ans dans le domaine public israélien, si elles ne sont pas rasées avant pour des motifs de sécurité.

Le climat de violence s’impose de suite à eux. Clément demande à son hôte qui est l’homme en photo sur le mur de sa demeure. C’est le frère du propriétaire, monté sur la terrasse après le couvre-feu. Il a été tué par un snipper, d’un mirador que l’on aperçoit.

Ils découvrent que « la sécurité » justifie tout pour les israéliens. Maisons palestiniennes rasées en laissant seulement 24 heures aux habitants pour se reloger…et la facture de démolition leur est adressée. Se rendre à Jérusalem à l’université ou à l’hôpital impose un large détour et des autorisations de passage, parfois longues à obtenir. Le malade transféré est parfois mort dans l’ambulance quand l’autorisation arrive.

Nous apprenons aussi :

- Que des élèves, même très jeunes, peuvent être arrêtés et incarcérés sans jugement, il s’agit « d’internements administratifs ». Les familles restent sans nouvelles et sans explications.

- Que les populations bédouines ont été contraintes de se sédentariser, et survivent dans des bidonvilles.

- Que les soldats israéliens, très jeunes, font trois ans de service militaire, et ne maitrisent souvent ni les armes ni leur peur… ce qui occasionne des tirs inconsidérés et parfois mortels. La propagande du gouvernement israélien auprès des jeunes est : tous les palestiniens, tous les arabes sont des terroristes.

- Que la religion appartient au domaine privé, une grande tolérance et le respect règnent. Accès libre aux différents lieux de culte, quelle que soit la religion, respect des choix de vie ou vestimentaires, boutiques « multi-cultuelles »…

- Que de petits actes de résistance s’inscrivent au quotidien : par exemple ne pas mettre sa ceinture en voiture, puisque les israéliens obligent au port de celle-ci.

Premières impressions : c’est un pays meurtri et morcelé qui les accueille.

Mais quelle hospitalité, quelle joie de les recevoir !

« Nous étions sur-servis » dit Andréa. Café, thé, gâteaux étaient offerts en permanence. Une sortie est organisée dans un parc d’attractions à Naplouse ? Pour ce, la mairie est fermée ce jour-là. Ils pensent être invités à une fête de jeunes ? Elle est organisée pour eux ! Plus de 300 personnes !

Les contacts avec les jeunes palestiniens : « Difficile de poser des questions sur leur vie, ils étaient tellement avides de savoir, c’est eux qui nous questionnaient sans cesse ! Ils voulaient savoir ce qu’on pensait en France d’eux, de la situation. »

Il ne leur a pas été possible de rencontrer et d’échanger avec des israéliens, jeunes ou adultes. Le mur empêche la communication dans les deux sens. C’était la période de la fête de la Nakba [1], ce qui se traduit par une méfiance et une sécurité renforcées. Les autorités israéliennes se sont montrées très dissuasives.

Les jeunes palestiniens sont avides de culture et d’études, depuis le plus jeune âge. Pour eux, c’est le seul moyen de sortir. Le premier acte posé par le premier Conseil des Jeunes d’Abou-Diss : création d’une bibliothèque.

Parole de lycéen français : « Chez nous, on est forcé d’aller à l’école. On croit que ce n’est pas utile car on trouvera tout quand on en aura besoin, dans les livres ou sur internet… En Palestine, l’école n’est pas obligatoire, ils sont très volontaires pour y aller, car leur vie est moins facile ».

Au travail ! Ils sont là pour écrire leur poème sur le mur, avec leurs correspondants palestiniens.

Le choix de l’endroit : en vue, mais pas provocateur…
Les services municipaux blanchissent cette partie du mur et…c’est parti !
Ecrire en français, en anglais (déjà plus difficile !) et pour l’arabe, on s’en remet aux jeunes palestiniens. Les jeunes filles en particulier font preuve d’un grand enthousiasme.

Sur la route les voitures passent, ralentissent, klaxonnent et les passagers clament leur approbation.
Un véhicule militaire israélien arrive, ralentit… et continue sa route.

Le résultat est là, symbole d’une paix espérée, lisible par tous ceux qui emprunteront cette route…

Unanimement, les quatre jeunes affirment que cette expérience les marquera pour la vie.

Le débat qui suit cette présentation apporte différents témoignages :
François Bourges exprime sa satisfaction devant le résultat humain et pédagogique de ce projet, que l’association des 4acg a soutenu financièrement. Il s’inscrivait dans les valeurs et objectifs de l’association : « s’opposer à tout ce qui prive les peuples du droit à disposer d’eux-mêmes », « éveiller la vigilance des jeunes » « promouvoir la paix »…

François Bourges, 4acg.

Le représentant de l’Union des Juifs de France pour la Paix s’exprime : on peut être juif par la culture, pas forcément par la religion. On peut être juif mais pas israélien, surtout pas sioniste.
Certains juifs considèrent l’occupation d’Israël par les juifs comme un acte de colonisation.
Israël a aussi construit ses quatre blocs de colonies en Palestine de façon à morceler celle-ci.

Le mur israélo-palestinien peut être considéré comme un morceau du « mur mondial » qui sépare le nord du sud.

En Israël, l’opposition à l’occupation existe et s’exprime : refus des jeunes de faire le service militaire, rassemblements et manifestations civiles non-violentes chaque vendredi.

Et ainsi, durant la Nakba, des palestiniens et israéliens se sont rassemblés pour manifester pacifiquement ensemble.

Nous l’avons ressenti à travers leur récit et nous nous en réjouissons : les liens tissés entre ces jeunes palestiniens et les lycéens rezéens, qu’ils ont bien l’intention de faire perdurer, sont une pierre de moins dans tous ces murs de séparation, et sont facteurs de paix.


Le texte du poème écrit par les lycéens se trouve ici.

Si vous voulez retrouver toute l’histoire de ce projet, voici nos précédents articles sur le sujet :

« Ecrire pour la paix » du 2 juin 2010

« Des lycéens se mobilisent pour la paix au Proche-Orient » du 9 octobre 2010

« La tête contre le mur » du 29 mars 2011

« Ils l’ont fait ! » du 14 mai 2011

Et si vous voulez en savoir plus sur les murs de séparation dans le monde, consultez l’ouvrage

« Des murs entre les hommes » de Alexandra Novosselov et Franck Neiss

La Documentation française-2007-

illustré de superbes photos !


[1L’exode palestinien de 1948 – commémoré comme la Nakba (arabe : النكبة‎, an-Nakbah, lit. « désastre », « catastrophe », ou « cataclysme ») – fait référence à l’exode de la population arabe palestinienne qui se produisit pendant la période que les historiens nomment guerre de Palestine de 1948 et qui couvre les six derniers mois du mandat britannique de Palestine et la première guerre israélo-arabe.( Source : Wikipédia)

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