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L’autre 8 mai 45 : le rassemblement parisien a réuni près de 600 personnes !

mardi 12 mai 2015, par Christian Travers

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Le vendredi 8 mai 2015, le soixante-dixième anniversaire de la victoire contre le nazisme et de la libération de la France a donné l’occasion à de nombreuses personnalités et associations de demander à l’Etat la reconnaissance officielle des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata.

Dès notre Assemblée Générale des 28 et 29 mars 2015 , une commission s’était constituée en vue d’inciter à la commémoration de ces événements dramatiques et un texte a été élaboré et diffusé le 11 avril sous la signature de notre Président Alain Desjardin (1).

En France, et naturellement en Algérie, d’autres militants et associations ont souhaité évoquer et condamner avec force la répression féroce exercée par la gendarmerie , la police et les armées de terre , de l’air et de la marine.
C’est ainsi qu’un collectif rassemblant de nombreuses associations, dont la 4acg, et des intellectuels comme Gilles Manceron et Olivier Le Cour Grandmaison, a été constitué le 14 avril à Paris en vue d’organiser le 8 mai un rassemblement unitaire sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris .
D’autres manifestations de même nature étaient encouragées dans d’autres villes de France .
Au cours de la réunion nous apprenions que Danielle Simonnet, conseillère municipale de Paris, venait de faire approuver à l’unanimité, par le Conseil de Paris, un vœu en faveur de la reconnaissance des massacres du 8 mai, sollicitant « le Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants et à la mémoire, ainsi que le Président de la République pour la reconnaissance par l’Etat des massacres du 8 mai à Sétif, Guelma et Kherrata et pour l’ouverture de toutes les archives relatives à ces terribles événements » (2)
Les jours qui ont suivi ont permis d’élaborer un tract, de rédiger une déclaration commune (3), de solliciter des signatures , de préparer la manifestation parisienne et de mobiliser les troupes …

C’est ainsi que le 8 mai, de 500 à 600 personnes se sont rassemblées sur le Parvis de l’Hôtel de Ville, où ont successivement pris la parole Olivier Le Cour Grandmaison, Michel Berthelemy, au nom de la 4acg (4), Danièle Simonnet, et M’Hamed Kaki (association Les Oranges), avant de déposer, au nom du Collectif et de la Ville de Paris, deux gerbes de fleurs en mémoire des disparus.

Dans le même temps, des rassemblements similaires étaient organisés dans plusieurs villes de France, notamment à Rennes, Grenoble, Nanterre, Champigny, Brest, Angers, Tourcoing … certaines demandant même à leurs élus de voter un vœu dans l’esprit de celui adopté à Paris .

Le mois dernier, Jean-Marc Todeschini , Secrétaire d’état aux anciens combattants et à la mémoire, était allé déposer une gerbe devant le mausolée de Saad Bouzid, le premier mort de Sétif. Le 19 avril, il écrivait ces quelques mots sur le livre d’or du mausolée : « en venant à Sétif, je dis la reconnaissance de la France des souffrances endurées et rends hommage aux victimes algériennes et françaises de Sétif, Guelma et Kherrata ». Geste qu’ Olivier Le Cour Grandmaison qualifie davantage de pas de côté que de pas en avant, et de déclaration « en retrait » par rapport aux propos suivants, énoncés successivement quelques années plus tôt par des représentants officiels de l’Etat :

Hubert Colin de Verdière, ambassadeur de France en Algérie, le 25 février 2005 à Sétif : la répression de 1945 a été une « tragédie inexcusable »

Michel Barnier, Ministre des Affaires étrangères, au cours d’un entretien paru dans El Watan le 8 mai 2005 : « Il est essentiel, pour construire un avenir commun, que nous arrivions à examiner ensemble le passé afin d’en surmonter les pages les plus douloureuses pour nos deux peuples. Cela suppose d’encourager la recherche des historiens de part et d’autre, qui doivent travailler ensemble, sereinement, sur ce passé mutuel ».

Bernard Bajolet, ambassadeur de France, en 2008 : « le temps de la dénégation est terminé », « les épouvantables massacres du 8 mai 1945 » , « la très lourde responsabilité des autorités françaises de l’époque dans ce déchaînement de folie meurtrière »… « qui a fait des milliers de victimes innocentes, presque toutes algériennes ,ainsi que des milliers de veuves et d’orphelins »

François Hollande, Président de la République, le 20 décembre 2012, devant les deux Chambres du Parlement algérien :
« Pendant 132 ans , l’Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal (…) et je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien . Parmi ces souffrances il y a eu les massacres de Sétif, de Guelma, de Kherrata, qui, je le sais, demeurent ancrés dans la mémoire et dans la conscience des Algériens ,mais aussi des Français . Parce qu’à Sétif, le 8 mai 1945 , le jour même où le monde triomphait de la barbarie, la France manquait à ses valeurs universelles ».
« Rien ne se construit dans la dissimulation, dans l’oubli, encore moins dans le déni »

De nombreux media ont évoqué l’événement et les rassemblements organisés un peu partout en France, ce jour du 8 mai 2015 : France-Inter, Europe1, Politis, Le Monde, L’Humanité, et quelques autres…
Précisons que le quotidien algérien El Watan a publié un dossier complet sur le sujet dans son édition datée du 7 mai (5)

Les manifestations 2015 sont terminées, mais la lutte continue pour arracher à l’oubli ces terribles événements. Au vu du climat politique régnant ici et là-bas, cela prendra du temps. C’est pourquoi le Collectif unitaire pour la reconnaissance des crimes d’Etat de 1945 en Algérie s’est donné rendez-vous l’année prochaine à la même date.

Christian Travers

Crédit photos Christian Travers

Notes

(1) Commémoration du 8 mai 1945, ne pas oublier le massacre de Sétif
(2) Adoption du vœu en faveur de la reconnaissance des massacres du 8 mai 1945 à Sétif en Algérie
(3) L’Autre 8 mai 1945
(4)

Intervention au nom de la 4ACG

(5)

Dossier El Watan

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