Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami(e)s Contre la Guerre

Accueil > Actualité, presse, autres associations > « VIVRE ENSEMBLE », musulmans et chrétiens en Algérie

« VIVRE ENSEMBLE », musulmans et chrétiens en Algérie

lundi 14 janvier 2019, par Anne Doussin

Version imprimable de cet article Version imprimable

A Mascara, dans l’ouest algérien, le Centre El Amel a été crée en 1994. Le responsable en est Raymond Gonnet, prêtre, et « savoyard en Algérie depuis 1965 », comme il aime le préciser.
Il définit ainsi le but général du Centre : « vivre ensemble, dans la fraternité et le respect par de-là nos appartenances nationales, politiques, religieuses ». Pour ce faire, rien ne vaut d’avoir « un projet commun, un travail à faire ensemble, et ce travail, c’est répondre à des besoins de notre environnement, de jeunes et de femmes, en particulier en leur offrant un service de qualité : formation, enseignement, mise à disposition de livres et de revues, culture, soins, action sociale d’urgence, ateliers de couture et cuisine, sport. »
Et comme on le sait, Mascara, c’est la ville de l’émir Abd El Kader.

En ce début d’année 2019, Raymond nous fait part de deux évènements marquants qui ont rapproché l’année passée les deux communautés, chrétienne et musulmane : la remise du trophée du « Vivre ensemble » et la Béatification de Mgr Claverie, des moines de Tibherine et de leurs compagnons.

Voilà ce qu’il nous fait partager :

Savez-vous que le 16 Mai a été choisi l’an dernier par l’ONU pour célébrer une journée mondiale du « Vivre ensemble » ? Et qui en fut l’initiateur ? Cheikh Bentounés, chef de la zaouïa Alaouïa de Mostaganem (une zaouïa est une confrérie religieuse). Le projet fut proposé par le Président Boutéflika. Eh oui, d’Algérie peuvent sortir de bien belles initiatives !
Début Novembre , une grande manifestation fut organisée à Mascara, pour célébrer le 186éme anniversaire de l’Allégeance des chefs de tribus de la région à l’émir Abdelkader pour organiser la résistance à l’armée française venue pour coloniser l’Algérie. Un trophée du ‘’vivre ensemble ‘’ devait être attribué à une personnalité marquante. C’est à Mgr Teissier, ancien archevêque d’ Alger, que le Ministre de la Culture choisit de discerner ce prix ‘’en reconnaissance de son action pour contribuer à la compréhension et à l’amitié entre les peuples‘’. Mgr Teissier ne pouvant être présent il m’a été demandé de recevoir le trophée, en son nom. J’ai dû faire un discours de remerciement, et en arabe. Attribuer ce prix, le jour anniversaire du début de la résistance contre la France, à un Français et qui plus est à un Evêque : cela n’est quand même pas banal ! Il faut dire que l’émir Abdelkader avait été très ami avec Mgr Dupuch, évêque d’Alger, avec qui il parlait du traitement des prisonniers de guerre, alors même qu’il combattait l’armée française. Et c’est Mgr Dupuch entre autres, qui, en 1852, a convaincu Napoléon III de libérer l’émir. J’ai aussi rappelé comment, à Damas, l’émir avait sauvé du massacre plusieurs milliers de chrétiens, de l’épée des druzes. C’était en 1860. Et voici ce qu’il répondit à Mgr Pavy, successeur de Mgr Dupuch , à la question : « Pourquoi avez-vous fait cela ? ». « Je l’ai fait à cause de ma foi musulmane et à cause des Droits humains », termes très peu connus à l’époque. Nous avons beaucoup à apprendre de l’émir Abdelkader ! Et pour conclure, je disais : ‘’ Si Mgr Teissier est français par le sang, il est Algérien par le cœur ‘’.
Et voilà qui nous amène tout naturellement à la Béatification de Mgr Claverie, des moines de Tibherine et de leurs compagnons. Ce qui fut célébré ce fut bien sûr le don de leur vie à l’Algérie, aux Algériens pour l’ Amour de Dieu , mais aussi la mort de plus de 180 000 Algériens , des intellectuels, des imams, des journalistes mais aussi d’humbles citoyens. Beaucoup parmi nous appréhendaient cet événement, tant les plaies sont encore vives dans les familles . Mais voilà que par miracle, et grâce à l’engagement du ministre des cultes , du préfet d’ Oran et de toutes les autorités locales, se sont retrouvés côte à côte , des représentants des familles et des congrégations des Bienheureux avec des imams , ministre , préfet , ambassadeurs et les communautés d’Oran, d’ Alger, de Constantine, du Sahara dans une profonde communion, dans une ambiance pacifiée et joyeuse. Il faut dire aussi qu’avant la cérémonie, les familles avaient été reçues à la grande mosquée d’Oran par les autorités musulmanes civiles et religieuses. L’écho dans la presse fut très positif, de même que les réactions de la population : « Finalement, avec la Béatification, nous avons pu faire notre deuil » dit une Algérienne. « C’est la 1re fois que je voyais des officiels et des imams dans une cérémonie religieuse chrétienne et je trouve cela très bien. » La réaction aussi de personnes qui travaillent avec nous : « Si le Ministre honore Mgr Teissier, et remet le Burnous au Père Raymond et si le ministre des cultes, préfet et imams assistent à la cérémonie à Santa Cruz, nous n’avons plus à rougir de fréquenter les Chrétiens. »
Mohamed Bouchikhi1 qui a été tué en même temps que Mgr Claverie fut associé à la cérémonie : le sang du musulman mêlé au sang du chrétien ! le ‘’vivre ensemble ‘’ jusque dans la mort. ! Il est représenté sur l’Icône de la Béatification. N’y a-t-il pas qu’un seul paradis pour tous les humains ? L’Algérie a donné une belle image d’elle-même et elle a été fière, à juste titre, d’avoir réalisé une telle célébration, en collaboration avec notre Evêque Jean Paul Vesco et de son équipe de bénévoles.
Pour ceux qui voudraient mieux connaître l’Emir Abdelkader, je vous conseille le livre de mon ami Ahmed Bouyerdene de Challes-les-eaux : « L’ harmonie des contraires »- Éditions Le Seuil.

Raymond Gonnet

En savoir plus sur le centre El Amel à Mascara : page facebook.

A la mosquée Abdelhamid ibn Badis

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.