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Une maman et ses deux enfants sous les bombes de Gaza. Salma nous écrit.

mercredi 6 août 2014, par Michel Berthelemy , Madeleine Binet

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(mise à jour 26 août 2014)

Salma est une jeune femme qui, avec son mari et ses deux enfants, vit à Gaza. Dans les années 2000, elle était en Normandie. Elle a gardé, de cette époque, des amis français à qui elle parvient à envoyer quelques nouvelles de temps en temps. Elle a accepté de voir publié sur notre site ce témoignage et les nouvelles par courriel qu’elle réussit parfois à nous envoyer.

"Mes parents et ma sœur mariée n’habitent pas très loin de chez moi. Je les contacte sans cesse, je m’inquiète pour eux, ils s’inquiètent pour nous. Maman me donne ses conseils pour que je puisse calmer mes enfants, mais moi, je ne sais pas quoi lui dire pour qu’elle ne soit pas inquiète pour nous !!
Je vous dis ici ce que je ne peux pas dire à mes proches ici à Gaza, je vous parle de mes cauchemars qui ne quittent pas ma tête : comme vous le savez, je suppose, il n’y a pas de vraies cibles ou des objectifs militaires pour les israéliens à Gaza : Banque islamique (Gaza), Association de charité Al-salah (Khan Younis), hôpital Wafa (Est de la bande de Gaza), la Clinique pour handicapés de Beit Lahyia et cinq mosquées. Leur but c’est de détruire Gaza et la Palestine, c’est ça l’objectif. Et cette fois, je dis : génocide. Tout ça me fait bien croire que rien n’est loin des missiles de ces criminels et ça me fait imaginer la maison de mes parents bombardée, avec ma famille, et en quelques secondes, je les perds. Moi, je perds ma famille, mes parents, mes frères et sœurs et tous mes souvenirs cent fois par jour !!

Cacher ses larmes aux enfants…

Mes enfants, c’est une autre histoire et c’est l’histoire de tous les enfants de Gaza :T…, mon fils aîné de 4 ans, pleure à chaque fois que son papa sort de la maison, ça l’angoisse, pourtant, il ne voit pas mes larmes qui attendent le retour de mon mari pour se cacher. Il sait très bien que tous ces bruits sont quelque chose de grave et parce qu’on n’arrive pas à lui expliquer ce qui arrive dehors, il croit que nous ne sommes pas au courant de ce qui se passe. TANT MIEUX !
Quant au petit, il croit encore qu’on frappe à la porte. En écrivant ce témoignage, on a entendu le bruit d’un bombardement très fort près de chez moi, le pauvre a eu peur, il a pleuré et m’a dit : « Mais ça ne va pas comme ça, pourquoi on frappe si fort à la porte ? ça me fait peur »
La nuit, ils se réveillent plusieurs fois à cause du bruit des bombardements.
L’anniversaire d’A… est le 16, T… me demande de le fêter et me propose des idées pour faire plaisir à son frère. C’est difficile de lui dire que ce n’est pas le moment de faire des fêtes et que c’est plus difficile de fêter dans une telle situation.
L’heure de l’Iftar, (repas essentiel au mois de ramadan) vers 20h, les bombardements sur la bande de Gaza s’intensifient. Nous, à la maison, on a tous les jours peur que ces assiettes chaudes qu’on a sur la table tombent sur nous lors d’un bombardement très fort. Le matin, on se félicite d’être encore VIVANTS.
Devant l’écran de mon ordinateur, je passe la plupart du temps, quand on a le courant, bien sûr (samedi, on ne l’a eu que 4 heures) pour avoir des nouvelles des autres et pour être au courant de ce qui arrive à l’extérieur. Sinon, j’ai les écouteurs de la radio dans les oreilles. Je lis ou j’entends des histoires qui brisent le cœur. J’ai tout le temps mon inquiétude et ma tristesse et celles des autres 

Partez ! votre maison est bombardée dans dix minutes

Quand Yasser a reçu un appel l’informant que sa maison allait être détruite dans quelques minutes, il n’était pas chez lui, il a essayé d’appeler sa famille, mais personne n’a répondu. Alors, il a couru comme un fou dans les rues de Gaza pour sauver sa famille. Quand il est arrivé, c’était TROP TARD. La maison avait été bombardée, il a perdu ses parents et tous ses frères et sœurs.
Un père a perdu son fils de 2 ans et demi , il a crié et a pleuré pour réveiller son fils, il lui a dit, « Oh mon fils, réveille-toi, je t’ai apporté de nouveaux jouets, réveille-toi. »

Adnan Abu Amer, journaliste, a écrit, « Imagine ceci : Le téléphone sonne, c’est l’armée israélienne, qui te somme d’évacuer ta maison, tu vas être bombardé dans 10 minutes, tu imagines, après 10 minutes toute ton histoire sera effacée de la surface de la terre, tes biens, les photos des frères et fils, des choses que tu aimes, ta chaise, tes livres, le dernier recueil de poèmes que tu as lus, la lettre de ta sœur immigrée à l’étranger, les souvenirs des êtres chers à ton cœur, l’odeur de ton lit, la boucle des cheveux de ta fille, la chaleur de ton fauteuil, tes vieux vêtements, ton tapis de prière, les bijoux de ton épouse, les économies de toute une vie . Tout cela te passe à l’esprit en 10 minutes, sens cette douleur quand finalement tu décides de ne prendre que tes papiers et sortir de la maison pour mourir mille fois, ou refuser d’évacuer la maison, et mourir une seule fois. » Et c’est le cas de la plupart des Gazaouis . D’ailleurs, beaucoup de familles du nord et de l’est de la bande de Gaza ont été obligées d’évacuer leurs maison, suite à une menace de bombarder tous ces quartiers.
Il y a plein d’autres histoires que je ne peux pas raconter dans un seul témoignage !!"

« Elle n’est point, Gaza, la plus belle des cités…
Elle n’est pas non plus la plus délicate ni la plus imposante, mais elle vaut le poids d’or de l’histoire d’une nation entière – parce que c’est elle la plus laide aux yeux de l’ennemi, et la plus miséreuse, la plus loqueteuse, et la plus méchante ! Et parce qu’elle est parmi nous, celle qui a su troubler toute euphorie et toute quiétude ! et parce qu’elle est un cauchemar et que ses oranges sont piégées, ses enfants sans enfance, ses vieillards sans vieillissement, ses femmes sans plaisirs ! Telle est Gaza, la plus belle, la plus sereine, la plus cossue, la plus digne, parmi nous, d’être aimée à la folie ! » Mahmoud Darwish.

Salma, Gaza, 14 juillet 2014

Salma nous a fait parvenir de nouveaux messages, les 25, 28, 30 juillet et le 4 août, le 22 août
Voir les documents joints.

édité par Michel Berthelemy