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Une conférence et un tout nouveau site pour exhumer et faire revivre les mémoires

vendredi 28 septembre 2018, par Michel Berthelemy , René Moreau

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Le jeudi 27 septembre, au Centre culturel algérien à Paris, s’est tenue une conférence autour du livre d’Henri Alleg, La Question, avec les historiens Nils Andersson, Gilles Manceron, Alain Ruscio et Anissa Bouayed. L’occasion pour René Moreau et moi-même, d’intervenir en seconde partie pour aborder certains objectifs de la 4acg devant une salle bien garnie… et une équipe de la télévision sud-coréenne KBS.

D’entrée, Nils Andersson pose la question : si Maurice Audin n’avait pas été d’origine européenne, aurait-on parlé d’une « Affaire Audin » ? Peu probable, en effet, car des milliers d’Algériens ont disparu sans laisser de traces, et qui s’en est ému ? Personne, à part les familles qui déposaient un avis de recherche à la préfecture d’Alger, avis que celle-ci transmettait à l’armée française qui, par la suite, en a détruit la majeure partie.

Quelques mois après l’assassinat de Maurice Audin, sort La Question, d’Henri Alleg. La conjonction de ces deux événements crée un choc dans une partie de la presse française, et bientôt chez certains universitaires. Pour Gilles Manceron, La Question jour le même rôle de détonateur que le J’accuse de Zola sur l’affaire Dreyfus. Le livre est diffusé mais très vite retiré de la vente. Avant d’être republié en Suisse par Nils Andersson.

Soixante ans plus tard, autre choc 
 
13 septembre 2018 : reconnaissance officielle par la France de l’enlèvement, de la torture et de l’assassinat de Maurice Audin par l’armée française. Déclaration attendue mais à laquelle personne n’osait plus croire. Mieux encore : au-delà de la personne même de ce jeune mathématicien, la reconnaissance de l’existence d’un véritable système de répression dont les méthodes ont entraîné la « disparition » de milliers d’Algériens, sans qu’aucun indice n’indique comment ils ont été « liquidés » ni à quel endroit ils ont été enterrés.

www.1000autres.org : un site pour retrouver les disparus

Or, un document officiel sur « les disparitions forcées » durant la Bataille d’Alger, que les historiens présents ce soir-là préfèrent appeler La grande répression d’Alger, vient d’être exhumé des Archives nationales d’outre-mer par l’historien Fabrice Riceputi , qui a retrouvé 850 fiches de renseignements émises de mars à août 1957. Ces fiches ont incité les historiens du site histoirecoloniale.net et l’association Maurice Audin à créer un site dédié à ces disparitions : www.1000autres.org. Créé le 19 septembre, le site, en une semaine à peine, a déjà permis que 35 victimes soient identifiées par leurs proches, contribuant ainsi à faire revivre une mémoire familiale et à rendre justice aux disparus.

Dans la même déclaration, le président de la République a annoncé l’ouverture des archives concernant les disparus Français et Algériens. Sur ce point, les historiens soulignent les limites de l’exercice. Les paras ont détruit beaucoup de documents, notamment le 13 mai 1958, regrette Fabrice Riceputi, et les bourreaux n’avaient pas l’habitude de coucher leurs exactions sur papier.
Quoi qu’il en soit, le site va poursuivre son recueil de témoignages. Toutes les personnes en recherche d’informations, ou pouvant en apporter, peuvent y accéder.

Si elle a déjà un impact certain, chacun sait que les effets de cette « libération » de l’information ne se feront ressentir qu’au cours de semaines et des mois qui viennent. C’est en effet une « boîte de Pandore » qui vient de s’ouvrir, au grand soulagement des familles, des chercheurs et des historiens. Conséquence « collatérale » : certaines autorités algériennes appelleraient dès maintenant, avec l’aide de la population, au recensement de tous les disparus du temps de la colonisation. Restent à définir la méthode et les moyens d’une telle entreprise.

Autre conséquence : d’autres pays colonisés, en Afrique notamment, voient ressurgir, depuis le 13 septembre, les dossiers mémoriels : victimes de l’histoire coloniale, morts de responsables africains jamais élucidées, exécutions de tirailleurs sénégalais au camp de Thiaroye en 1944, massacres au Cameroun au moment de l’indépendance…

En créant le site www.1000autres.org,, « Des Maurice Audin par milliers », ses initiateurs souhaitent qu’enfin la vérité soit dite, que cesse le déni qui prévalait. Et ils demandent à l’État d’aller jusqu’au bout de sa démarche, en reconnaissant les méfaits de la colonisation, les massacres du 17 octobre 1961 et ceux du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata. Ce n’est qu’à ce prix que les mémoires s’apaiseront et qu’une véritable relation d’estime pourra s’instaurer entre la France et l’Algérie.

Le site www.1000autres.org permet de rechercher, mais aussi d’apporter des informations, n’hésitez pas à le consulter

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