Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami(e)s Contre la Guerre

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Un entretien exclusif de Christian Travers, 4ACG, avec la rédaction du quotidien algérien Reporters

vendredi 15 mars 2019, par 4acg , Michel Berthelemy

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Sous le titre « 4acg, devoir de mémoire et action citoyenne des deux rives », le quotidien algérien Reporters daté du dimanche 10 mars, a publié un entretien, réalisé à Alger, entre son rédacteur en chef Nordine Azzouz, la journaliste Meriem Kaci, et Christian Travers, membre de la 4ACG. En voici le texte intégral.

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Le 5 février dernier, l’Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre (4ACG) publiait sur son portail une tribune de Michaël Duperrin sur Paul Teitgen. Le photographe et écrivain rendait hommage à Paul Teitgen, ancien secrétaire général de la préfecture d’Alger en 1957, ancien résistant, déporté à Dachau, torturé par la Gestapo durant la Seconde Guerre Mondiale et l’occupation de la France par l’Allemagne nazie. M. Teitgen, qui aurait eu 100 ans le 7 février, a démissionné de son poste de secrétaire général, on le sait, pour protester contre les actes de torture pratiqués par l’armée coloniale française à cette époque. Elles lui rappelaient celles qu’il avait subies du temps du nazisme. Dans son hommage à la figure historique de Paul Teitgen et son refus de la plaie coloniale, Michaël Duperrin résume aussi à sa façon l’action de l’association depuis sa création en 2004, il y a quatorze ans. 

Lors d’un récent passage avec son épouse à la rédaction de Reporters à Alger, un de ses membres, Christian Travers, lui-même un ancien appelé en Algérie durant la Guerre de libération, explique bien ce qu’est la 4ACG : « un collectif associatif constitué de personnes qui œuvrent au rapprochement entre les français et les algériens à travers des actions de citoyenneté responsable ». Les valeurs et les objectifs de l’association sont directement inspirés de l’article premier de la déclaration universelle des droits de l’homme. La feuille de route de cette association est la « Charte pour la Fraternisation entre les Peuples français et Algérien » que leur président a signé en mars 2016 et que toute association partageant ses valeurs, tant du côté algérien que du côté français est appelée à rejoindre. Une des dispositions fondamentale de cette charte est de « ne pas mettre sur le même plan l’oppresseur et l’opprimé » et de militer pour la reconnaissance des « violations graves des Droits de l’Homme » commises au cours de la guerre. Il convient également d’ « honorer les mémoires des victimes de tous les massacres collectifs et de reconnaître les exactions subies par les populations civiles, quelles qu’elles soient, du 8 mai 1945 à juillet 1962. Cette exigence de vérité, de part et d’autre, est le chemin qui mène vers la réconciliation et qui, nous sommes nombreux à le souhaiter, conduira vers plus de fraternité entre nous. Il faut mettre des mots sur les maux et construire ensemble une nouvelle étape de notre destin ! ».

La vérité comme source de justice

Ce devoir de mémoire et de justice s’accompagne aujourd’hui, comme nous l’indique Christian Travers, d’actions qui consistent en l’organisation de voyages, d’accompagnement et de soutien à des associations dans notre pays. Les membres fondateurs de la 4ACG sont d’anciens soldats de l’armée française qui militent pour « la vérité comme source de justice et d’apaisement » entre français et algériens, explique M. Travers, le verbe tranquille, l’œil pétillant, exprimant et décrivant avec fierté les valeurs et les actions développées par son association. : « participer à une œuvre de fraternisation et de soutien après avoir été embarqués malgré nous dans des guerres coloniales, celles qui ont si longtemps martyrisé et appauvri le peuple algérien nous apporte une grande satisfaction. Il s’agit de « réparer » par des gestes « modestes » mais symboliquement forts : jumelage de communes françaises et algériennes, visites en Algérie, aide matérielle à « des associations citoyennes, témoignages dans des établissements scolaires pour faire ressentir les horreurs de la guerre en général et de la guerre d’Algérie en particulier. Ces témoignages qui incluent chaque fois que possible un témoignage d’appelé, celui d’un moudjahidin, celui d’un ancien harki et celui d’un pied-noir permettent d’évoquer la complexité de cette guerre et de révéler qu’elle n’a fait que des victimes. Bien souvent les blessures encore vives de ces victimes contribuent à alimenter les fractures bien visibles de la société française. Devant les élèves, rassembler ces anciens ennemis, qui sont devenus frères est un geste fort qui les impressionne ».

Dénoncer l’horreur de la guerre, rapprocher… 

Comment ? « Certains anciens appelés refusent de toucher leur pension d’anciens combattants, nous, au sein de l’association, on la reverse à titre de soutien et d’accompagnement à des projets d’intérêt général menés par des associations algériennes » mais également dans d’autres pays pour le soutien de causes nobles et de défense des libertés, explique M. Travers. Son association, « laïque, sans couleur politique ni ligne idéologique », compte aujourd’hui plus de 400 militants et ses actions ne cessent de prendre de l’ampleur. Depuis 2005, la 4ACG, accompagne en partenariat avec l’association Bede de Montpellier le village Tazla, à une trentaine de kilomètres d’Ighil Ali, un village de petite Kabylie durement touché durant la guerre de libération. Depuis 2009, l’association est engagée dans le cadre des activités menées par l’ONG Touiza solidarité de Marseille avec des partenaires algériens (AJIE) en relation avec l’écologie, l’artisanat et la préservation du patrimoine immatériel. Cet engagement s’effectue sous forme micro-crédits destiné aux femmes et jeunes pour la création et l’accompagnement d’activités rémunératrices dans les secteurs de l’artisanat, l’environnement et le tourisme local. Elle intervient à Constantine avec l’association wafa depuis 2011 à la création d’un centre d’aide par le travail pour de jeunes autistes ou déficients mentaux. Il en est même avec l’association waha en relation avec le monde de formation et du travail et de SOS Bab El Oued pour pour la jeunesse. Pour les membres de la 4ACG, il est crucial de libérer la parole, de parler de « l’horreur de la guerre », de la dénoncer et de réconcilier les mémoires par des actions citoyennes, au présent », résumera Christian Travers. Après avoir rappelé que la 4ACG milite pour la création d’un Office Franco-Algérien pour la Jeunesse, sur le modèle de ce qui a été fait avec succès entre la France et Allemagne car, nous le savons, l’avenir appartient à la jeunesse et elle est en demande de tout ce qui pourra rapprocher nos peuples et nos pays.
PS : nous signalons que l’association 4acg dispose d’un site extrêmement riche en informations sur la guerre de libération et ses suites. On peut le consulter sur www.4acg.org

Le contenu intégral de Reporters du 10 mars (entretien pages 1 et 6) par ce lien
 http://www.reporters.dz/pdf/REPORTERS_1940.pdf

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