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Réinventer une fraternité paysanne entre la France et l’Algérie

samedi 8 août 2015, par Michel Berthelemy , Bernard Dutoit

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Notre ami Bernard Dutoit, membre de la 4acg, a participé activement, les 28 et 29 juillet 2015, aux 21e controverses de Marciac, dans le Gers, invité par la mission d’animation des agrobiosciences, dépendant de l’Université de Toulouse. Nous reproduisons ici sa contribution, consacrée en grande partie à la fraternité paysanne franco-algérienne.

Paysan très modestement engagé, ma réaction semblera sans doute hors sujet. En effet quel peut être le lien entre des paysans algériens et nos différentes formes d’agriculture ? Chacun d’entre nous est placé devant la décision de fraternité, un choix apparemment très simple : la pulsion de rejet et d’exclusion, ou la volonté de rassemblement et de réconciliation !
Au cours des Controverses de Marciac (la Méditerranée au cœur de l’Europe) Omar Bessaoud, chercheur Algérien, nous avait interpellés sur un éventuel partenariat avec nos frères paysans algériens.
Adhèrent de l’AFDI (Agriculteurs Français et Développement International ) je me suis senti concerné, d’autant que j’ai en tant qu’appelé très mal vécu mon séjour obligatoire en Algérie, et que je milite contre la guerre au sein de la 4 ACG (anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre ) dont les membres s’engagent à reverser leur retraite de combattant pour des actions de solidarité, en Algérie de préférence. Ces structures nous permettent avec d’autres, d’accompagner la réalisation de projets de développement agricole et rural dont les populations des pays concernés, sont elles-mêmes les initiatrices et les bénéficiaires. Dans la région de Mostaganem et Mascara un groupe d’agriculteurs algériens nous a sollicités, très intéressé par ces échanges paysans.
Cette expérience efficace, fondée sur l’identité commune du métier, la connaissance réciproque, se solde toujours par une fraternité fabuleuse entre les paysans et paysannes avec lesquels nous avons mené des actions en véritable partenariat au Benin et au Burkina Faso .
Nous sommes persuadés que travailler ensemble sur des actions communes est fondamental au cœur de l’Europe et que nous devons dépasser les malentendus de l’histoire en nous engageant dans un partenariat entre nos deux pays sur la base de petits projets de développement voulus par nos frères paysans Algériens.

Mais c’est sans doute trop simple !  

Ce rapprochement avec nos frères musulmans suscite des réactions islamophobes violentes même dans notre rural profond gersois. Cette violence me ramène à la coexistence difficile entre les différents types d’agriculture dans un même terroir. Le rejet de l’autre, différent, que l’on refuse de connaître, qui fait peur, craignant qu’il nous impose sa façon de vivre de penser ou de croire.

Coexister, vivre ensemble, suppose une véritable fraternité avec un respect profond de ce que peut penser le frère différent. C’est accepter de changer notre regard sur nous-même et sur l’autre. Si nous prétendons vivre ensemble, paysans d’ailleurs, ou agriculture différente, nous ne pouvons plus nous enfermer dans des forteresses idéologiques. Regardons l’autre comme une chance avec ses talents en prenant le risque d’aller à sa rencontre. Il faut éviter de penser que ceux qui sont différents sont foncièrement mauvais et irrécupérables. Tout être humain a une capacité au bien, ce qui ne veut pas dire être naïf. Nos petites querelles de paysans riches entre OGM , bio, fermes, usine, etc…sont ridicules face à cette importante question : quelle terre voulons nous ? Et si nous disions que nous voulons une terre ou plus personne ne souffre de la faim, ou la justice sociale et un partage équitable des richesses et des ressources soient garantis ! Une terre ou le vivre ensemble et la fraternité soient rendus possibles par le dialogue et le respect de la différence… 
 
La fraternité est restée trop longtemps la grande oubliée de notre devise républicaine

Pourtant c’est cette fraternité qui doit orienter nos existences vers le vivre ensemble, sans elle la liberté est un idéal vide. Un de nos points forts ne serait-il pas de promouvoir ensemble une agriculture fraternelle, fondée sur le juste équilibre entre résultat économique bien-être social et gestion des ressources naturelles ?
Au Sud comme au Nord, les paysans partagent les mêmes valeurs fortes autour de leur métier de producteurs. La fraternité demande un engagement quotidien et doit trouver des lieux pour s’exprimer. Faire se rencontrer les gens au lieu de les laisser se considérer comme ennemis, c’est ce que réalisent les controverses de Marciac : faire émerger la fraternité en facilitant les rencontres… Saurons-nous ensemble à Marciac trouver les moyens pour réinventer la véritable fraternité ?

Bernard Dutoit
 
Pour plus d’informations :
21e Controverses européennes de Marciac
Université Toulouse www.agrobiosciences.org

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