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Pourquoi l’algérien n’aime pas le changement ?

vendredi 20 février 2015, par Anne Doussin , Mustapha Ouandjli

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Mustapha OUANDJLI, que nous avons eu plusieurs fois le plaisir de rencontrer, nous a adressé un article qu’il a publié dans le Quotidien d’Oran. Article intéressant et éclairé dans le contexte international actuel, en même temps qu’ouvert sur l’avenir.
voici des extraits de cet article, que vous pouvez aussi lire dans son intégralité.

Rappelez-vous, qu’il n’existe rien de constant si ce n’est le changement
« Citation du Bouddha »

…/…
Au début du 20éme siècle, le physicien russe Alexandre Friedmann et le cosmologue belge George Lemaitre ont estimé, d’après des calculs théoriques, que L’Univers est en mouvement constant et en expansion. Dans le même contexte, l’expansion de l’univers a été décrite dans le Coran comme suit : « Le ciel, Nous l’avons construit par Notre puissance et Nous l’étendons [constamment] dans l’immensité. » (Coran, 51 :47).
…/… C’est à travers les différentes circonstances qui sont toujours en évolutions que nous pouvons nous rencontrer, grandir et apprendre à devenir de meilleures personnes.
Pourtant, combien d’entre nous aiment embrasser et accueillir le changement ?
Pour répondre à cette question, vous pourriez vous demander pourquoi nous résistons au changement, même si nous savons dans nos esprits que le changement est important. La réponse est qu’une personne ne veut pas reconnaître les changements qu’il voit dans l’environnement extérieur, c’est pourquoi, il deviendra frustré et déprimé parce que sa conscience interne est encore à faire face aux changements extérieurs.
Jean-Claude Guillebaud est l’un des penseurs contemporains les plus appréciés et qui a beaucoup travaillé sur la tendance au pessimisme qui domine le monde. Il pense que l’homme n’est pas capable de déceler les transformations qui arrivent dans le monde, car il est plus facile de voir disparaître le vieux monde que nous connaissons bien. En revanche, apercevoir l’autre monde qui germe est compliqué. …/…
Comme l’a parfaitement dit Gandhi, « un arbre qui tombe fait beaucoup de bruit, une forêt qui germe ne s’entend pas ». Il faut donc faire un effort d’attention. Nous devons être à l’affût, observer les changements, car certains peuvent être synonymes d’espérance.
Pour changer, il faut vaincre la résistance au changement
La résistance au changement peut être décrite comme étant la manifestation d’une réticence à modifier ses comportements, représentations ou idées. Elle apparaît tout d’abord dans les habitudes de fonctionnement de l’individu ou du système : refus de nouveautés (toute nouveauté fait naître un sentiment d’inquiétude). Ainsi, la résistance au changement est inhérente à la nature humaine et elle est le produit d’un système et d’un individu.
Le fondement théorique nous dit qu’il est difficile pour l’être humain d’accepter une chose et son contraire, de faire siennes deux idées qui s’opposent. Si tel est le cas, la personne se trouve dans un état psychologique tout à fait désagréable dont on cherchera à s’échapper le plus rapidement possible. …/…
D’autre part, la psychologie nous fournit également quelques éléments de réponse. La pression à la conformité sociale nous amène souvent à rejoindre l’opinion de la majorité, par peur du rejet, par besoin d’identification et d’appartenance, parce que nous avons tendance à penser que la vérité se trouve dans la majorité. Ceci explique en partie pourquoi les représentations sociales sont difficiles et longues à modifier.
Par contre, il reste que la culture est sans aucun doute un paramètre très important à prendre en compte.
Pour Malek BENNABI le problème de culture ne se pose pas du tout dans l’abstrait, au théâtre, au cinéma, dans le cabinet de travail d’un romancier ou dans le style d’une danse folklorique, mais dans un champ que nous labourons à l’école où nous envoyons nos enfants, dans les rues où se trouve une forme quelconque de notre vie et de nos activités manuelles ou intellectuelles. L’individu ne doit pas ses qualités sociales à la formation scolaire, mais à des conditions propres à son milieu… /…
L’Algérie est un pays assez conservateur. Dans ce type de pays, il règne dans leur champ d’activité plus qu’ailleurs, un climat de morosité, de fatalisme, d’opposition et de suspicion. Cela génère une attitude générale défensive, se caractérisant par la recherche des failles, des défauts, des faiblesses, des points plutôt négatifs que positifs de la plupart des nouveautés et changements.
…/…
Est-il possible pour l’algérien de changer ?
Nous ne voyons pas le monde tel qu’il est, mais en fonction de ce nous sommes, ou tel que nous sommes conditionnés à le voir. Quand nous décrivons ce que nous regardons, c’est nous–mêmes que nous décrivons, en fonction de nos perceptions. …/…
Plus nous prenons conscience de l’existence de nos suppositions et de l’influence qu’exerce sur nous notre vécu, plus nous devenons responsables de ces perceptions et nous pouvons les examiner, les mettre à l’épreuve de la réalité, écouter les autres, rester ouvert à leurs perceptions. Nous obtenons ainsi une image panoramique plus objective.
La recherche des valeurs et perceptions qui sont à l’origine de notre incapacité à changer, nous conduit à un siècle et trente ans de luttes contre le colonisateur. Ces dernières nous ont laissé beaucoup de séquelles. Pour ne pas se laisser enrayer par le colonialisme, dont le but était de détruire la société algérienne, il fallait résister par immobilisme. Cette attitude figée a été un facteur inhibiteur des potentialités créatrices de changement. Cela s’est traduit par un rejet de toute ressemblance avec l’Occident souvent jugé suspect.
…/…
Les us et les coutumes des peuples sont modelés par les religions. Aussi, loin que l’on remonte dans le passé de l’histoire de l’homme, il y a toujours trace d’une pensée religieuse.
Le sens religieux de l’homme est reconnu comme facteur essentiel de toute civilisation. On lisant les paroles d’Omar Ibn Khattab sur l’état des arabes avant et après l’Islam, nous pourrons ainsi comprendre l’effet de la religion sur les peuples « Nous étions avilis et l’islam nous a honorés ! ».
Par ailleurs, l’article de Omar AKTOUF, Renée Bédard et Alain Chanlat intitulée « Management, éthique catholique et esprit du capitalisme : l’exemple québécois » nous permet de constater que la religion est un des paramètre qui a pu aider les québécois à battre le sentiment d’impuissance et aller vers le changement.
« Omniprésente à cette époque (avant les années 60), la religion catholique fournissait un système de représentations collectives qui exaltaient la mission confiée aux familles canadiennes-françaises et justifiaient pleinement leur histoire et leur situation économique. Sur le plan social, la messe du dimanche et les nombreuses fêtes religieuses donnaient l’occasion de partager et de renforcer ces valeurs spirituelles et communautaires. L’isolement, causé par la dispersion de la population, par le caractère rudimentaire des moyens de communication et de transport et par les rigueurs des longs hivers, explique que le village ou la paroisse étaient le centre de l’organisation sociale »-(Extrait de l’article).
Malheureusement, nous avons hérité d’un Islam qui s’est délesté de sa dynamique. Cette force motrice réside dans la perception de la vie dans sa double conception : Dîn et Dunyâ.
« Dîn » désigne l’ensemble de ce que le Prophète a apporté (que cela soit présent dans le Coran ou la Sunna)
« Dunyâ » désigne les éléments que les sources de l’islam n’ont pas vocation à enseigner.
Dans ce contexte, l’homme aurait un rôle de « khalîfa » cette gérance qui lui est conférée donne donc à l’homme le droit de choisir et celui de tirer profit des ressources terrestres : « Dieu est Celui qui a fait descendre du ciel une eau puis a fait apparaître grâce à elle des fruits, comme nourriture pour vous. Et Il a assujetti pour vous le navire afin qu’il vogue sur la mer par Sa Permission. Et Il a assujetti pour vous les fleuves. Et Il a assujetti pour vous le soleil et la lune, voués à un perpétuel mouvement. Et il a assujetti pour vous la nuit et le jour. Et Il vous a donné de tout ce que vous Lui avez demandé. Et si vous comptez les bienfaits de Dieu, vous ne pourrez les dénombrer… » (Coran 14/32-34).
Dans sa mission de gérance du patrimoine, il y aura augmentation du patrimoine sans gaspillage et tout en préservant l’environnement
De ce fait, on ne peut changer le comportement de l’individu sans intervenir sur son système de perception et de représentation. Cette conception est étroitement liée aux différents modèles de référence inspirés par les valeurs sociales c’est-à-dire par sa culture. Or, les modèles qui inspirent les musulmans sont déconnectés du présent, et préparant uniquement à l’au-delà, la vie sur terre est souvent reléguée au second plan.
Si vous demandez à un Algérien, quelle est la chose la plus précieuse que vous possédez ? IL vous répond : la religion, la santé, les parents, les enfants, l’argent, la beauté. Par contre, la chose la plus précieuse après notre religion bien sûr, c’est le temps. Évidemment la majorité de nous ne sont pas convaincus. C’est parce qu’on accorde peu d’importance au temps. Dans la Sourate : Le Temps (Al-Asr). Allah jure par le temps et Il ne jure que par ce qui est précieux et qui a de la valeur.
…/…
Sans un effort de création originale, il nous sera difficile de faire face aux problèmes qui se posent à notre développement. …/… Nous devons réaliser nos propres formes de symbiose avec le monde moderne. Sans sacrifier bien entendu notre patrimoine socio-culturel.
Nos élites doivent lire le Coran avec les yeux d’hommes qui ont eu le génie de résoudre à partir de la révélation éternelle du Coran, les problèmes de leur époque. Alors que nous ne pouvons pas résoudre les problèmes de la nôtre en nous contentant de répéter leurs formules. Mais il faut trouver la source vivante, et le dynamisme créateur de l’Islam matinal.
A la fin, si nous voulons réaliser des changements minimes dans notre vie, il nous suffit peut-être de nous pencher sur nos idées et nos comportements. En revanche, si nous recherchons des changements significatifs, il nous faut travailler sur nos représentations du monde, sur nos paradigmes.
Pour voir les modifications engendrées par le changement de paradigme, les démocraties d’aujourd’hui nous illustrent bien le changement positif de paradigme. Durant des siècles, le concept traditionnel du gouvernement reposa sur la monarchie, sur le droit divin des rois. Un nouveau paradigme se développa ensuite : le gouvernement du peuple, pour le peuple. Ainsi la démocratie libéra une incroyable énergie et une immense créativité humaine, en imposant un niveau de qualité de la vie, de liberté et d’espoir jusqu’alors inégalé dans le monde.

  • Monsieur : OUANDJLI Mustapha
  • Publié le 31 JANVIER 2015 Dans le journal le Quotidien d’Oran

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