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Paul-Max Morin : Ne laissons pas les réactionnaires empoisonner les relations franco-algériennes
mercredi 30 avril 2025, par
Entre la France et l’Algérie, les tensions diplomatiques persistent. Alors que l’écrivain binational Boualem Sansal est toujours emprisonné, en France la droite et l’extrême droite instrumentalisent la mémoire coloniale. Ces polémiques médiatiques et ce bras de fer entre gouvernements ne sauraient éclipser la densité des liens intimes tissés entre les deux sociétés. De la nécessité de reconnaître les crimes de la colonisation à la valorisation d’une culture commune, Libération a voulu donner la parole à 6 spécialistes de cette relation aussi riche que douloureuse. Paul-Max Morin, docteur en sociologie, politologue et spécialiste des relations franco-algériennes, signe ce premier volet de la série.
par Paul Max Morin - Libération - 23 avril 2025
Réparer les liens . Entre la France et l’Algérie, les récentes polémiques ne doivent pas faire oublier ni la densité des liens intimes entre les deux sociétés ni le travail au quotidien de toute une série d’acteurs de terrain pour construire une relation apaisée au passé et un avenir partagé.
Alors que les récentes déclarations d’Emmanuel Macron et d’Abdelmadjid Tebboune annonçaient un apaisement des tensions entre la France et l’Algérie, le rappel mi-avril, des différents fonctionnaires de part et d’autre de la Méditerranée pousse la relation diplomatique dans une impasse, et cela alors que l’écrivain binational Boualem Sansal est toujours emprisonné.
Depuis plusieurs semaines, le regain de tensions donne lieu à des commentaires et polémiques permettant à des acteurs politiques de préciser leur positionnement idéologique. Ainsi, plusieurs figures politiques de droite et d’extrême droite ont réactivé un vieux récit sur l’Algérie, mêlant nostalgie coloniale et posture de fermeté. « Venir dire globalement que la colonisation a été un drame pour l’Algérie, ce n’est pas vrai », déclarait Marine Le Pen sur LCI le 29 janvier 2025. Quelques semaines plus tard, Eric Zemmour surenchérissait sur BFM TV : « La colonisation a été une bénédiction. » Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, dénonçait quant à lui une Algérie qui « humilierait la France » et assumait d’utiliser « tous les moyens, je dis bien tous les moyens » – une rhétorique qui n’est pas sans rappeler celle de l’époque où certains voulaient garder l’Algérie française « par tous les moyens ».
Ces polémiques médiatiques ainsi que les multiples empêchements diplomatiques ont une résonance intime. Ce sont des millions de Français qui sont touchés dans leur présence au monde : 8,5 millions de personnes ont un lien familial avec l’Algérie. Parmi les jeunes de moins de 25 ans, 39 % ont un grand-parent affecté par la guerre, 20 % un grand-parent algérien. Pour eux, l’Algérie ne se résume ni à un fardeau ni à une gloire : elle est une transmission familiale, une langue, une cuisine, une odeur, une mémoire qui s’ancre dans le quotidien. Pourtant, ces débats les renvoient à une exclusion persistante : leur place dans l’histoire nationale reste contestée.
Un projet politique fondé sur la nostalgie coloniale
L’obsession de la droite et de l’extrême droite pour l’Algérie ne date pas d’hier. La perte de l’Algérie française a été une blessure pour ces courants politiques, qui y voyaient l’incarnation de « la plus grande France » affirmant sa supériorité civilisationnelle. Après les indépendances, ce passé n’a jamais été pleinement interrogé dans ces milieux. Aujourd’hui, il est réactivé sous une forme modernisée : la mémoire coloniale devient un outil de bataille idéologique contre une société postcoloniale qui peine à se construire.
Ce discours repose sur une logique victimaire inversée. Dans cette vision, la France serait « assiégée » par des vagues migratoires venues de son ancien empire, son identité menacée par les héritiers de ceux qu’elle a colonisés. Cette rhétorique, qui présente l’ancienne puissance coloniale comme une victime, empêche tout travail de vérité historique. Pire, elle alimente un rejet de millions de Français liés à cette histoire, en leur rappelant que leur présence est toujours perçue comme un « problème », voire une menace.
Une autre voie est possible
Pourtant, la société française avance, malgré ces crispations politiques. Dans les écoles, les centres sociaux, les universités, les théâtres, les musées, les bibliothèques et les médias, un travail de connaissance et de transmission est en cours. Enseignants, historiens, artistes, militants et journalistes s’efforcent de construire un récit qui ne soit ni un déni ni une repentance, mais une compréhension sincère de notre histoire commune.
Le politique a aujourd’hui un choix à faire : accompagner ce mouvement ou tenter de l’entraver. Ce dont nous avons besoin, ce ne sont pas de gestes grandiloquents, mais de soutiens concrets.
Un engagement beaucoup plus ambitieux pour la recherche scientifique, avec des financements pour produire, mais aussi diffuser la connaissance dans l’éducation nationale, populaire et la culture.
Un apprentissage facilité des langues africaines, car il est impossible de penser un avenir partagé sans comprendre les cultures de l’Autre.
Des programmes d’échanges entre les jeunesses française et algérienne pour dépasser l’héritage des guerres et construire de nouvelle relation.
Une lutte plus ambitieuse contre le racisme et l’antisémitisme, qui restent les vestiges mortifères de cette histoire coloniale.
Loin des calculs électoraux et des crispations idéologiques, il est temps de considérer la relation franco-algérienne non comme un fardeau, mais comme une richesse. Ce travail est déjà en marche. Il attend seulement d’être reconnu et soutenu.
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4ACG Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami.e.s Contre la Guerre