Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami(e)s Contre la Guerre

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Magyd Cherfi : C’est ça, nos héros ?

dimanche 14 février 2021, par Michel Berthélémy

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En marge des rapports officiels, des cabinets ministériels et de la grande histoire qu’on tente de raconter, il y a le vécu des humbles, le quotidien qui ne se dit pas dans les hautes sphères politiques mais que les gens vivent dans leur chair. Voici celui d’un enfant d’immigré, de culture familiale algérienne mais scolarisé en France, qui n’est pas très sûr de son identité, déchiré entre deux « mondes » radicalement différents.

Musicien, membre du groupe Zebda, Magyd Cherfi a écrit en 2016 « Ma part de Gaulois » avant de publier en 2020 « La part du sarrasin », tous deux chez Actes Sud. Dans une enquête de L’Obs du 28 janvier, titrée « Nos mémoires d’Algérie », il témoigne :

Mon Algérie, par Magyd Cherfi : « Je suis devenu gaulois, inconsciemment »

«  L’Histoire est tronquée des deux côtés. Côté algérien, on nous enfonce dans la tête que nous étions un peuple hors norme. Tous nos oncles étaient des héros, avec une épée et une mitraillette. Dans chaque famille, il y avait une victime de la guerre. J’ai grandi avec tous ces anciens auréolés de leur gloire. Enfin, c’est ce qu’ils disaient. On les croisait dans le quartier, ces vieux oncles. Cupides, sans envergure, qui battaient parfois leur femme, leurs enfants, nous interdisaient tout, à nous les jeunes, baiser, danser, boire. Et on s’interrogeait : « c’est ça nos héros » ?

Les gens comme moi n’existent pas dans l’Histoire de France

Les Français étaient les salauds, les impies, les colons. Mais à l’école, tout était inversé. Charles Martel était le vainqueur de Poitiers ; les Arabes, les méchants. Alors ça disjoncte dans ta tête. Toi, tu as plus envie de t’identifier à Martel qu’aux Sarrasins. Les gens comme moi n’existent pas dans l’Histoire de France. On est effacés. J’ai appris allègrement « Nos ancêtres les Gaulois ». J’étais content. Des ancêtres on n’en avait pas ! Mes parents ne savaient pas qui était Abd-el-Kader, à peine qui étaient leurs grands-parents ! Tout commençait et s’arrêtait avec la guerre d’Algérie. La lutte était inégale. D’un côté, un carnage de plus de sept ans. De l’autre, deux mille ans avec des rois en veux-tu en voilà ! Alors je suis devenu gaulois inconsciemment. Le carnage de la guerre est devenu un carnage identitaire. A force d’être vaincu, vous dites : « OK les Français vous êtes les meilleurs, je vais être Français ».
Au quotidien, tout rappelait cette allégeance. Ma mère, à la préfecture, je remarquais bien qu’on la tutoyait. Et cette peur, chez elle, de l’autorité. La terreur que nous soyons expulsés. Toute la France voulait qu’on rentre au bled ! Quarante ans plus tard, j’ai encore ce sentiment. On nous dit : « OK pour l’intégration, mais si vous pouviez partir, ça serait pas mal… »
Mes premières vacances en Algérie, en 1970, j’avais huit ans. Nous étions les Français, les faux, les bâtards, ceux qui ne parlaient plus l’arabe. On avait l’impression que la vraie vie était là-bas ; On y allait, à la recherche de cet éden. J’y vais encore. Je ne me suis pas libéré de cette mélancolie infusée par ma mère. Pour elle, ses enfants sont devenus blancs. Il n’y a plus la langue, la religion. Qu’elle me voie faire la vaisselle, et elle pense que ma virilité est partie ! On est coincés. On devient soit l’ennemi de notre tribu, soit celui de la République  ».

https://magydcherfi.com/

Image Ali Guessoum

Messages

  • Bonjour Magyd
    Je suis un ancien appelé en Algérie en 1961…, adhérent de la 4 ACG (Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre), et Faucheur Volontaire. C’est lors d’une Assemblée Générale des FV à Clermont Ferrand, que j’ai rencontré le groupe Zebda, il y a quelques années.

    Je fais aussi partie d’un Collectif à Metz, intitulé Collectif messin de Juillet 61 : le 23 juillet 61, à Metz (57), après une altercation entre des Algériens et des parachutistes, ces derniers ont fait une « ratonnade » dans les rues de Metz ; il y a eu des morts et des blessés. Notre Collectif a fait une cérémonie et un débat sur cette affaire le 23 juillet 2016.
    Depuis 2016, le collectif messin, réunissant des personnes de divers horizons, a engagé un véritable travail de mémoire, indispensable à la vérité et à la réconciliation.

    Sélima, Présidente du Collectif, m’a fait parvenir un message, il y a quelques jours : « Les équipes de France 2 ont rencontré un pied-noir, un petit-fils de combattants algériens et un fils et petit-fils de harkis, alors qu’un rapport portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie a été remis à Emmanuel Macron fin janvier. 25 février 2021 :

    https://mobile.francetvinfo.fr/monde/afrique/algerie/guerre-d-algerie-les-cicatrices-profondes-des-descendants-de-combattants-algeriens-de-harkis-et-de-pieds-noirs_4310779.html?fbclid=IwAR2VjRt2jCx-hf4serFX4Le9DXJ0slKfKGEBl5ZH0V3BSLTUW0_yhuZDLaw#xtref=android-app://com.google.android.googlequicksearchbox/ »

    Après avoir regardé cette vidéo, voilà ce que je lui ai répondu : Merci Sélima.
    Ce qui m’attriste beaucoup après la remise du rapport à Macron, c’est que l’on entend beaucoup de politiques,,de sociologues, de journalistes…, je dirai presque trop, et même si c’est nécessaire, mais trop peu de simples personnes, de personnes lambda qui ont vécu soit directement la guerre d’ Algérie, soit indirectement par leurs parents, grands parents.
    Ce document de seulement, 4 minutes de France Info, est important : un Pied Noir, un petit fils de combattant algérien et un petit fils de harki disent presque tous la même choses en seulement quelques mots : la RECONNAISSANCE et après la RECONCILIATION.
    Merci tout plein Sélima : cela peut nous servir.
    Bises

    Et puis, je viens de recevoir de la 4 ACG, un message de Michel Berthemy, ** Magyd Cherfi : C’est ça, nos héros ? **par Michel Berthelemy- 14 février 2021

    Vous parlez de personnes humbles et moi, j’écris des personnes lambda. La lecture de cet article vous concernant m’ a beaucoup ému. Nous travaillons beaucoup sur le rapport de B. Stora. Pour moi, c’est un point de départ, il peut servir à ce que ces « humbles » fassent, à part entière, partie des mémoires, pour que la reconnaissance arrive à la réconciliation, de nos deux peuples.
    Merci tout plein Magyd.
    Bien cordialement Jean Marie MIRE de Metz, de plus de 82 ans

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