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Les harkis dans la colonisation

Un colloque à la Roche-sur-Yon le 16 juin 2012

mercredi 20 juin 2012, par 4ACG

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Les harkis et autres supplétifs de l’armée française dans la guerre d’Algérie, une question toujours présente aujourd’hui. C’était l’objet du colloque organisé par une association vendéenne de harkis pour le 50e anniversaire de leur arrivée en France.

A l’initiative de l’AVACRA (1) présidée par Ahmed Mestar et autour de l’exposition "Les harkis dans la colonisation et ses suites’’, une manifestation s’est tenue à la Roche-sur-Yon les 15 et 16 juin 2012.
Un colloque présidé et animé par Fatima Besnaci-Lancou, co-fondatrice de l’AHDH (2), a réuni deux personnalités :
Abderrahmane MOUMEN , historien algérien
Gilles MANCERON, historien, vice-président de la Ligue des droits de l’Homme.

Suite à la présentation des intervenants par Ahmed Mestar et en introduction au colloque, Nadia et Malika, respectivement secrétaire et trésorière de l’Avacra, ont lu deux articles de presse du Monde et du Figaro de juin 1962 faisant mention de l’arrivée à Marseille des premiers harkis.
La date choisie pour cette rencontre en Vendée est hautement symbolique, a rappelé Mme F. Besnaci-Lancou. Il y a 50 ans en effet, le 15 juin 1962, pour la première fois des familles de harkis foulaient le sol français, avant d’être dirigées dans un camp sur le Larzac.

Premier thème abordé par A. MOUMEM :

Les camps, comment pouvait-on en sortir ?

Sans aucun statut, ni de réfugiés ni de rapatriés, ce ne sont pas moins de 80 000 personnes, hommes femmes et enfants, qui sont arrivées en France à l’issue du conflit, dont 42 000 sont passées par des camps.
En dehors du Larzac, des camps tristement célèbres, entre autres : Biais (47), Rivesaltes (66), Bourg-Lastic (63), St Maurice l’Ardoise (34)… des lieux gérés par l’armée comme une forme de continuité de la pratique coloniale. Des populations démunies, privées de liberté de mouvement, contrôlées dans leurs sorties, interdites de presse et vivant dans des conditions très précaires.
Seul moyen d’en sortir : avoir pour preuve l’assurance d’une embauche et d’un logement. Pour les autres, ils sont regroupés par famille d’un même village et dirigés vers des hameaux de forestage. Pour certains, les irrécupérables, les inclassables, les malades, ils sont relégués dans des soi-disant cités d’accueil…
Ce n’est qu’en 1970 que ces camps seront définitivement fermés.

Dans une seconde partie G.MANCERON a abordé deux points essentiels.

Comment transmettre la question ’’harkis’’ aujourd’hui ?
L’abandon et le massacre de l’été 1962, en Algérie, auraient-il pu être évités ?

Pour l’historien, il y a nécessité de regarder avec lucidité toutes les pages de notre passé, même celles plus ou moins glorieuses.
Les raisons de l’engagement des harkis, supplétifs, moghaznis (3) et autres sont de nature et de choix très divers. Il faut arrêter cette stigmatisation de ’’traîtres’’ qui leur est attribuée. Une représentation fausse selon Mohamed Harbi, autre historien algérien.
En France, l’abandon des harkis, l’abandon de l’Algérie Française, sont à replacer dans l’histoire de la colonisation.
Les harkis, c’est un morceau de notre histoire coloniale qui nécessite une réflexion plus approfondie sur la colonisation dont nous sommes sortis par l’indépendance de l’Algérie. A l’issue du conflit, la mise en danger des harkis a donc été une conséquence de la colonisation et le gouvernement en 1962, aurait pu et dû faire quelque chose.

Faisant suite, un débat avec la salle a suscité de nombreuses questions et Fatima Besnaci-Lancou de conclure : ’’ Drame des harkis, drame de la colonisation’’.

Voilà sommairement, ce que nous avons retenu de ce colloque très intéressant, tout en regrettant un public restreint.

(1) Association Vendéenne d’Anciens Combattants et rapatriés.

(2) Association Harkis et Droits de l’Homme.

(3) Les moghaznis étaient des supplétifs des Sections administratives spécialisées (SAS) et les sections administratives urbaines de l’armée française durant la guerre d’Algérie.

Bernard et Gilles.

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