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« Le Dernier Tabou » : un livre-enquête à l’encontre des idées reçues

dimanche 12 avril 2015, par Michel Berthelemy

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Deux ans et demi d’enquête, 20 000 km parcourus et des dizaines de témoignages inédits ont été nécessaires à Pierre Daum pour réaliser « Le Dernier Tabou, les harkis restés en Algérie après l’indépendance ». Avec cette publication, le simple mot de « harki » ne résonnera plus de la même façon, ni en France ni en Algérie.

Cette enquête bouleverse en effet pas mal d’idées reçues, notamment celle du « massacre massif » de harkis après la signature des accords d’Evian.
Pour l’auteur de l’essai, « les nostalgiques de l’Algérie française instrumentalisent depuis 50 ans les souffrances (par ailleurs réelles) que de nombreux harkis ont vécues au moment de l’indépendance. En exagérant le nombre de morts (le chiffre de 150 000 est très souvent repris alors qu’il ne repose sur aucun fondement historique) et en parlant de »massacre« , voire de »génocide« des harkis, ces nostalgiques tentent, sous couvert d’un pseudo-humanisme, de justifier le combat des ultras de l’Algérie française, notamment de l’OAS. »

L’argument est de fait, mis en avant de manière permanente par ceux qu’on appelle communément les « nostalgériques », dont on vient de voir à Béziers jusqu’où ils sont capables d’aller. Pierre Daum en est persuadé : « derrière leurs discours dénonçant le »massacre des harkis« , il faut en fait entendre : »nous n’aurions jamais dû lâcher l’Algérie, regardez ce que ces pauvres harkis ont subi ! « Discours plutôt efficace puisque la plupart des Français pensent qu’en 1962, les harkis ont soit réussi à s’enfuir en France, soit ont été massacrés. »
« La version véhiculée par ces groupes postule qu’aucun harki n’est resté vivre en Algérie. Ce qui est complètement faux. Mon enquête révèle qu’en réalité, la grande majorité des harkis est restée dans son pays sans y être assassinée. »

Si l’on en croit les résultats de la longue et minutieuse enquête de l’auteur, la plupart d’entre eux sont retournés dans leurs villages et ont retrouvé la vie de paysans très pauvres qu’ils avaient avant la guerre. Beaucoup n’ont pas été véritablement inquiétés. D’autres sont passés par des tribunaux populaires, devant lesquels beaucoup ont réussi à s’en sortir, expliquant n’avoir « rien fait de mal », ou avoir été « forcés par les Français ».
Certains, par contre, reconnus coupables de violences à l’égard de la population civile, ont été soumis pendant quelques semaines à des travaux forcés. Certains ont passé plusieurs années en prison avant d’être libérés.
« En général, poursuit Pierre Daum, seuls les plus coupables (de tortures, viols, exactions en tout genre) ont été exécutés. Mais cela n’empêcha pas, en cette période de chaos de l’été/automne 1962, qu’aient lieu de nombreux crimes aveugles, des vengeances sordides et des exécutions sommaires, sans rapport parfois avec la guerre. Il s’agissait alors de vieilles querelles de terre, d’héritage ou de femmes. »

Voilà un ouvrage qui va certainement soulever un certain nombre de polémiques et de protestations, tant du côte algérien que du côté des mouvements français d’extrême-droite qui ont beaucoup utilisé cet épisode pour alimenter leurs discours et leur « idéologie ».

« Le dernier tabou » de Pierre Daum, est sorti le 2 avril aux Éditions Actes Sud.
544 p, - prix indicatif : 24, 80€

http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/le-dernier-tabou

http://lederniertabou.com/

Messages

  • Nous nous préparons à accueillir dans les Alpes Maritimes Monsieur Pierre DAUM en janvier 2016, pour une conférence-débat .
    Des soutiens assez nombreux !
    Quelques critiques de certaines associations de harkis, qui en discutent.
    Dans les Alpes Maritimes, des associations de Harkis et descendants semblent très ouvertes au débat ouvert et serein, proposeraient même des prolongements à des ciné-débats autour du film « Retour en Algérie », par exemple en collèges et lycées (sous réserve de l’accord et de la disponibilité de camarades de 4acg ? ).
    Cordialement.
    Henri Amadéi (universitaire en retraite, qui enseigna notamment à l’Université d’Alger de septembre 1969 à juillet 1979 - militant de www.emancipation.fr/ et de www.unionpacifiste.org/ ) amadei.henri wanadoo.fr

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