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La sinistre « nuit des paras » du 23 juillet 1961 à Metz

vendredi 29 juillet 2016, par Jean-Marie Mire

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Chacun sait ce qui s’est passé le 17 octobre 1961 à Paris, où des centaines d’Algériens ont été massacrés par la police au prétexte qu’ils manifestaient pacifiquement contre le couvre-feu qui les visait. Mais sait-on que cette même année 1961, dans les mois qui ont précédé, d’autres ratonnades, rafles et « chasses aux bicots » se sont déroulées dans plusieurs régions de France, notamment en Lorraine ?

Metz garde en mémoire cette sinistre « nuit des paras », dont nous avons déjà parlé ici le 15 juillet. Notre ami Jean-Marie Mire, adhérent 4acg, participait le 23 juillet à l’hommage rendu à ces Algériens massacrés et noyés par les paras simplement parce qu’ils étaient Algériens. Il raconte :

Ayant appris l’existence d’un collectif messin en mémoire des victimes de juillet 61 à Metz, j’ai immédiatement contacté ses animateurs, qui m’ont accueilli avec beaucoup de chaleur. Ils ne connaissaient pas la 4acg, mais très vite nous nous sommes « reconnus ».

Très belle journée, qui a commencé par un dépôt de gerbes en deux lieux sensibles de cette tragédie, à Montigny-lès-Metz devant le café Le Trianon, lieu fréquenté par les paras, et à Metz, dans le quartier du Pontifroy, lieu de vie des Algériens. En ces deux endroits, les paras ont déferlé cette nuit-là armés de tessons de bouteilles et de leurs ceinturons, cognant, blessant, tabassant tous ceux dont le teint était trop basané à leur goût. Certains s’enfuient, d’autres sont jetés dans la Moselle. On dénombrera officiellement quatre morts et des blessés par dizaines. Pour certains observateurs, le bilan sera vraisemblablement plus lourd.

Lucas Hardt, doctorant franco-allemand, élève de Raphaëlle Branche (qui nous a indiqué ses coordonnées) a mené des recherches il y a quelques années sur le sujet. Il prépare actuellement une thèse sur « les impacts de la guerre d’indépendance algérienne sur les migrants algériens en zone frontalière lorraine 54/62 ». Au cours d’une conférence très suivie, il a brossé un historique de cette nuit tragique et de différents événements l’ayant précédée dans le bassin lorrain.

Une rencontre d’une grande intensité

Ce moment a été suivi des témoignages très forts de deux Algériens ayant vécu ces événements, interrogés par deux jeunes femmes d’origine algérienne, connaissant bien ces événements par leurs parents. Un pied-noir leur a succédé, rappelant la situation de l’époque en évoquant son enfance en Algérie.
Enfin, je suis intervenu au nom de la 4acg, en expliquant l’origine, les actions et les objectifs de cette association que beaucoup ont découvert avec surprise et beaucoup d’intérêt. Un participant m’a demandé le nom du site afin d’en informer son père âgé de quatre-vingts ans.

J’avoue avoir rarement participé à une rencontre d’une telle densité, d’une telle complémentarité d’interventions. Le tout dans un climat empreint de sensibilité, pour ne pas dire d’émotions. C’était la première fois que je prenais la parole en public pour évoquer mon séjour d’appelé et relater deux rencontres (en 2013 et 2016), à l’origine de ma présence à cet hommage.

Jean-Marie Mire

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