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La nostalgie de l’Algérie française et de l’OAS

samedi 16 mai 2015, par Michel Berthelemy , Christian Travers

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A l’invitation de l’Anpromevo (Association Nationale Pour la Protection de la Mémoire des Victimes de l’OAS), à laquelle s’étaient associées les associations Sortir du Colonialisme, Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons et le Comité vérité et justice Charonne, s’est tenu le mardi 12 mai, à l’Hôtel de Ville de Paris, un colloque ayant pour thème « La nostalgie de l’Algérie Française et de l’OAS » …et son influence actuelle sur l’extrême-droite française .

Les temps forts de la journée  

Tout d’abord la projection d’un reportage consacré au dévoilement, en 2011 au cimetière du Père-Lachaise, de la stèle dédiée aux victimes de l’OAS. Au-delà de l’événement que constitue ce premier monument honorant les morts et les blessés dus aux exactions de l’OAS, on retiendra le magnifique discours prononcé à cette occasion par Bertrand Delanoë, alors maire de Paris.

Alain Ruscio prend alors la parole. Historien du colonialisme, il situe le contexte historique de la naissance et du développement de l’OAS, s’appuyant sur le livre qu’il vient de publier aux éditions La Découverte : « Nostalgérie, l’interminable histoire de l’OAS ».
Son propos est parfaitement illustré par le documentaire tourné en 2008 par Djamel Zaoui : « OAS, un passé très présent ».

Cette présence du passé est confirmée par le diaporama réalisé par Henri Pouillot, qui recense les multiples stèles et autres monuments glorifiant les « soldats perdus » de l’armée française, élevés un peu partout en France, et qu’il estime être au nombre de 87 à la date du 1er mai 2015.

Fascisme ou pas fascisme ?

L’OAS était-il un mouvement fasciste ? L’historien Gilles Manceron fait la part du fascisme mussolinien, qui serait idéologique, et du fascisme « colonial » , dont les motivations seraient différentes.

La question permet d’amorcer le débat avec le public, parmi lequel se trouvent des descendants de personnes assassinées par l’OAS. Notamment Jean-François Gavoury, dont le père, commissaire central chargé du maintien de l’ordre à Alger, a été le premier fonctionnaire tué par l’OAS, le 31 mai 1961. Il avait déclaré, huit jours avant sa mort : « Je rêve d’une Alger où les hommes s’entre-aiment enfin, sans plus être séparés par des races, des religions ou des mers. »

Thierry Basset se souvient. Il est le fils d’un des six inspecteurs des Centres sociaux éducatifs créés par Germaine Tillion, assassinés le 15 mars 1962 par l’OAS. Ils étaient en réunion lorsque les tueurs surgirent et les assassinèrent froidement. Il s’appelaient Salah Ould Aoudia, Ali Hammoutène, Robert Eymard, Mouloud Feraoun, Marcel Basset et Max Marchand. Sans doute avaient-ils le souci de compenser par leur action éducative et sociale, la discrimination ordinaire qui s’exerçait sur ce qu’on appelait alors les « musulmans d’Algérie ».

Un intervenant pose la question des stèles, soulignant la différence nécessaire à faire entre les monuments glorifiant l’OAS et ceux élevés en mémoire des pieds-noirs morts en Algérie.
Les stèles dédiées aux « héros » criminels jugés et fusillés comme tels – Roger Degueldre, Albert Dovecar, Claude Piegst ou Jean-Marie Bastien-Thiry - ne sont en effet pas de même nature. Étaient-ils des fascistes ? La question est à nouveau posée. Les historiens considèrent, contre l’avis d’une partie de la salle, qu’il s’agissait plutôt d’une violence « coloniale » se situant dans une relation de longue durée entre dominants et dominés.

La question reste ouverte.

Christian Travers

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