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La lettre d’adieu de Mohammed Harbi à Hocine Aït Ahmed

dimanche 17 janvier 2016, par 4ACG

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Hocine Ait-Ahmed et Mohammed Harbi se sont beaucoup rencontrés ces vingt dernières années.
Ils n’ont pas toujours été d’accord, notamment sur la crise nationaliste d’avant-1954, la conduite de la guerre d’indépendance ou la crise de l’après-1962.
Mais leur entente reposait sur l’essentiel : l’attachement à la démocratie et à la morale en politique, leur opposition à la « rapine » dans l’exercice de la politique.
Lorsque Aït Ahmed s’éteint le 23 décembre 2015, Mohammed Harbi tient à saluer une dernière fois son ami. Il écrit alors une lettre qui sera lue en son nom lors de la soirée d’hommage à Ait-Ahmed à Lausanne.

En voici le texte intégral :

Adieu Hocine !
Vaincu par les injures du temps, Hocine Aït Ahmed nous a laissé en legs sa ténacité dans le combat pour une Algérie démocratique.
Mon état de santé ne me permet pas d’être parmi vous, aujourd’hui, pour évoquer les péripéties de notre combat commun, marqué parfois par des différences d’analyse et de pratique. Entre nous, la volonté du dialogue en toute amitié et courtoisie a toujours prévalu sur les joutes de mauvais aloi.
Nous convenions que la rupture inauguratrice du monde moderne n’a pas été consommée dans notre pays. La voie empruntée par les esprits éclairés du nationalisme algérien - à savoir sortir de la tradition sans en avoir l’air, sans une critique radicale des pesanteurs sociales et sans un véritable aggiornamento religieux - s’est avérée impraticable, d’où un retour dans le champ politique des forces obscures et des représentations du passé. Ce constat est toujours d’actualité, et il est faux de croire que nous pouvons lui donner une suite heureuse sans faire fi de nos échecs et du caractère de fureur et de brutalisation qui marque notre trajectoire politique.
Hocine l’avait bien compris, mais déminer le champ politique n’était pas une tâche aisée. Continuons le déminage en lui rendant hommage.
Mohammed Harbi.
Paris, le 29 décembre 2015.

Lettre publiée par Youssef Zerarka, dans Huffington Post Algérie le 15 janvier 2016.

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