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La fusillade de la rue d’Isly à Alger le 25 mars 1962

dimanche 7 septembre 2008, par 4ACG

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à propos d’une émission de France 3 consacrée à la fusillade de la rue d’Isly

La chaîne a montré le vendredi 12 septembre 2008 , un documentaire de 52 minutes réalisé par Christophe Weber et intitulé « Le massacre de la rue d’Isly » — Jean-Jacques Jordi étant conseiller historique.

On ne peut comprendre la fusillade qui s’est déroulée rue d’Isly à Alger, le 26 mars 1962, une semaine après le cessez-le-feu du 19 mars, sans la resituer dans le contexte de l’époque. C’est pourquoi ce site comporte deux articles reprenant l’essentiel de ce que Yves Courrière a écrit sur ce sujet dans La guerre d’Algérie [1] : le premier est consacré à la semaine du 19 au 25 mars 1962, le second traite de la journée dramatique du 26 mars 1962. La relation d’Yves Courrière est le témoignage irremplaçable d’un observateur qui a pu par la suite avoir connaissance d’éléments complémentaires — notamment du rapport secret “Renseignements judiciaires et militaires”.

Les évènements d’Alger

A Alger, la semaine du 19 au 25 mars 1962 est marquée par la violence de l’OAS, dirigée alors par le général Salan, qui ordonne de réactiver le terrorisme urbain. Au cours de l’après-midi du 20 mars, une place populaire d’Alger est bombardée depuis une terrasse de Bab el-Oued ; bilan : 24 Algériens morts et 59 blessés.

Le 21 mars, les responsables de l’OAS, au nom du refus de l’« abandon de l’Algérie française », proclament dans un tract que les forces françaises seront considérées « comme des troupes d’occupation » [2]. Le soir du 22 mars, des commandos Z de l’OAS attaquent une patrouille de la gendarmerie mobile à la sortie du tunnel des Facultés ; bilan : 18 morts et 25 blessés parmi les gendarmes.

Dès le 22 mars, l’OAS contrôle Bab el-Oued. Le 23 mars à 10 heures, place Desaix, un commando Alpha de l’OAS s’en prend à une patrouille d’appelés ; bilan : 7 morts (Roger Oudin, Robert Nogrette, Jean Grasset, Philippe François, Daniel Doutre, Messaoud Secuh et Saïd Belmiloud, tous 2e classe) et 11 blessés. Au cours de la même matinée, 7 autres soldats et gendarmes trouvent la mort en différents points de Bab el-Oued.

Les forces françaises encerclent le quartier et le coupent de l’extérieur.

Dans son instruction n° 29 du 23 février, le général Salan avait écrit : « Sur ordre des commandements régionaux, la foule sera poussée dans les rues à partir du moment où la situation aura évolué dans un sens suffisamment favorable. » Le moment est venu : le 26 mars au matin, le commandement de l’OAS appelle les Européens à se rassembler, et à gagner Bab el-Oued par la rue d’Isly (aujourd’hui Larbi Ben M’hidi), afin de briser cet encerclement.

Vers 14 heures, la foule se heurte aux barrages militaires ; à 14 h 50, un fusil-mitrailleur tire sur le barrage du 4e RTA depuis un immeuble de la rue d’Isly ; les tirailleurs ripostent en tirant sur les façades et sur la foule ; bilan : 54 morts et 140 blessés parmi les manifestants, et un militaire tué.

Transcription video [3]

D’autre part, il est possible de consulter sur le site de l’INA un document d’un peu plus de 3 minutes constitué d’extraits du journal télévisé de 13 heures diffusé par l’ORTF le mercredi 28 mars 1962 (le document ne comporte malheureusement pas le son).
Pour le visionner : ALGERIE : LES EVENEMENTS DU LUNDI 26 MARS 1962.
[Note ajoutée le 2 septembre]

Pour beaucoup de Pieds-Noirs, traumatisés, cette journée marque la fin de l’“Algérie française”. Ils ne voient plus d’autre issue que de quitter le pays.

Une revendication mémorielle

A partir des années 70, une demande mémorielle a commencé à se manifester, émanant souvent de petits groupes nostalgiques s’affirmant représentatifs de l’ensemble des rapatriés. C’est ainsi que le Cercle algérianiste a été fondé en novembre 1973 par une dizaine de jeunes Pieds-Noirs « pour sauvegarder de l’oubli et du néant le peu qui nous reste de notre passé magnifique et cruel ».

Ils s’engagent dans un combat en vue d’obtenir que leur mémoire devienne l’histoire officielle. Un certain nombre de leurs revendications seront endossées par le gouvernement Raffarin après l’élection présidentielle de 2002, et ils trouveront des soutiens actifs auprès de nombreux députés du midi méditerranéen. C’est ainsi que, le 2 décembre 2003, à l’occasion du débat qui a suivi une déclaration du gouvernement sur les rapatriés, on a pu entendre Kléber Mesquida, député PS de l’Hérault, déclarer à la tribune de l’Assemblée nationale [4] :

« […] nous devons reconnaître les aspects positifs de l’action civilisatrice menée par l’ensemble de nos concitoyens ayant vécu en Algérie […] Quarante et un ans après, la France doit aussi reconnaître sa responsabilité dans les massacres, les tortures, les enlèvements. Les accords d’Evian signés le 18 mars 1962 imposaient un cessez-le-feu. Et pourtant, combien de sang a encore coulé après cette date ! Dès le 26 mars 1962, alors qu’une foule de citoyens manifestait pacifiquement rue d’Isly à Alger, l’armée française ouvrait le feu sans sommation. »

La loi du 23 février 2005

Le dépôt à l’Assemblée nationale, le 10 mars 2004, d’un projet de loi « portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés » concrétisait la prise en compte par le gouvernement Raffarin de nombreuses revendications du “lobby algérianiste” (cette page comporte de nombreuses précisions). On connaît le sort qui devait être réservé à la partie de l’Article 4 déclarant que « Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outremer, notamment en Afrique du Nord »…

Les débats qui ont conduit à l’adoption de cette loi ont donné l’occasion à certains députés de tenter d’aller plus loin en donnant satisfaction à une autre revendication mémorielle : l’attribution de la mention de “Mort pour la France” aux victimes de la rue d’Isly. Il s’agirait, en l’occurrence, de reconnaître comme des héros les manifestants d’Alger qui ont répondu à l’appel du commandement de l’OAS le 26 mars 1962.

Cependant, Kléber Mesquida, François Liberti (PCF Hérault), Rudy Salles (UDF, Alpes Maritimes) et Louis Giscard d’Estaing (UMP, Puy de Dôme) ne sont pas parvenus à faire adopter par l’Assemblée nationale ce qui ne pourrait être compris que comme un hommage illégitime rendu à la cause de l’Algérie française [5] :

Kléber Mesquida : « Concernant le drame de la rue d’Isly, les civils sur lesquels l’armée a tiré sont assurément des victimes de violences de guerre et la qualité de “morts pour la France” doit leur être attribuée. »

Rudy Salles évoque « les questions qui restent en suspens, et en particulier la reconnaissance du statut de mort pour la France pour les victimes du massacre de la rue d’Isly, dont nous avons longuement débattu. »

François Liberti : « Il est regrettable que la commission ait rejeté notre amendement qualifiant de “morts pour la France” les victimes de la rue d’Isly le 26 mars 1962 ».

Depuis lors, Kléber Mesquida est revenu sur le sujet, le 11 mars 2008, en posant une question écrite à Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants…

[1] Plus précisément dans le quatrième tome, intitulé Les feux du désespoir, de La Guerre d’Algérie d’Yves Courrière, éd. Fayard, 1971.

[2] D’après Jean Lacouture.

[3] Un enregistrement vidéo de moins d’une minute, extrait de « La guerre d’Algérie » de Peter Batty, tourné lors de la fusillade par une équipe de la télévision belge (les commentaires sont de Peter Batty)

Brusquement, des coups de feu partirent d’un toit.
Sans attendre d’ordre, les harkis répliquèrent par un feu nourri. Ce fut la panique !
Des corps roulaient, hachés par les rafales !
Une équipe de la télévision belge, encore une fois, se trouvait sur les lieux.

Ne tirez pas !
Halte au feu … halte au feu … halte au feu … Halte … Halte au feu !
Mon lieutenant, un peu d’énergie, bon dieu !
Halte au feu … halte au feu … Halte au feu …

Quand tout fut fini, on releva quarante-six morts et plus de deux cents blessés, dont vingt devaient encore mourir.
On retrouva plus de deux mille douilles.

Note de LDH-Toulon

Le commentaire précédent commet une erreur en parlant de “harkis” — à cette date, les “supplétifs” de l’armée française avaient été démobilisés. Les 23 hommes installés au barrage à l’entrée de la rue d’Isly étaient des militaires français appartenant au 4e régiment de tirailleurs algériens commandé par le colonel Goubard, 6e compagnie du capitaine Techer, et ils étaient sous les ordres du sous-lieutenant Ouchène Daoud et du sergent-chef Boucher. Parmi ces militaires, il y a eu dix blessés dont deux très graves, dont un est mort de ses blessures.

[4] Référence : http://www.assemblee-nationale.fr/1....

[5] Voir le compte-rendu de la séance du 10 février 2005 consacrée à la seconde lecture du projet de loi « portant reconnaissance de la Nation … » : http://www.assemblee-nationale.fr/1....

http://ldh-toulon.net/26-mars-1962-la-fusillade-de-la.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fusillade_de_la_rue_d%27Isly

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