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La Lettre culturelle franco-maghrébine n° 95
mercredi 19 février 2025, par
Ce mois-ci nous vous proposons de vous intéresser à quatre romans et à trois films (dont un court).
On sait que le roman est dans les sociétés occidentales le genre littéraire qui a le plus grand nombre d’adeptes, tant parmi les lecteurs que parmi les écrivains eux-mêmes. C’est une évidence qui apparaît clairement dans la sélection ici proposée.
Mathieu Bélézi remonte aux débuts de l’époque coloniale en Algérie pour évoquer Emma Picard , malheureuse héroïne d’une entreprise vouée au malheur. A l’inverse, Sébastien Lapaque ne cesse de trouver son bonheur dans une Algérie, Théorie d’Alger, que le grand maïtre de la BD Jacques Ferrandez l’aide à évoquer par ses illustrations.
L’Algérie est présente aussi en France, dans les communautés de travailleurs émigrés qui existent parfois ailleurs que dans les banlieues et loin de toute grande ville, comme le montre la Lyonnaise Dalya Daoud dans un roman tiré de ses souvenirs, Challah la danse.
Pour le décryptage de l’Algérie contemporaine, on peut s’en remettre à la subtilité du grand écrivain Samir Toumi qui soumet à notre interprétation son roman Amin intrigant et nuancé, malicieux sans doute.
Côté films, celui d’Abdenour Zahzah affirme son originalité dès son titre qui est long et circonstancié : « Chroniques fidèles survenues au siècle dernier à l’hôpital Blida-Joinville au temps où Docteur Frantz Fanon était chef de la cinquième division entre 1953 et 1956 ». On se doute que cette objectivité renforcée cache un engagement fervent qui est à la fois celui du réalisateur et celui de Frantz Fanon lui-même dont les débuts dans l’exercice de la psychiatrie se sont en effet passés à Blida.
Aïcha du Tunisien Mehdi Barsaoui donne l’exemple d’une émancipation féminine qui semble d’abord providentielle mais qui n’en est pas moins difficile et risquée.
Chikha est un film court marocain qui fait ici l’objet d’une note incitant à le voir en complément du désormais célèbre Tout le monde aime Touda de Nabil Ayouch. Il contribue à nous faire connaître le groupe humain de ces femmes qui s’expriment au moyen d’une musique singulière et prenante.
Et en l’absence momentanée de sortie de BD, Michel Wilson vous invite à découvrir un petit livre illustré, Souvenirs du bled, de Rakidd.
Denise Brahimi
« Emma Picard » roman par Mathieu Belezi, éditions Le Tripode, 2024
1860. Le gouvernement français propose des terres en Algérie à des familles que la misère les incite à accepter. Avec ses quatre garçons, Emma Picard tente l’aventure qui se révélera être une suite de catastrophes et de malheurs : climat, maladies, malheurs se multiplient. Pourtant Emma Picad a décidé de résister… Celles et ceux qui ont lu Mathieu Bélézi (Moi le Glorieux, Attaquer la terre et le soleil...) retrouveront dans ce récit la même dénonciation violente du colonialisme et de ses ravages.
« Théorie d’Alger » de Sébastien Lapaque, illustré par Jacques Ferrandez, Actes Sud BD, 2024
« Un pays dont le souvenir faisait monter les larmes aux yeux, un pays impossible à oublier ». Cet ouvrage est une déclaration d’amour envers une Algérie à la fois idéalisé et regardée avec lucidité. Le regard d’un Européen captivé par la beauté d’un pays dont il ne méconnaît pas les zones d’ombre.
« Challah la danse », roman par Dalya Daoud, éditions Le Nouvel Attila, 2024
La vie quotidienne d’un petit nombre de familles dont l’une, maghrébine, vit dans une petite ville entre Lyon et Saint-Etienne. Une suite d’anecdotes, de petits faits de vie, au récit court et dense, que cette journaliste de profession a su mêler pour faire une chronique vivante d’une population dont d’ordinaire on parle si peu…
« Amin, une fiction algérienne » par Samir Toumi, roman, éditions Barzakh, 2024
Une galerie de portraits : on assiste à un défilé de personnages que l’auteur s’amuse à peindre de façon fort satirique, voire désopilante. Ils sont la catégorie supérieure, et de très loin, de la société algérienne contemporaine (Bouteflika est encore président, mais tout le monde sait que cela ne durera plus longtemps) …
Un appel aux lectrices et aux lecteurs :
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Faut-il rappeler avec force que certain(e)s d’entre nous jugent le maintien de Boualem Sansal en détention indéfendable quoi qu’il en soit.
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4ACG Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami.e.s Contre la Guerre