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Jeanne Moreau, artiste et femme engagée

mercredi 9 août 2017, par Michel Berthelemy , 4ACG

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Jeanne Moreau est morte. Elle était beaucoup plus qu’une artiste, elle était une femme bouleversée par la souffrance du monde. Au sens noble du terme, elle était « engagée ». A l’exemple de cette lettre adressée au ministre de l’Intérieur de l’époque, M. Brice Hortefeux, en réaction à sa politique d’exclusion. Nos gouvernants ont changé, mais cette lettre, lue par Jeanne Moreau sur notre site le 9 novembre 2008, n’est-elle pas toujours, hélas, d’une actualité brûlante ?

Lettre de Paula Albouz lue par Jeanne Moreau

Monsieur le ministre Hortefeux
Il fait froid, c’est l’hiver. J’ai honte de ce froid, de cet hiver que vous vous acharnez à prolonger jusqu’à la vilainie.
Cela fait plus d’un an que jour après jour, ce froid et cet hiver envahissent les villes et les campagnes de notre pays, autrefois pays d’espoir et de vie.
C’est en ma qualité de citoyenne française, plus que jamais attachée à la liberté, à l’égalité et à la fraternité, que j’ai le devoir de vous rappeler que vous n’avez pas, monsieur le ministre, le droit de vie ou de mort sur des hommes et des femmes, ou des enfants, qui travaillent, vivent, étudient, ici en France, pays aujourd’hui déshonoré.
Ma honte et notre déshonneur dont vous êtes l’un des grands responsables, deviennent plus profonds quand je me souviens de ce moment fraternel sur un quai de Marseille après la guerre en Algérie.
Nous faisions file pour embarquer sur El-djazair. Je me rendais dans ce pays. Devant moi un travailleur Algérien revenait passer ses vacances au pays, il s’est retourné vers moi, a ouvert ses bras et m’a dit « soyez la bienvenue en Algérie ».
Monsieur le ministre, la honte est une affaire de cœur, le déshonneur une affaire civile. Je pense à ce monsieur Algérien et j’ai honte. J’ai honte aussi pour vous qui refusez à son fils ou sa fille d’être mon voisin ou ma voisine.
Vous déshonorez à coup de furtives lois minables le sens de la république et de ma civilité.
Je ne vous salue pas. Il fait très froid cet hiver.
Paula Albouz

Lettre de Paula Albouz lue par Jeanne Moreau

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