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Il avait été un des piliers du Manifeste des 121

Hommage à Maurice Nadeau

jeudi 20 juin 2013, par Hubert Rouaud

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Disparition de Maurice Nadeau le 16 juin 2013. Un grand éditeur mais aussi un militant politique qui signa en 1960 le manifeste des 121 ( Droit à l’insoumision) et en fut l’un des piliers.

A 102 ans, Maurice Nadeau, ce grand éditeur qui fut aussi un militant très engagé contre la guerre d’Algérie et l’usage de la torture, nous quitte, après une vie de luttes puisque à plus de 100 ans il se battait encore pour que sa revue ’La quinzaine littéraire" puisse lui survivre.

Une vie d’engagements courageux

Les historiographes rappellent que Maurice Nadeau issu d’un milieu très modeste, fut un jeune militant trotskyste, puis un résistant, avant de devenir directeur littéraire de Combat, journaliste à France-Observateur, et un éditeur réputé.

Mais ceux qui se battirent en France, contre la guerre d’Algérie,
depuis son début, n’oublieront pas Maurice Nadeau et son engagement contre cette sale guerre. Car en 1960 être un des rédacteurs et signataire du Manifeste des 121 était un engagement hors du commun que plusieurs payèrent très cher…

Et Maurice Nadeau sut rappeler à cette occasion l’importance de l’engagement des intellectuels connus pour défendre les valeurs fondamentales.

Aujourd’hui, les journaux racontent surtout qu’il fut d’abord un éditeur de génie découvrant entre autres des auteurs devenus célèbres comme : Claude Simon, Thomas Bernhard, Malcolm Lowry, Georges Perec, Varlam Chalamov, Maurice Bataille, Michel Leiris, Roland Barthes, Nathalie Sarraute, Henry Miller, Leonardo Sciascia, Witold Gombrowicz, J. M.Coetzee, Bruno Schultz, Robert Antelme, Arthur Koestler, Hector Bianciotti, Louis Guilloux…

Mais à 102 ans, désargenté, il se retrouvait seulement riche de ses convictions qu’il évoquait début 2012 devant la caméra de Mehdi Lallaoui, dans le film consacré au Manifeste des 121 ( extraits à la fin de cet article)

Maurice Nadeau s’explique en 1961 sur le Droit à l’insoumission

Extrait d’un interview de Madeleine Chapsal pour « L’Express » : l’article ne paraîtra pas !

M. C. - Pensez·vous que cette Déclaration puisse avoir une action quelconque ?

M. NADEAU. - Son premier effet sera de réconforter les jeunes gens courageux qui, obéissant à leur conscience, ont préféré la prison ou l’exil, la rupture des attaches familiales, à la singulière tâche de « pacification » qui leur était demandée. Ils se sentiront moins abandonnés. Ils sauront qu’on ne les tient plus unanimement pour des « salauds » ou des « traîtres ». Bien entendu, nous ne nous substituons pas à eux et nous nous gardons de leur donner des conseils : dans des affaires aussi graves, c’est à chacun de se décider en connaissance de causes, mais nous faisons savoir que nous comprenons leurs raisons et nous demandons à ceux qui les jugent de les comprendre également. Les valeurs traditionnelles, le pacte civique qui lie entre eux les membres d’une nation ne peuvent plus être observés quand cette nation mène une guerre injuste, quand les plus hautes autorités du pays déclarent elles·mêmes que cette guerre est « absurde », quand tout le monde sait qu’elle ne dure que par la volonté de l’Armée.

M. C. - Cette Déclaration reconnaît également comme justifiées l’aide et la protection apportées par des Français aux Musulmans. Cela signifie-t-il que vous êtes prêts à apporter une aide effective au F.L.N. ?

M. NADEAU. - Personnellement, non. Notre rôle d’intellectuels est de témoigner, de dire la vérité, de parler pour tous ceux qui se taisent. Notre Déclaration constate un état de fait : des jeunes gens refusent de partir pour l’Algérie ; des Français aident les Musulmans. Nous disons que leurs motifs sont respectables.

M. C. - Cette Déclaration représente un acte de révolte très violent contre l’Etat, la légalité nationale. Des intellectuels approuvent la désertion et aussi la passation dans les rangs de ceux qui combattent l’armée de leur propre pays.

M. NADEAU. - Vos questions font état d’une situation et de valeurs qui n’existent plus. Cette « révolte contre l’Etat » et la « légalité nationale » est un fait. Ce n’est pas nous qui l’avons suscitée. Nous disons qu’elle s’explique et nous en prenons acte. Nous n’aurions pas eu à descendre dans l’arène politique si les partis de gauche avaient fait leur devoir, s’ils ne faisaient pas preuve d’une impuissance et d’une timidité doctrinale incompréhensibles. Ils attendent que les « masses » imposent la paix, mais ils sont incapables de guider ces masses, de leur fournir des mots d’ordre efficaces. Ils veulent agir dans la « légalité démocratique » alors que la démocratie n’est plus qu’une fiction. Ils n’ont pas encore compris que le pouvoir est aux mains de l’Armée. Le pays peut.il accepter de fournir tous les ans un contingent de 3 à 500.000 jeunes Français pour faire la guerre de l’Armée ? Peut·on laisser croire à l’étranger que cette guerre est la guerre de la France ? Le mot « désertion » comme beaucoup d’autres, a changé de sens. Notre devoir d’intellectuels était de le dire.

Extrait du film « Le Manifeste des 121 » de Mehdi Lallaoui
par Hubert Rouaud

G. ok

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