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Des têtes de résistants algériens retrouvées dans des cartons au Musée de l’Homme

samedi 4 juin 2016, par Michel Berthelemy

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Les restes mortuaires de dizaines d’Algériens qui ont résisté à la colonisation française au 19e siècle, morts au champ d’honneur, sont entreposés dans de vulgaires cartons, rangés dans des armoires métalliques, au Musée de l’Homme de Paris.

Une première pétition avait été lancée en 2011 par Ali Farid Belkadi pour la restitution des restes mortuaires de ces résistants algériens. Aujourd’hui c’est Brahim Senouci qui reprend l’initiative.
Pour Brahim Senouci, il est essentiel de récupérer ces restes et d’organiser une inhumation « avec un lustre particulier et les honneurs dus à la bravoure de nos résistants ». Et si l’action est menée jusqu’au bout, le succès « sera celui de la société et du peuple algérien » face à « la haine de soi », l’oubli et le refoulement.

En 2011, l’historien Farid Belkadi révélait que le Musée de l’homme de Paris conservait des fragments de corps depuis 1880, date à laquelle ils sont entrés dans la collection « ethnique » du musée. Il s’agit des crânes secs pour la plupart, appartenant à Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit Chérif « Boubaghla » (l’homme à la mule), au Cheikh Bouziane, le chef de la révolte des Zaatchas (dans la région de Biskra en 1849), à Moussa El-Derkaoui et à Si Mokhtar Ben Kouider Al-Titraoui. La tête momifiée d’Aïssa Al-Hamadi, qui fut le lieutenant du Chérif Boubaghla, fait partie de cette découverte. En tout, c’est plus d’une trentaine de crânes de résistants algériens qui attendent une sépulture digne de ce nom.
gravure extraite du livre « L »Armée d’Afrique" depuis la conquête d’Alger, 1888, par le Dr Quesnoy, ancien médecin inspecteur du Service de santé des armées.

Curieusement, l’Etat algérien n’a jamais demandé la restitution de ces restes. Ni celle d’autres objets de valeur historique qui demeurent en France.
En 2012, lors de la visite de François Hollande à Alger, les Algériens attendaient de lui qu’il fasse au moins un geste symbolique, comme la remise des clés d’Alger ou du canon Baba Merzoug, mais rien n’est venu.

L’historien et président de la Fondation Casbah, Belkacem Babaci a plaidé durant plusieurs années pour la restitution du canon Baba Merzoug. Il lui a même consacré un livre. Mais ce trophée de guerre rebaptisé « Le Consulaire », installé dans le port de Brest, est toujours la propriété de la Marine nationale.
Quant aux clés d’Alger, remises par le Dey Hussein au général de Bourmont le 5 juillet 1830, lors de la prise d’Alger par les Français, en signe de reddition, elles sont considérées comme “trésor national” par le Code du Patrimoine français et ne peuvent légalement pas sortir de l’inventaire du Musée de l’armée.
Malgré toute la valeur historique que peuvent avoir les clés d’Alger et le canon Baba Merzoug, leur restitution reste secondaire devant les restes mortuaires des résistants chouhada. Pour Brahim Senouci, « il est de notre devoir de leur donner une sépulture digne de leur combat, dans leur pays, et avec les honneurs ».

article inspiré de l’entretien accordé par Brahim Senouci, à El Watan Magazine du 26/05/2016.

pour signer la pétition :
https://www.change.org/p/la-direction-du-mus%C3%A9e-de-l-homme-restitution-des-t%C3%AAtes-des-r%C3%A9sistants-alg%C3%A9riens-d%C3%A9tenues-par-le-mus%C3%A9e-de-l-homme

à écouter, une émission diffusée sur France-Inter le 25 juin 2016, avec Brahim Senouci, René Vautier, Pascal Blanchard :
https://www.franceinter.fr/emissions/comme-un-bruit-qui-court/comme-un-bruit-qui-court-25-juin-2016

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