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De nouvelles révélations sur le 17 octobre 1961

mercredi 25 octobre 2017, par Michel Berthelemy

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Gilles Manceron, dans son blog de Mediapart en date du 16 octobre, fait état de révélations tout à fait étonnantes sur les origines de la répression du 17 octobre 1961. Voici de larges extraits de son intervention :

La répression des Algériens désarmés désobéissant au couvre-feu discriminatoire qui leur était imposé est maintenant connue. Mais l’explication de l’événement progresse grâce aux notes laissées par le porte-parole du général de Gaulle, Louis Terrenoire, témoignage de première main qui montre l’hostilité du premier ministre, Michel Debré, à la paix avec le FLN et son rôle déclencheur dans ce drame.

Les historiens ont longtemps considéré comme une « énigme » la violence de la répression d’octobre 1961. Pierre Vidal-Naquet, en 2000, la plaçait parmi les énigmes les plus étranges que pose à l’historien et à l’honnête homme la guerre d’Algérie . Il pointait que c’est justement, après l’ouverture, le 20 mai 1961, des négociations d’Évian entre le gouvernement français et le FLN, quand chacun savait que la guerre allait se terminer par l’indépendance de l’Algérie, que cette guerre « atteint à Paris son pic de violence
Les hypothèses exprimées à ce sujet par Jean-Luc Einaudi m’avaient déjà conduit en 2011, dans Le 17 octobre des Algériens. La triple occultation d’un massacre, à avancer que la solution de cette énigme résidait dans l’existence au sein même du gouvernement du désaccord du premier ministre, Michel Debré, avec la politique algérienne du général de Gaulle (…) Mais, en 2017, les notes de Louis Terrenoire, l’un des ministres qui soutenaient totalement la politique du général de Gaulle pour la reconnaissance de l’indépendance de l’Algérie, publiées dans un ouvrage émouvant de sa fille, Marie-Odile Terrenoire, Voyage intime au milieu de mémoires à vif. Le 17 octobre 1961, confirment ces présomptions, et, on peut le dire, délivrent, pour de bon, la clé de cette énigme

(…)

Après l’échec du putsch d’Alger, l’ouverture des négociations entre la France et le GPRA à Évian annonçaient la fin de la guerre. Mohammed Harbi, qui présidait la commission d’experts auprès du GPRA, écrit dans ses Mémoires :  Plus que le cessez-le-feu ou la proclamation de l’indépendance, l’arrivée à Genève ce 18 mai 1961 fut l’un des plus beaux jours de ma vie. Nous étions arrivés à bon port . Dès lors, des délégués du FLN discutaient ouvertement, sur le territoire français, avec des représentants officiels de la France, des militaires français étaient chargés de leur protection pour qu’ils ne soient pas pris pour cible par les ultras de l’OAS. Le cessez-le-feu unilatéral d’un mois que la France avait proclamé, de Gaulle décida, contre son avis de premier ministre, dira Michel Debré, de le prolonger jusqu’au 2 août.

(…)

Debré, qui avait soutenu l’arrivée au pouvoir du Général en 1958 en pensant qu’il défendrait jusqu’au bout l’Algérie française, n’était pas favorable à sa politique algérienne, approuvée pourtant par la grande majorité des opinions françaises et algériennes. Après de premières divergences dès la fin de l’année 1959, ce fut un net désaccord à la fin de 1960, aggravé par la décision du Général d’accepter, en août 1961, la souveraineté algérienne sur le Sahara. Debré lui a présenté le 18 août sa démission, qu’il a refusée. Il lui avait retiré la responsabilité du dossier algérien en créant, en février 1960, un Comité des affaires algériennes qu’il présidait lui-même, puis en attribuant ce dossier en novembre à Louis Joxe, ministre d’État aux Affaires algériennes, sous son autorité directe. Mais, lors de la création du Comité des affaires algériennes, Michel Debré lui avait demandé de préciser que le maintien de l’ordre en France resterait sous sa responsabilité. En 1960 et 1961, il a organisé plusieurs conseils restreints de sécurité à Matignon qui ont mis en œuvre sous son autorité divers dispositifs dans la région parisienne en s’appuyant sur le préfet de police, Maurice Papon.

(…)

La terrible répression d’octobre 1961 résulte bien d’une tentative de peser indirectement sur l’issue de la guerre en empêchant l’issue voulue par le chef de l’État. Pour éviter que les négociations ne débouchent sur une indépendance de l’ensemble de l’Algérie, et pour l’obliger à envisager sa partition, avec une enclave côtière où seraient regroupés les Européens. Louis Terrenoire rapporte comment de Gaulle a écarté cette option, défendue notamment par Valéry Giscard d’Estaing, secrétaire d’État aux finances. Elle était aussi portée par le député Alain Peyrefitte, qui l’a développée dans une série de quatre articles publiés dans Le Monde jusqu’au 2 octobre 1961, intitulée  Pour sortir de l’impasse algérienne . Et dans son livre Faut-il partager l’Algérie ?, financé par Michel Debré et publié peu après chez l’éditeur Plon, dans la collection « Tribune libre ». Le directeur de cabinet du Premier ministre, Pierre Racine, a rapporté qu’il lui avait remis 800 000 anciens francs sur les fonds du Premier ministre en le chargeant de financer cette édition. C’est bien le premier ministre qui, pour tenter d’empêcher une issue rapide des négociations et essayer de provoquer une partition de l’Algérie, a décidé, en s’appuyant sur Roger Frey et Maurice Papon, et avec l’assurance d’avoir un ministre de la Justice à ses ordres, de déclencher une guerre à outrance contre le FLN et les Algériens de France

(…)

Dans ce crime d’État, il faut probablement distinguer entre ses auteurs et ceux qui en ont été, d’une manière ou d’une autre, les complices par leur silence, qu’ils soient au gouvernement de la France ou dans les principales forces politiques d’opposition du pays qui, à des degrés divers, n’ont rien fait, ou presque rien fait, pour dire et dénoncer le massacre

(…)

Version complète du texte de Gilles Manceron, avec les références des ouvrages cités :
https://blogs.mediapart.fr/gilles-manceron/blog/161017/du-nouveau-sur-le-17-octobre-1961#_ftnref3

Un film de la plasticienne Ariane Tillenon, à partir des images de la marche du cinquantenaire du 17 octobre 1961, en 2011. Sortie en octobre 2017.

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