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Contre-Pouvoirs : l’enthousiasme et le courage des journalistes Algériens d’El Watan

mercredi 10 février 2016, par Daniel Dayot

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Nous vous avons annoncé, le 25 janvier, la sortie du film de Malek Bensmaïl, Contre-Pouvoirs. Daniel Dayot, invité à l’avant-première, en est ressorti admiratif et convaincu . Il n’a pas résisté à l’envie de nous adresser un compte-rendu détaillé de la soirée. Merci à lui !

C’est une chance pour moi d’avoir pu assister à une avant-première de cet excellent film documentaire de Malek Bensmaïl. C’était le jeudi 14 janvier 2016 au cinéma Luminor Hôtel de Ville (ex Nouveau Latina) à Paris, à l’invitation d’Alliance Ciné qui avait organisé toute une soirée autour de la projection.

Le film montre au plus près le fonctionnement du quotidien algérien El Watan pendant cette période quand même particulière de la campagne précédant la réélection d’Abdelaziz Bouteflika « dans un fauteuil ». Est-il beaucoup d’exemples de rédactions de journaux ayant ainsi consenti à se laisser filmer ? On vit avec ces professionnels leurs doutes, leurs interrogations, leur frustration de ne pouvoir mener à fond leurs investigations. Mais aussi leurs divergences. On se tord de rire lors d’une des premières confrontations opposant un journaliste croyant à l’un de ses confrères athée adepte de la logique marxiste, chacun maniant avec maestria tout un discours convenu ; ce qui n’empêchera pas de les revoir soudés en conférence de rédaction pour arrêter la une du quotidien. Car comme le déclare à un autre moment l’un d’eux : « C’est les contradictions qui font avancer les sociétés ».

La vie du journal est le premier degré mais ce dont il est question en permanence c’est de l’Algérie : tous et toutes sont consternés par la situation de leur pays, le blocage politique, la relative apathie des citoyen-ne-s, l’opacité des pouvoirs – on parle plusieurs fois de la « boîte noire » cet espace inaccessible des détenteurs des pouvoir politique, économique, militaire, - la vulnérabilité de leur journal. Comment présenter telle question ? A-ton suffisamment d’éléments pour écrire cela ?

Ce film est captivant de bout en bout pour qui s’intéresse à l’Algérie. Mais le débat qui suivit ne fut pas moins passionnant. Le modérateur avait autour de lui le réalisateur Malek Bensmaïl, le directeur d’El Watan Omar Belhouchet, Franck Nouchi médiateur au Monde et François Bonnet directeur éditorial à Mediapart. Une chorale célébrant la communauté de leurs objectifs professionnels : indépendance à l’égard du pouvoir politique, autonomie financière, devoir de mener les enquêtes à leur terme… Mais la mise en lumière aussi des difficultés des journalistes algériens toujours vulnérables (120 journalistes assassinés depuis le début de la décennie noire) ; le journal fut mis à l’abri avec d’autres dans un immeuble sécurisé mais il tarde à El Watan d’emménager dans ses locaux en construction.

Une autre donnée, gage de liberté, est un lectorat fidèle avec 18 % d’invendus sur un tirage de 140 000 exemplaires. Alors ça vaut la peine de continuer en dépit des difficultés et heureusement les journalistes d’El Watan que nous fait connaître le film ne manquent pas de l’énergie que cela demande.
Si vous en avez l’occasion, allez voir ce documentaire qui est une leçon d’optimisme, vous en serez transporté.

Daniel Dayot

Malek Bensmaïl, grand documentariste algérien, a réalisé entre autres : La Chine est encore loin, Aliénations, Boudiaf un espoir assassiné.

Pour en savoir plus  : http://www.maghrebdesfilms.fr/contre-pouvoirs.html

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