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Colloque Germaine Tillion à Lorient : Une femme hors du commun

jeudi 22 juillet 2010, par 4ACG

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Plusieurs membres de 4acg étaient présents et nous font part de leurs impressions

Germaine Tillion
Le colloque tenu à Lorient les 26,27et 28 mai abordait durant trois jours les leçons que l’on peut tirer de l’engagement de Germaine Tillion. Une femme exceptionnelle qui, lors de moments tragiques de l’histoire, comme la déportation et la guerre d’Algérie, sut faire preuve d’un courage remarquable, tout en conservant une indépendance vis à vis des organisations et des courants politiques. Une indépendance qui décuplait la force de ses interventions.

La personnalité de Germaine Tillion, ethnologue de l’Algérie coloniale, résistante et déportée, militante résolue de l’émancipation féminine, engagée dans une tentative de paix durant la guerre d’Algérie est fascinante. Elle ne peut être résumée dans un court article après le colloque de 3 jours, remarquablement organisé, qui lui était consacré, fin mai, à Lorient, et dont les actes seront certainement publiés. Nous nous limiterons ici à quelques témoignages de membres de l’AAAACG qui assistaient à cette manifestation.


C’est Simone de Bollardière, présidente d’honneur de 4acg, qui a ouvert le colloque en brossant, à travers quelques souvenirs personnels, un portrait attachant de Germaine Tillion.


Un aspect du colloque a particulièrement retenu l’attention de François M : L’expérience, comme chemin de la connaissance.

"…Pour Germaine Tillion, la clef de la connaissance est l’expérience personnelle, « celle que nous avons sentie dans nos propres nerfs et nos propres os » écrit-elle.

René Vautier

René Vautier a illustré cette maxime à sa façon, modeste, sereine et lumineuse. Il a raconté, au début de son intervention, comment, résistant dés l’âge de seize ans, au début de la guerre 1940-1945, et doté d’un lot de grenades, il en a lancé une dans un groupe d’Allemands. Et il a vu un jeune soldat « les tripes à l’air », selon sa formule. Dés lors, il a abandonné les armes pour la caméra. Et c’est ainsi qu’a commencé un long combat qu’il poursuivit inlassablement.

Sans le savoir, et dans un tout autre registre, Jean-Michel Fournereau, lui a fait écho le lendemain, en conclusion du colloque. Il prépare actuellement, pour le Grand Théâtre de Lorient, une représentation du « Verfügbar aux enfers » (4 décembre 2010), un spectacle écrit par Germaine Tillion au camp de Ravensbrück, sous la protection de ses compagnes de déportation. Est-ce un hasard qu’il se soit lancé dans cette entreprise ? Il est lui-même Français par son père et Allemand par sa mère. Celle-ci lui a dévoilé, tout récemment, à propos de ce travail, après la sortie du « Ruban blanc », que son grand-père avait participé, dans les S.A., à la nuit de cristal. Il a été soulagé de l’apprendre, nous a-t-il dit, libéré, car, obscurément, il sentait quelque chose qui n’était pas nommé. Peut-être ne faisait-il que tendre vers cette révélation…"

Hubert R. a beaucoup apprécié la projection du film inédit tourné lors de la mission ethnologique dans les Aurès de Germaine Tillion et Thérèse Rivière, en 1935 et 1936 :

« … Ce film sauvé de l’oubli par une universitaire américaine, est un moment d’histoire précieux pour la mémoire des Algériens. En effet, 20 ans plus tard la région commençait à être dévastée par une armée française procédant au déplacement et au regroupement des populations, les coupant de leurs racines et de leurs souvenirs. Ce document montre des algériens vivant dans une région tellement déshéritée qu’elle semble échapper au joug de la colonisation, en conservant des traditions très originales. Il n’y a apparemment ni écoles ni infrastructures. On y voit aussi une population féminine prenant des initiatives et manifestant dans son comportement une indépendance qu’elle n’a pas encore retrouvée aujourd’hui. [1].

En revenant fin 1954, chargée d’une mission officielle par le gouvernement, Germaine Tillion découvre le même dénuement dans les campagnes et ce qu’elle qualifie de « clochardisation » près des villes. Une prise de conscience qui est un tournant dans son analyse de la situation : elle comprend la révolte, même si elle croit encore à une issue pacifique. C’est cette démarche dictée par l’expérience, en dehors de toute idéologie, qui reste une caractéristique de l’engagement de Germaine Tillion, engagement qui était le thème principal du colloque de Lorient…"

Monique S. a été particulièrement intéressée par trois interventions.

« …Tout d’abord, à propos de la captivité de Germaine Tillion en camp d’extermination, lorsqu’elle qu’elle écrivait en cachette son opérette »Verfügbar", sa capacité à mobiliser toute son énergie pour ne pas sombrer avec ses compagnes, et pour pouvoir témoigner plus tard, afin que le monde sache.

Ensuite le rappel de l’action des femmes dans la Résistance. Car très peu d’écrits leur ont été consacrés. Elles étaient des « combattantes de l’ombre », elles accueillaient , apportaient une aide quotidienne (repas et gîte), transmettaient des messages…et trouvaient encore de l’énergie pour leurs enfants et leur travail.

Enfin l’évocation, par la responsable du colloque, à l’aide d’un montage de photos et de lettres, d’une Germaine Tillion montrant une présence affectueuse auprès des « prisonniers indigènes », lorsqu’elle les aidait à rédiger du courrier, à organiser des fêtes…"

Bernard P. a suivi la dernière journée du colloque :

"…Au sujet des Centres Sociaux, chers à Germaine Tillon, le Dr J-Philippe Ould-Aoudia a rappelé leur mission auprès de la jeunesse algérienne. Soulignant le rôle de l’armée française dans leur disparition de 1952 à 1960, il livre les propos du Gal Massu : « les Centres Sociaux sont des lieux pourris à la solde du FLN », avant de poursuivre : « … cinquante ans après, les passions ne sont pas apaisées et il faut toujours se battre pour préserver la mémoire des Mouloud Ferraoun, Max Marchand, mon père et bien d’autres lâchement assassinés. Aujourd’hui encore des personnalités n’hésitent pas à honorer ces assassins dans des inaugurations de lieux et autres manifestations. »

Le rôle des femmes dans les guerres de conquêtes a été ensuite développé par Christelle Taraud et, particulièrement, l’engagement des deux figures que sont Djamila Bouhired et Djamila Boupacha [2] . L’une et l’autre ont été arrêtées, torturées, violées et emprisonnées.

Aïssa Kadri, sociologue, a longuement parlé du rôle des instituteurs durant la guerre d’Algérie. Il a rappelé qu’elle a commencé par la mort d’un instituteur et qu’elle s’est achevée par celle de six enseignants dont trois algériens.
Les organisations syndicales SNI-FNE, peu relayées par leurs collègues de métropole, ont beaucoup œuvré pour une politique de réformes, l’égalité des droits et une école entière pour tous.
Une fracture s’est produite en 1956 avec deux tendances pro-française et pro-algérienne, dénonçant l’une comme l’autre les violences de part et d’autre. Beaucoup d’instituteurs et enseignants engagés pour l’indépendance ont été assassinés par l’OAS.
A noter qu’à l’issue du conflit en 1962, plus de 8000 instituteurs sont retournés en Algérie pour assurer la rentrée scolaire et rouvrir les écoles…"

A la fin du colloque, le message émouvant de Stephane Hessel, dans lequel il rend hommage à Germaine Tillion, a de nouveau été diffusé aux participants. On ne pouvait choisir meilleure conclusion.

S.Hessel.m4a Audio

Deux sources importantes de renseignements sur Germaine Tillion : le SITE DU COLLOQUE et le SITE DE L’ASSOCIATION. La presse algérienne avait aussi parlé de ce colloque, voir EL WATAN.


[1voir le film de Malek Bensmail tourné dans la même région en 2007 : »La Chine est encore loin"

[2Qui apparaît dans plusieurs séquences du documentaire consacré à Gisèle Halimi et diffusé le 31 juillet sur France 5 à 23H58

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