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Ces soldats qui ont osé fraterniser avec l’ennemi

jeudi 17 décembre 2015, par Michel Berthelemy

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Un jour de 1917, en plein conflit mondial, un groupe de soldats français et les Allemands qui leur font face, décident d’arrêter la guerre pour un moment de fraternisation. Ca se passe à Neuville-Saint-Vaast, près d’Arras. Le caporal Louis Barthas se dit après coup que ce serait beau d’édifier un monument à cet endroit précis, qui rappellerait ce moment et qui, au lieu de recenser les morts, parlerait de paix, d’espoir, de générosité.

Aujourd’hui, ce rêve est devenu réalité. Le 17 décembre 2015, à 10h30, sera inauguré, sous le haut-patronage du Chef de l’Etat, le monument dont rêvait le caporal Barthas, à l’endroit même où il l’avait imaginé. Cela en présence de nombreuses personnalités politiques et culturelles.

« Et ce jour-là, on va parler de paix », précise Bertrand Tavernier qui, à l’initiative du cinéaste Christian Carion, est devenu le véritable cheville ouvrière du projet. « De paix ? », se demande Tavernier, « Mais vous n’entendez pas, autour de vous, tous ces discours, toutes ces proclamations, ce vocabulaire de combat qu’on utilise jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. Vous n’entendez pas qu’on parle d’éradication, de guerre ? Bien sûr, nous l’entendons, et entre parenthèses on peut se demander si les assassins de civils, responsables de meurtres commis au nom de l’ignorance et du fanatisme ne sont pas quelque peu anoblis quand on les assimile à des guerriers. Oui nous communions dans le chagrin, le deuil des victimes, mais cela ne nous empêche pas de rêver à autre chose, même si cela paraît utopique. »

Bertrand Tavernier explique ici sa démarche :
« pendant le tournage de La vie et rien d’autre, j’avais été sensibilisé à l’importance capitale de la mémoire, aux distorsions qu’on lui faisait subir. Et ce monument des fraternisations nous montre que la mémoire est quelque chose de vivant, qui permet d’irriguer le présent. Et à distance, Barthas témoigne à sa manière sur ce qui vient de frapper la France. Le réalisateur Preston Sturges a dit un jour : une grande majorité de statues et de monuments ont été élevés à la gloire de généraux, de conquérants, d’empereurs qui ont copieusement massacré des centaines de milliers de personnes mais en revanche ceux qui ont soulagé l’humanité sont plus rarement glorifiés. Eh bien appliquons les remarques de Sturges et célébrons cet acte d’héroïsme que fut ce moment de fraternisation, cette petite lueur dans la nuit qui nous montre que même dans un déchaînement de violence, on peut, on doit encore espérer. »

Lire à ce prpos « Les tranchées de la fraternité » : http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/11/09/ces-tranchees-de-la-fraternite_3510940_3232.html#

Messages

  • Chers Camarades
    Je ne peux m’empêcher de penser et d’être ramené quand on aborde ce genre de récit et de témoignages à une idée et des réflexions qui plus le temps passe se renforcent en moi.
    À savoir que les guerres n’ont jamais lieu que parce que les peuples, c’est à dire les hommes et les femmes qui les constituent ne sont pas assez informés, voire désinformés, on leur raconte des histoires, on leur ment !

    Pensons à Jaurès qui jusque dans les jours précédents immédiatement la déclaration de guerre fit tout ce qu’il pouvait pour arrêter la folie en marche et le paya de sa vie sous les balles d’un déséquilibré fanatisé (peut être manipulé d’ailleurs par des des intérêts cachés ?
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Assas... Qu’aurait il pensé en voyant ces fraternisations de Noël 1914 qui lui donnaient raison ?
    Mais remarquons qu’elles ne furent alors possibles que parce qu’on n’était qu’au début de cette guerre, ensuite la guerre devenue plus industrielle fit son travail et se chargea de dresser les haines sur les monceaux de cadavres.
    C’est donc bien avant qu’il faut ouvrir les yeux et comprendre. Ceux qui me connaissent reconnaitront là une de mes marottes. Mieux vaut prévenir qu’avoir à guérir. Hélas le même qui vient d’écrire ces quelques réflexions sur les causes et le déclenchement des guerres est tout aussi persuadé de l’énormité de la tâche de parvenir à déciller les yeux et ouvrir les oreilles des peuples, surtout que de nos jours les techniques de manipulation psychologique ont prodigieusement progressé en impact de masse et surtout en habileté et en subtilités.
    Non hélas ce n’est pas demain la veille… que le peuples ne s’en laisseront plus compter ! Sans illusions donc à court terme et en voyant les actualités, mais pourtant persuadé par ailleurs qu’il viendra bien un jour le jour d’épaules nues
    Post Scriptum : si vous ne l’avez pas fait lisez l’article du Monde « les tranchées de la fraternité » dont le lien est donné par Michel c’est plein de détails très intéressants sur ces faits ainsi que sur sur l’histoire du film et les réactions d’alors de l’armée.
    René (4acg)

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