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Boualem Sansal et le terrorisme : nous avons trop cherché à trouver des justifications à cette dérive

jeudi 22 janvier 2015, par Michel Berthelemy

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Réagissant, dans l’hebdomadaire Télérama, aux récents attentats à Paris, l’écrivain algérien Boualem Sansal constate que si « la barbarie a atteint ce niveau, c’est parce que nous avons tergiversé quand il fallait décider et agir ». Voici les réflexions qu’il a confiées à Télérama, et que nous nous permettons de reproduire.

Il se passe tant de choses en nous lorsqu’on reçoit une nouvelle aussi colossale. Dans l’hébétude qui était la mienne, j’ai d’abord perçu de la colère, une immense colère contre nous-mêmes. Si le mal en est là, si la barbarie a atteint ce niveau, c’est parce que nous avons tergiversé quand il fallait décider et agir. Nous avons trop cherché à trouver des justifications à cette dérive politique et religieuse. Nous avons fait ce que nos parents ont fait lorsque le fascisme et le nazisme se répandaient en Europe comme une cancer et que le stalinisme ravageait l’URSS. Ils ont tourné le regard ailleurs. Cela s’appelle la lâcheté.

Aujourd’hui je suis inquiet et pessimiste. Depuis la guerre civile en Algérie, l’islamisme radical n’a cessé de progresser dans la folie et la barbarie. Il a acquis une formidable expérience qui lui permet de toujours être le maître du jeu. Il est vital et urgent de retrouver l’initiative pour vaincre cet adversaire qui ne craint rien, ni la peine, ni la mort. Le résultat est qu’après l’Afghanistan, l’Algérie, le Daech, le voilà aujourd’hui qui prend pied en Europe.

Les islamistes ont frappé la France, champion de la liberté et des droits de l’homme, et ils ont visé Charlie-Hebdo qui, à leurs yeux, s’était rendu coupable d’un blasphème. Ils ont fait exécuter l’opération par des Français, ce qui va accroître les tensions entre communautés et favoriser la communautarisation des musulmans. Tout cela est bien vu. Les frères Kouachi vont enrichir la légende initiée par les Kelkal, Merah et compagnie, et susciter de beaux recrutements.Car il y aura d’autres attentats, aussi meurtriers et aussi forts en symbole. Il vaudrait mieux prendre des initiatives. Une action forte sur l’Arabie et le Qatar serait de nature à déplacer plusieurs lignes. Le gouvernement français en est-il capable ?

Je continue, malgré les difficultés, à exprimer mes idées. Même si l’angoisse est là. C’est un combat de tous les instants. Il y a des hauts et des bas. Depuis mon voyage en Israël, en mai 2012, il y a surtout des bas. Mais parfois on se fait des idées, l’angoisse a un terrible effet grossissant et déformant. Il faut constamment s’efforcer de raison garder. Il y a plus important que notre petit confort. La liberté, c’est magnifique, il faut la défendre. Sans elle, la vie n’a plus beaucoup de sens.

Boualem Sansal

Rappelons le titre du dernier livre de Boualem Sansal : Gouverner au nom d’Allah, islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe, édité chez Gallimard en 2013

Messages

  • Monsieur sensal oublie de mettre dans sa liste des états qui nourrissent la violence, Israël ! Il est vrai que parfois on peut être aveugle aux évidences. Cela participe également à la violence. A moins que mr sensal préfère continuer à cultiver le « deux poids, deux mesures ». Mr sensal doit également réfléchir aux discriminations structurelles laminant concrètement profondément des jeunes français , contre lesquelles il est urgent de lutter pour ne pas favoriser le risque de déviation ou dérives.

    en occultant des choses, en restant dans l’idéologie, on est complice de l’injustice. Ce qui aggrave la compréhension mutuelle.

    abdelati laoufi

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