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Algérie : le lourd héritage du colonialisme

samedi 6 septembre 2014, par Michel Berthelemy

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Parmi les « bienfaits » généreusement accordés par la France à l’Algérie, dont les effets se font sentir aujourd’hui encore, figurent en bonne place les millions de mines antipersonnel laissées par l’armée française, et les conséquences humaines des essais nucléaires dans le sud-algérien.

Les mines antipersonnel implantées par la France durant la guerre d’indépendance ont fait depuis 1962 plus de 4000 victimes, la dernière en date étant un enfant de 10 ans, dont la famille réside dans la wilaya de Biskra. A ce jour, les démineurs algériens en ont neutralisé 9 millions. Combien en reste-t-il ? Personne ne le sait. Chaque mois, plus de quatre mille de ces engins de mort sont détruits. Plus de 60000 hectares ont été nettoyés, principalement sur les lignes Challe et Morice. Le chantier est prévu jusqu’en 2017.
Le jour de l’indépendance, l’Algérie a brutalement été confrontée à ce drame : où sont les mines ? Comment les détruire ? Avec quels spécialistes ? Aucun plan n’avait été remis par la France avant 2007. A l’arrêt de 1988 à 2004, notamment du fait de la « décennie noire », les opérations de déminage ont repris après la ratification par l’Algérie de la convention d’Ottawa. Cette convention, qui engage 164 États membres, dont l’Algérie et la France, interdit l’emploi, le stockage, la production et le commerce des mines antipersonnel. Elle les oblige au déminage et à la destruction des stocks. Seul défaut : la convention ne prévoit pas de pénaliser les pays responsables de la pose des mines. Aujourd’hui, les victimes handicapées ne reçoivent aucune aide de la France, faute d’une reconnaissance officielle de sa responsabilité. Et la modeste pension versée par le gouvernement algérien reste largement insuffisante en regard des traumatismes et des handicaps subis par les victimes.

Le désastreux bilan des essais nucléaires français

Autre « bienfait » de l’héritage colonial : les décès et maladies dus aux essais nucléaires français dans le sud-algérien de 1960 à 1966. Aujourd’hui encore, des personnes contaminées meurent de cancer. Vingt femmes, hommes et enfants sont décédés à Tamanrasset dans le seul mois de juillet de cette année. L’association AVEN de Taourirt se bat pour faire reconnaître par la France le droit des victimes. En vain jusqu’à ce jour, la loi Morin de 2010 ne s’intéressant qu’aux victimes françaises, qui plus est de la manière la plus restrictive qui soit.
L’AVEN a élaboré en mai dernier une plate-forme de revendications, soumise à l’ensemble des autorités compétentes. Principaux points soulevés : l’indemnisation des victimes, la décontamination des sites et l’amendement des lois actuelles, qui évitent soigneusement de parler des victimes algériennes, en occultant la présomption d’origine et en limitant le seuil d’exposition et le nombre de pathologies radio-induites.

Une plainte contre la France ?

Une plainte contre la France devrait être déposée auprès du Tribunal européen des droits de l’homme, pour demander non seulement la modification de la loi Morin, mais aussi le droit à dédommagement pour tous les habitants du Sahara algérien concernés par le problème.
Faute d’un recensement précis, on évalue à peu près à 500 le nombre de personnes touchées dans les seules localités relevant de la commune de Tamanrasset. Plus de 20% des femmes seraient atteintes du cancer du sein, et 10% du cancer de la thyroïde. Le représentant local de l’AVEN souhaite vivement la réalisation par la France de structures sanitaires spécialisées, destinées à prendre en charge les personnes impliquées, ainsi que leur descendance. Il demande enfin à la France d’assainir les zones polluées, de délimiter les endroits à risques, de déterminer les lieux d’enfouissement des déchets nucléaires, et d’évaluer les niveaux de radiation dans les régions contaminées.
Souhaitons qu’il soit entendu.

Michel Berthelemy

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