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A l’heure où la tension monte à Jérusalem, un entretien avec Michel Warschawski

lundi 10 novembre 2014, par Stanislas Hutin

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Au moment où Jérusalem est à nouveau sous haute tension, du fait notamment des manifestations répétées et de plus en plus violentes des ultranationalistes israéliens sur l’Esplanade des mosquées, provoquant ainsi des affrontements très durs avec les Palestiniens, il est intéressant de savoir ce que pense de cette situation un homme comme Michel Warschawski, que Stanislas Hutin a rencontré lors de son récent séjour en Palestine

voir : Voyage en Palestine

Rappelons tout d’abord qui est Michel Warschawski. Universitaire, essayiste et journaliste israélien, il est cofondateur et président du « Centre d’information alternative de Jérusalem ». Fils du Grand Rabbin de Strasbourg, il émigre très jeune en Israël pour y suivre une formation religieuse. Mais très vite, il se trouve en opposition ouverte avec la politique de colonisation israélienne, ce qui lui vaudra d’être arrêté et emprisonné.

Voici, résumés par Stanislas Hutin, les points forts de l’entretien, tels que Michel Warschawski nous a autorisés à les reproduire :

1967. La guerre des Six Jours déclenche chez Michel Warschawski une prise de conscience de la réalité du conflit. L’occupation de la Cisjordanie par Israël, à laquelle il se trouve confronté, le renvoie à celle de son Alsace natale, dont ses parents et grands-parents lui ont, dans sa jeunesse, révélé l’infamie. Pour lui, rien ne peut sortir d’une telle occupation, d’où son engagement contre toute forme de colonialisme.

1982. Invasion du Liban par l’armée israélienne. Il refuse de rejoindre son unité. Il est arrêté, jugé, emprisonné. A cette époque, naît le mouvement des réfractaires, qui prône la reconnaissance de l’OLP et l’ouverture de négociations.

2014. Lors de la dernière attaque sur Gaza en juillet, si des Israéliens sont descendus dans la rue, c’est moins pour manifester leur solidarité avec le peuple gazaoui que pour exprimer la détestation de leur propre « état voyou », leur désir d’un « état normal », leur refus d’une politique qui risque de leur valoir la marginalisation internationale.
Ainsi, lors d’une soirée en compagnie de jeunes amis, il s’étonne de découvrir que leur sujet de conversation n’est pas la contestation des attaques sur Gaza, mais l’interrogation sur leur devenir. L’échange porte sur .« quand, comment quitter le pays et où aller ? ». Ce pays « sent mauvais », disent-ils, « il devient quelque chose qu’on n’accepte pas ». L’horizon des jeunes de la classe moyenne se situe donc hors d’Israël, et si les trois-quarts ne pourront pas partir, « ils sont de toute façon déjà partis dans leur tête… ». Les jeunes baissent les bras et Michel Warschawski les pousse, en effet, à déguerpir « avant qu’ils se laissent contaminer ».

« Une bonne nouvelle, pourtant, une note d’espoir » : la pétition publiée par l’unité d’élite des renseignements militaires, appelée « 8.200 », qui se résume à ceci : « ça suffit ! notre expérience du terrain nous enseigne qu’il n’est pas possible de continuer ainsi, et qu’il faut résoudre le problème palestinien ». Or, les politiques n’ont jamais tenu compte des orientations préconisées. Et « l’unité » de révéler son travail : le fichage systématique de la population palestinienne pour trouver la faille de chacun, procéder au chantage, semer la zizanie. Notre interlocuteur estime que si ce « 8.200 » s’exprime ainsi publiquement, les choses peuvent changer.

La peur. En cinquante ans de militantisme, Michel Warschawski dit n’avoir jamais eu peur. Bien que considéré comme traître par bon nombre des siens, en dépit des pressions et intimidations, il reste membre de la grande famille juive. Or, aujourd’hui, la brutalité s’est généralisée, elle envahit la rue. Il parle de ratonnade à Saint-Jean-d’Acre, lors du Kippour, et dit que l’appartenance à l’ethnie n’est plus une protection.

Quant à la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), officiellement, le gouvernement se dit parfaitement serein. Or, il en aurait extrêmement peur. L’attitude, notamment, de certaines banques étrangères commencerait à impacter l’économie.

L’avenir ? Personne n’est en mesure actuellement d’imaginer quoi que ce soit. « La solution est très lointaine ». La situation ne peut être détachée du contexte régional.
Les rapports de force sont bouleversés, mais les autorités israéliennes en sont parfaitement inconscientes… Ces dernières ne prôneront jamais ouvertement l’annexion. Pourtant elle est concrètement en marche. L’objectif de l’extrême droite est de parvenir à un état juif, au territoire plus restreint s’il le faut, le principal étant qu’il s’y trouve le moins possible d’Arabes.

Un jour, en France, un interlocuteur lui oppose les contradictions qui lui semblent émaner de sa personnalité : « Juif, Israélien, antisioniste, Français, homme de gauche, pro-palestinien… Mais où vous situez-vous donc ? ». A la manière talmudique, Michel Warschawski lui répond par une parabole : « se réveillant un matin, un juif constate qu’il n’y a plus en Israël que des Juifs, tous les Arabes palestiniens ont disparu, envolés ! le champ est totalement libéré… 90% des juifs ne peuvent que s’en réjouir, mais 10% sont tristes… Eh bien moi, je fais partie de ces 10%… ».

En nous quittant, Michel Warschawski nous laisse ce message : « vous êtes venus, vous avez regardé, vous avez écouté. Eh bien maintenant, ouvrez votre gueule ! ».

Stanislas Hutin

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