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17 octobre 1961 à Paris, un crime d’État

lundi 16 octobre 2017, par Michel Berthelemy , 4ACG

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Souvenons-nous : le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d’Algériens manifestaient pacifiquement à Paris pour protester contre le couvre-feu qui les frappait. Des milliers d’entre eux furent arrêtés, emprisonnés, torturés, et refoulés en Algérie. Des centaines perdirent la vie, victimes de l’extrême brutalité des forces de « l’ordre ».

Ce jour-là, un photographe était présent. Il s’appelait Elie Kagan. Bouleversé par ce qu’il avait vu, il dira plus tard : « l’homme que je suis a ressenti ces brutalités d’un côté et l’indifférence de l’autre comme un affront et m’a rappelé le 16 juillet 42 ».
Quelques années plus tard, vers 1969, il consignera les souvenirs de ce drame dans son « Petit livre gris ». En voici un extrait, reproduit par Jean-Luc Einaudi dans son ouvrage « 17 octobre 1961 » paru en 2001 chez ActesSud/Solin.

"17 octobre 1961 […]
Plus tard on appellera cette chaude journée Ratonnades à Paris.
Des Arabes par milliers, Concorde, Solférino, Rue de Lille, hommes
casqués. Ma peur, qui me surprend.
Octobre 61
Juillet 42
Octobre 61
Juillet 42
Métro, wagons bondés
Français, nez contre vitres, indifférents,
on tire, on tue, et puis on efface vite.
Et moi Seul, tout seul avec ma peur au ventre
Qui fais mon métier d’homme
Et fixe pour toujours
Le crime, l’assassinat
La mort desinnocents
En espérant, Naïf
Que peut-être les images réveilleront les autres
Amorphes, endormis, égoïstes… ou pourris
Sur le quai du métro je photographie un Arabe qui souffre
Une balle dans l’épaule
Il est là grimaçant, pleurant
Une femme s’approche
Casquette galonnée
Et me dit :
Savez-vous qu’il est interdit de prendre des photos
sur le quai du métro ?
Alors je ne me retiens plus et lui hurle
Comment
Des hommes pleurent, souffrent
Et vous me dites à moi
Qui fais mon métier d’homme
Qu’il est INTERDIT
Mais qui êtes-vous donc
Créature insensible
Chrétienne ?
Syndiquée ?
Communiste, CGT ?
Tout à l’heure, quand des flics poursuivaient ces malheureux,
vous n’avez même pas pensé à leur dire que c’était interdit de tuer
d’autres hommes, de les poursuivre jusque dans le métro.
Et puis je l’ai giflée.
Des souvenirs qui m’assaillent
16 juillet 42
Le Vél d’Hiv plein de juifs
Français indifférents
Et partent puis
Meurent au loin
Innocents, innocents
Et moi j’ai survécu, j’ai lu
J’ai étudié
Réussite
Faire ce que je veux
Faire ce que je dois."

Comme chaque année, de nombreuses associations, dont la 4acg, appellent à commémorer cet événement tragique. Un rassemblement aura lieu sur le Pont Saint-Michel mardi 17 octobre à 18h.
Cette année, une innovation : l’apposition symbolique d’une plaque portant l’inscription suivante : « A la mémoire des centaines d’Algériens tués lors des manifestations pacifiques du 17 octobre 1961, par des policiers agissant sous l’autorité du préfet Maurice Papon. Reconnaissance de ce crime d’État ».

Plusieurs autres villes marquent l’événement :

Dimanche à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne )  : théâtre-forum sur les violences policières, projection du documentaire « Ici on noie les algériens » (2011) et débat animé par Olivier Le Cour Grandmaison
A Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne)  : cérémonie mardi 17 octobre à la stèle du souvenir, quai Jules-Guesde, à l’angle de la rue de Seine
La municipalité d’Aubervilliers invite les habitants à un rassemblement le mardi 17 octobre à 17h00, Place de 17 octobre 1961.
A Bobigny , table-ronde le même jour, intitulée « 17 octobre 1961 : de l’occultation à la transmission. Histoire et mémoire d’un massacre de la guerre d’Algérie ».
La municipalité de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) a prévu mardi le dépôt d’une gerbe de fleurs et une cérémonie de recueillement à la mémoire des victimes du 17 octobre 1961.
A la Courneuve , une cérémonie d’hommage se déroulera dans la rue éponyme, le 17 octobre mardi à 18h00. Elle sera suivie du spectacle « Les Disparus », une création chorégraphique pour 8 danseurs, signée Mehdi Slimani.
A Argenteuil (Val-d’Oise) , le Collectif citoyen 17 octobre 1961 d’Argenteuil : cérémonie à la mémoire des morts sur le Pont d’Argenteuil, suivie d’une projection du film « Les balles du 14 Juillet 1953 » de Daniel Kupferstein.
A Tulle , « Peuple et Culture » et « Au nom de la mémoire » organisent mardi après-midi différents événements avec projection d’un film, lectures et chants, exposition. Projection du film « Loin des hommes » de David Oelhoffen, en présence de Mehdi Lallaoui, président de l’association « Au nom de la mémoire ».
A Strasbourg , le collectif « D’ailleurs Nous Sommes d’Ici 67 » organise un rassemblement sur le pont du Corbeau et une marche vers la place du 17 octobre 1961. 
A Vaulx-en-Velin (banlieue de Lyon) , un hommage sera rendu avec une conférence-débat sur la place du 17 octobre 1961 dans la guerre de libération de l’Algérie.

PJ 1 : le texte de l’appel du Collectif pour le 17 octobre
PJ 2 : le rassemblement prévu à Rennes
PJ 3 : 17 octobre 1961. Texte de Kateb Yacine cité par Benamar Mediene dans Le cœur entre les dents

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