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Voyage en Palestine occupée : le carnet de route de quatre visiteurs atterrés

jeudi 30 octobre 2014, par 4ACG , Stanislas Hutin

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En octobre 2014, deux membres de la 4acg, dont Stanislas Hutin, et deux de leurs amis, ont sillonné la Palestine. Ils ont visité les projets financés par la 4acg, rencontré leurs responsables, et bien d’autres Palestiniens. Ils reviennent atterrés par la situation faite à ce peuple par l’occupant israélien.


Voyage en Palestine. Octobre 2014. Stanislas Hutin

Onze jours d’un périple à quatre, sans problème, en dépit des mises en garde de l’ambassade de France. Étonnante facilité de passage à l’aéroport de Tel-Aviv, à l’arrivée comme au départ, contrastant fortement avec ce que j’ai connu les années précédentes. Le périple : Jérusalem, Bethléem, Qualandia, Ramallah, Hébron, Jéricho, Vallée du Jourdain, Jaffa, Tel-Aviv. Le touriste, le pèlerin, le chargé de mission semblent actuellement pouvoir se déplacer en Palestine sans encombre.

JÉRUSALEM

Au cours de notre déambulation en plein quartier arabe, nous commençons par constater l’indéniable présence israélienne : militaires avec ou sans armes, nombreux drapeaux flottant sans vergogne aux fenêtres des maisons achetées, ou tout bonnement confisquées. Celle qu’Ariel Sharon s’est attribuée surplombe l’une des rues principales. A quelques années de distance, comment ne pas être frappé par la multiplicité des exemples de l’évident grignotage de la vieille ville par Israël…

Quartier de Silwan, où nous avons rendez-vous avec les représentants du centre d’information.

A la périphérie de Jérusalem Est, au flanc de la vallée du Cédron, un quartier de 55 000 habitants palestiniens, un lieu célèbre et touristique, car reconnu comme l’emplacement de la Piscine de Siloé, de l’antique Cité de David et du Tunnel d’Ezéchias. Or, au titre de l’histoire du peuple juif, Israël entend se « réapproprier » ces lieux. Un projet de « parc archéologique » y a donc été conçu et, depuis 1991, des fouilles y sont effectuées. Mais, en même temps, 400 colons s’y sont déjà installés, en parfaite illégalité, en toute impunité, et soutenus par l’armée. Ainsi, en plein cœur des quartiers arabes, s’installe la colonisation, se réalise, inexorablement, la confiscation programmée de Jérusalem Est.

A notre arrivée, nous trouvons, à la porte du centre, une escouade de soldats israéliens. Pas plus tard qu’hier, 23 familles palestiniennes ont été expulsées par les colons et leurs logements confisqués. Les militaires, en tenue d’émeute, circulent dans les parages en prévision de mouvements populaires. L’événement attire des journalistes. Le personnel du centre vient de se voir interdire d’accompagner les touristes dans leur visite. Nous sommes reçus cependant, et informés de la situation et de la vie de ce quartier soumis, sans relâche, au harcèlement des colons.

Ce centre, bien que saccagé à plusieurs reprises par l’armée, assume sa double vocation : informer sur la situation du quartier, qui ne cesse de se dégrader, et venir en aide aux familles démunies et aux enfants désœuvrés (manque d’école, de loisirs, d’encadrement…). Il en reçoit, dans ses trois salles, de 300 à 500, qu’il occupe à la lecture, la musique, le dessin…

Silwan est la parfaite illustration de l’emprise israélienne sur les villes et résume toutes les vicissitudes générées par l’occupation depuis la guerre des Six Jours :
- spoliation courante de demeures en l’absence de leurs propriétaires. Raison invoquée : le manque de titre de propriété ! Les recours auprès de la Cour Suprême Israélienne sont possibles mais sans effets : les décisions ne sont jamais appliquées.
- interdiction de réhabiliter ou même d’entretenir les logements (ce qui facilite leur destruction et leur reconstruction par les colons)
- restriction d’eau et d’électricité, coupures de rues arbitraires
- intimidation des parents réfractaires par l’emprisonnement de leurs enfants (40 % des moins de seize ans connaîtraient la prison sans raison).
Une particularité : les risques que les fouilles font encourir au quartier, celles du tunnel d’Ezéchiel notamment. Tout près du centre où nous nous trouvons, un effondrement de bâtiments s’est produit dernièrement.

En descendant vers la piscine de Siloé (qui a donné son nom au quartier (Silwan), nous passons par le « Jardin de David », fort belle réalisation israélienne de loisirs. Nous repérons les villas squattées ou reconstruites par des Israéliens : preuves de l’implantation juive en plein territoire palestinien…

Nous visitons en contre-bas de Silwan un deuxième centre pour enfants, animé par les familles. Ce centre est en plein déménagement : il vient de recevoir un ordre d’expulsion. Il gêne les fouilles, il doit donc être rasé… Grand désordre de circonstance ; aux murs des dessins d’enfants ; à terre, prêts à être emballées ou détruites, des figurines représentant des gosses en prison… bien pénible réalité.

Un exemple symptomatique de l’animosité latente du quartier : un membre de notre petit groupe reçoit dans les jambes une pierre parfaitement ajustée par un gamin d’une douzaine d’années, qui nous a pris pour des Juifs. Réprimandé par notre chauffeur, il s’excusera.

Quelques jours plus tard, repassant par-là, nous tombons sur la carcasse d’un camion incendié par des colons, la nuit précédente. Ce camion était rempli de chaussures offertes par la Suisse pour les fêtes… Les habitants, des gamins surtout, cherchent parmi les débris ce qui est récupérable.

QUALANDIA, camp de réfugiés à la porte de Ramallah

Visite au projet que notre association 4acg cofinance dans le camp de réfugiés palestiniens de Qualandia. A noter la facilité avec laquelle nous passons le checkpoint, ce qui ne semble pas être le cas dans le sens inverse, à en juger par la longueur de la file d’attente.

De 500 réfugiés en 1947, ce camp est passé aujourd’hui à 14 000 habitants sur un espace de moins d’un kilomètre carré. L’Unrwa (organisation onusienne d’assistance aux réfugiés) supervise l’administration et intervient par des dons en nature et financiers : construction d’une clinique pratiquant la gratuité des soins et d’une école primaire également gratuite. Le chômage est endémique. La population vit dans un état permanent de tension : un à deux « martyrs » par mois au checkpoint ; une vingtaine de jeunes de 12 à 16 ans se trouvent actuellement prisonniers de l’armée israélienne.

Un programme d’appui aux femmes est financé par des coopérations étrangères, dont la France (ville de Pierrefitte et 4ACG). L’unique association de femmes existante en bénéficie pour ses activités de broderie (25 femmes), de bijouterie (7 femmes), de couture (3 femmes) et de cuisine (3 femmes). Le projet est abrité dans des locaux neufs financés par la coopération allemande. Le problème majeur de ces femmes reste la commercialisation de leurs produits, laquelle est assurée à l’étranger presque exclusivement par l’association « Pierrefitte Palestine Association pour la Paix ». Depuis les derniers événements de Gaza, le pouvoir d’achat local est voisin de zéro. Nous remarquons que la qualité mériterait d’être améliorée et mieux adaptée aux marchés extérieurs.

Le centre est logé depuis peu dans des locaux qu’il partage avec l’école de musique Al Kamandjati de Ramallah. L’une des femmes, salariée de cette école, est en charge de l’organisation des cours d’instruments dispensés aux enfants.

PFU [1] - Palestinian Farmers Union

Rencontre avec un représentant du PFU qui nous conduit dans les environs de Ramallah afin que nous réalisions l’impact de la colonisation. Les trois villages visités, dont Beir Nabala, sont dominés par le mur de huit mètres de hauteur qui les sépare de la colonie Atarot ou se trouvent coupés en deux par une route interdite aux Palestiniens. Sous cette route, un passage obturé par une porte en acier, fermée, empêche les habitants de se rendre sur leurs exploitations ou de visiter leurs parents, distants d’à peine 100 mètres ! Un habitant nous dit avoir des proches de l’autre côté, à trois minutes à pied ; il lui faut maintenant cinq heures ! L’occupant prohibe toute construction à moins de 50 mètres du mur (dit de sécurité pour lui, de la honte pour nous). Notre guide, au moral indéfectible et qui habite actuellement Jérusalem, nous désigne en riant, là-bas sur la colline, ce qu’elle pense être sa maison, achetée il y a quelques années. Qu’y ferait-elle maintenant dans cet univers d’interdits, truffé de checkpoints aux interminables attentes ? Sa demeure ? Abandonnée ? Squattée ? Elle n’en sait rien ; elle ne s’en plaint même pas ; c’est la vie ordinaire du Palestinien…

Al Kamandjati

www.alkamandjati.com

www.facebook.com/alkamandjati

http://www.youtube.com/user/Alkamandjati

Visite hélas trop rapide, car ce centre est fascinant par la richesse de ses activités et la détermination de ses responsables.

École de musique fondée en 2002 par le violoniste palestinien Ramzi Aburedwan, militant de longue date pour la cause de son pays (une photo très célèbre le représente à dix ans, en pleine intifada, lançant des pierres à l’armée israélienne). Altiste, formé au Conservatoire National de Région d´Angers, il garde un lien particulier avec cette ville. Voici comment est exprimé l’idéal de sa fondation :

« Parmi les victimes les plus méconnues de l´occupation et de la violence subie par le peuple palestinien figurent la culture, l´art, les loisirs. Lorsque l´on veut mettre un peuple à terre, on essaie non seulement de le tuer physiquement, mais aussi d´éliminer tous les symboles qui le caractérisent aux yeux du reste du monde. La résistance palestinienne peut et doit être multiple. L´Intifada peut aussi être culturelle. Voilà pour le côté politique et militant. Mais il ne faudrait pas oublier le sens premier d´une action comme celle que mène Al Kamandjâti : donner du plaisir à des enfants qui sont les premières victimes de la situation politico-militaire » 

Ainsi, plusieurs centaines d’enfants issus pour la plupart des camps de réfugiés sont encadrés, scolarisés, et formés à la musique ; ils se donnent en concert, y compris à l’étranger. Le centre, 40 salariés dont 25 musiciens, effectue des recherches sur la musique traditionnelle, compose, édite (plusieurs DVD déjà produits) et entretient un atelier de lutherie.

Les quelque 700 000 € de budget annuel proviennent de quelques sponsors étrangers (dont la 4ACG depuis cette année pour un versement symbolique), mais la décrue des aides se fait inquiétante. Heureusement les locaux sont prêtés par une famille palestinienne et le centre utilise également ceux des femmes de Qualandia.

Centre culturel d’Al Smoh

Sur la route de Bethléem, passage au Centre culturel d’Al Smoh, cofinancé par la 4ACG depuis déjà trois ans. Nous avons quelque mal à dénicher le village dans lequel il se situe, Al Ma’Sarah. En effet, nouveau diktat de l’occupant, nouvel exemple d’absurdité et de brimade : la proximité d’une colonie interdit les panneaux indicateurs des villages Palestiniens !

Rencontre avec le président de l’association, Jumah Alaadeen et le responsable du centre Mahmoud Zwahre. D’emblée ce dernier nous fait part de son optimisme, de ses rêves, devrait-on plutôt dire : « les Israéliens ont la force, pas la foi ; ils occupent nos terres, mais pas nos têtes… Nous parviendrons à nous entendre… ».

Il remercie la 4ACG qui a contribué à équiper en meubles et ordinateurs le bâtiment nouvellement construit.

Extraits du site http://shmoh.wordpress.com.

« Le centre culturel Al-Shmoh a été créé en 2001 par un groupe de professeurs du secondaire et de chercheurs de l’université ouverte Al-Qods de Bethléem, mais vivant à Al Ma’Sarah. Ils ont tout de suite eu le soutien des habitants, ainsi que l’aide de l’organisation pacifiste Taʼayush (vivre ensemble) où militent ensemble Juifs et Arabes israéliens. Le Centre dessert Al-Maʼsarah et les huit villages environnants au sud de Bethléem. Il accueille jeunes et adultes de cette région où l’occupation par l’armée israélienne rend difficiles les déplacements et les accès aux lieux de formation. Il a, depuis plus de dix ans, fourni aux élèves et étudiants des cours de maths, physique, arabe, anglais, français et hébreu. Il a aussi offert aux jeunes et aux moins jeunes une formation en informatique et un accès à internet. Parallèlement, il est engagé dans une résistance contre l’occupation, résistance non violente avec ateliers sur la construction de la paix, ateliers sur la résolution des conflits et manifestations contre le mur de séparation, en fait mur de confiscation de terres dans cette enclave du Gush Etsion. Enfin il offre aux villageois un accès à des loisirs, à une bibliothèque, à des séances de musique et de cinéma … » 

250 enfants fréquentent régulièrement le centre ; sept volontaires l’animent et les familles contribuent à la rémunération des cinq enseignants. Le budget est de l’ordre de 250 000 dollars, couvert en partie par la coopération étrangère, Suède, Angleterre, France (un Collectif de Chambéry, lʼUnion Juive Française pour la Paix de Grenoble, la 4ACG, l’association Trièves-Palestine). Mais aucune aide de la part de l’Autorité Palestinienne.

La région est régulièrement soumise à des prédations de toutes sortes perpétrées par les colons voisins. Ils s’en prennent aux voitures, à l’eau, au bétail, aux plantes. Ils iraient jusqu’à empoisonner la terre… C’est d’ailleurs grâce à l’association « Hydraulique Sans Frontières » de Chambéry, que l’eau potable a pu être rétablie à Al Ma’sarah.

Sur la route de Bethléem, nous nous heurtons à nouveau, à Abu Dis, au mur de l’absurde, qui coupe la petite ville en deux, y compris le parc d’une maison de retraite tenue par des religieuses.

BETHLÉEM

Visite du camp de réfugiés de Beit Jibrin, que caractérisent les ruelles étroites bordées de murs et de maisons en béton brut. Nous accédons à un endroit mémorable où le Pape François lui-même se serait arrêté pour prier face à la partie du mur qui, véritable blockhaus, enferme le « Tombeau de Rachel ». Devenu territoire militaire, implanté en pleine zone A, donc palestinienne, ce lieu de pèlerinage, si fréquenté jadis par les fidèles des trois religions, est totalement interdit. Une arche supporte une gigantesque clé qui symbolise l’enfermement du peuple. Sur un tableau noir sont inscrits en arabe les noms des 250 jeunes qui auraient été tués lors des derniers événements de Gaza. Nous nous étonnons du silence des médias européens sur cette tuerie. Renseignements pris, il s’agit de jeunes ressortissants de Gaza et non de Bethléem.

VALLÉE DU JOURDAIN – Jiftik

Dans un hameau, à l’entrée du village, nous sommes accueillis par un agent volontaire du PFU, Rachid, qui nous explique les problèmes de cette région envahie peu à peu, mais systématiquement, par les colons. Avant 1947, elle comptait 300 000 habitants ; il n’en reste plus que 50 000 aujourd’hui. La pénurie de terres les a obligés à émigrer vers le Nord, vers la Jordanie, dans les villes (Naplouse, Jéricho, Ramallah…). Beaucoup de ceux qui sont restés sont contraints, pour subsister, de travailler dans les colonies. Pourtant, la vallée est fertile ; la terre est même réputée pour être l’une des meilleures de Palestine. On y cultive les palmiers dattiers, les vignes, les vergers. ..

Chaque jour, de la part de l’occupant, un « acte de violence » est perpétré, qui illustre sa politique d’annexion de la région. En voici quelques exemples :

- confiscation des terrains au motif de l’absence de titres de propriété
- destruction de maisons ou même de villages : l’un d’eux a été par trois fois détruit, puis reconstruit ; la Croix Rouge et les représentants européens qui ont tenté de protester ont été empêchés de se rendre sur les lieux ! L’insistance du consul de France lui a valu d’être maltraité, jeté à terre.
- L’approvisionnement en eau est particulièrement problématique, car c’est la colonisation qui le gère. Pour ce hameau, par exemple, Il est limité à deux heures par semaine et il faut aux habitants deux heures pour y accéder et passer un checkpoint. Il arrive que les militaires volent purement et simplement les citernes mobiles. Les Palestiniens ont interdiction de creuser des puits de plus de 150 m de profondeur. Les colons, eux, pratiquent le forage jusqu’à 800 mètres.
- 57 % des terres sont occupées par l’armée qui actuellement y expérimente ses fusées, en attendant d’y installer de nouvelles colonies.

Le vaste « projet palmiers », initié en 2004 avec l’aide de la coopération étrangère, a connu quelques déboires, dus au mauvais choix des terres, à la sécheresse, aux difficultés d’irrigation, parfois aux prédations directes de l’armée israélienne.

L’AFPS, quant à elle, a lancé en 2009 un programme au financement duquel a participé la 4ACG. Une plantation de 525 palmiers a déjà été réalisée, accompagnée par la formation des agriculteurs. Le programme 2012-2014 prévoit la plantation de 1 365 dattiers et l’installation de six chambres froides sur une période de trois ans, pour un montant de 250 000 €. Deux de ces chambres froides ont été construites à Jiftlik. Elles permettent de conserver les productions fruitières et maraîchères dans l’attente des périodes les plus favorables à leur commercialisation. Nous verrons celle qui vient d’être achevée tout récemment.

Photo de la plaque indiquant les sponsors du projet dont la 4ACG

Nous sommes également conduits sur les ruines d’un village, récemment rasé par l’armée. Son tort ? Etre trop proche d’une colonie !

HEBRON

Nous sommes reçus par Anwar Abu Heisheh, président et fondateur avec sa femme, en 1997, de « l’Association d’Échanges Culturels Hébron France » (www.hebron-france.org). Ce centre, là encore cofinancé par la 4acg, offre des activités multiples : cours de rattrapage scolaire, cours de langue, de musique (600 élèves), bibliothèque, organisation de conférences, contacts à l’étranger, tourisme alternatif. Autres engagements : « la promotion du patrimoine historique d’Hébron et surtout la redynamisation du secteur de la vieille ville (3 à 4 000 habitants), en grande difficulté économique depuis qu’il est sous contrôle de l’armée israélienne ».

L’encadrement est assuré par 17 salariés, dont 9 femmes.

Le budget, d’environ 160 000 euros, est financé en grande partie par les aides extérieures qui, là encore, se font de plus en plus rares. L’Autorité Palestinienne ne délivre jamais de subventions aux associations. Par contre, elle se rend très présente par ses tracasseries administratives.

Les activités du centre sont tolérées par les Israéliens, car, en fait, le parti pris de non-violence qu’elles manifestent ne peuvent que les servir.

Anwar commence par nous conduire à son centre culturel pour enfants, situé dans la vieille ville , qu’il nous fait ensuite visiter. Renouer avec cette casbah m’enchante et m’étonne à la fois. Je constate, en effet, que, par rapport au désert qu’elle était devenue en 2005 pour cause d’occupation juive, aujourd’hui, la rue centrale a retrouvé l’exubérance de tout marché oriental. Les boutiques, toutes closes à l’époque, vivent à nouveau, relativement bien achalandées. Les filets qui les surplombent et les séparent des étages colonisés par les Juifs [2], ne sont plus les dépotoirs scandaleux que j’ai connus, bien qu’il en reste des vestiges par endroits. L’occupation se ferait-elle donc plus discrète ? Ainsi sur les toits où les miradors se fondent davantage dans le décor tortueux des terrasses. Pour autant, on me fait remarquer que d’autres rues restent vides et les boutiques cadenassées. D’autre part, la clientèle ne fait pas foule. Peu importe, le principal c’est d’être là : reprendre possession des lieux, c’est faire acte de résistance.

Autre sujet d’étonnement, la fouille à l’entrée du Tombeau des Patriarches persiste, mais n’a plus rien à voir avec ce que j’ai vécu lors de mes précédents voyages.

Cependant, notre déambulation dans le quartier adjacent nous ramène à la sombre réalité…. L’armée israélienne est ici bien présente, avec ses guérites aux carrefours, ses radars mobiles, ses antennes et caméras sur pylônes déguisés en palmiers (sic)…. Ce quartier demeure interdit aux Palestiniens. Nous, étrangers, y flânons sans problème, en attendant la fin de la prière de quinze heures qui nous permettra l’accès au « Tombeau des Patriarches », partie synagogue, puis partie mosquée.

CONCLUSION

Ainsi, comme on le voit, nous, étrangers, avons pu nous déplacer à travers le pays sans le moindre souci, alors que la population palestinienne reste dans un état de tension permanent. L’emprise israélienne sur les terres, comme dans la partie arabe de la ville de Jérusalem, loin de faiblir, s’accroît et même s’accélère, puisque aucune force occidentale ne s’y oppose concrètement. Il faut vraiment être sur le terrain pour comprendre ce que vivent les Palestiniens. La pression de l’occupation demeure redoutable et met en acte, de plus en plus ouvertement, la politique du gouvernement Nétanyahou : l’annexion pure et simple…


Soutenus par la 4acg, des projets qui vivent et se développent

Nous avons visité plusieurs projets cofinancés par la 4ACG. Partout, l’accueil a été chaleureux, reconnaissant. Ces projets vivent, se dynamisent, parviennent même à s’étendre, malgré la constance des tracasseries, des affrontements, des menaces… malgré le total brouillard de l’avenir…. Autant de formes de résistance non violente contre l’occupant, de lutte contre le risque de résignation, autant d’efforts que nous ne pouvons que soutenir.

Tant de choses à dire encore sur ce pays et cette population qui a besoin qu’on vienne la visiter pour que l’on découvre et que l’on clame sa douleur ! Michel Warschavsky [3] que nous avons eu la chance de rencontrer, en nous quittant nous a laissé ce message : « vous êtes venus, vous avez regardé, vous avez écouté, eh bien maintenant, ouvrez votre gueule… » 

« de la pierre de l’Intifada au violon de la paix.. »
Photo du violoniste Ramzi d’Al Kamadjati, prise à 10 ans en pleine Intifada. La pierre, puis le violon, symbole de la lutte palestinienne !

Stanislas Hutin

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Quelques chiffres sur la Palestine

TERRITOIRE ET POPULATION - 13 août 2014

Territoire palestinien occupé - Population : 4,3 millions (dont 2,65 millions en Cisjordanie et 1,64 million dans la Bande de Gaza) - Superficie : 6 020 km2 (5 655 km2 en Cisjordanie, 365 km2 dans la bande de Gaza) - Densité : 462 personnes/km2 en Cisjordanie, 4 429 personnes/km2 dans la bande de Gaza - Villes principales : Gaza City, Hébron, Naplouse, Jénine, Bethléem, Jérusalem (Est) , Ramallah - Croissance démographique : 2,9%. Indice de fécondité : 4,3 enfants par femme.

Réfugiés

On compte 5 030 049 réfugiés palestiniens enregistrés auprès des agences des Nations unies : http://www.plateforme-palestine.org/Refugies,4096#nb4
2 070 973 en Jordanie
1 240 082 dans la Bande de Gaza
754 411 en Cisjordanie
517 255 en Syrie
447 328 au Liban
On compte également : 
- Plus d’un million de réfugiés non-inscrits auprès des Nations unies , du fait d’une définition très étroite de la part de l’UNRWA.
- 950 000 réfugiés de 1967 et leurs descendants
- 335 000 « déplacés internes » et leurs descendants qui ont été forcés de fuir tout en restant à l’intérieur du futur territoire d’Israël


[1www.pafu.ps– ONG palestinienne, créée en 1993 et essentiellement dédiée à la défense des droits des cultivateurs. Travaille en partenariat avec de nombreuses ONG locales ou étrangères, dont l’AFPS

[2Leur nombre est mal connu, dans les 400, gardés par 2 000 militaires (certains avancent le chiffre de 7 militaires pour un colon !). Rappelons que cette occupation s’est effectuée en toute illégalité.

[3Michel Warschavsky, universitaire, journaliste et
essayiste israélien.