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Un matin de mai au lycée Saint Alyre de Clermont-Ferrand
mercredi 28 mai 2025, par , ,
Par Philippe Chevrette
Ce matin-là nous sommes partis tôt de l’autre côté du Puy de Sancy pour arriver sur les terres de Vercingétorix. Au cœur de Clermont-Ferrand nous sommes accueillis dans une salle à l’ancienne ou chaque pas fait craquer le parquet centenaire de cette institution qui est établie sur une terre chrétienne depuis le IIIe siècle. Les premiers évêques de Clermont s’y sont implantés, suivis par des bénédictins, puis par les Ursulines dès 1808. Aujourd’hui c’est un immense lycée porteur d’une histoire. Et justement c’est d’histoire qu’il va s’agir toute la journée au sein de ces murs moyenâgeux.
Nous sommes quatre « mousquetaires » de la 4ACG, deux anciens appelés Gérard Martin et Jacques Folliguet, Modeste Alcazar un fils de Pied-noir arrivé tout droit de Nice et Philippe Chevrette pour le tournage des images qui iront plus tard aux archives de l’Université de Nanterre.
Nous rencontrons les élèves de Terminale qui étudient dans la spécialité « La guerre d’Algérie et ses mémoires ».
Il s’agit, tout d’abord, d’une présentation du parcours de chacun en Algérie. Huit acteurs de la guerre d’Algérie face à une quarantaine de lycéens. Un fils et une fille de Harki, un fils d’un combattant du FLN lui-même témoin de cette période. Ils s’accordent à décrire les horreurs de cette guerre ainsi que Gérard et Jacques. Trois enfants de Pieds-noirs nous transmettront ensuite ce qu’était la vie dans les familles. Après une heure trente de présentation les élèves posent des questions à cette assemblée représentative de cette période. Les questions sont précises, porteuses d’un intérêt pour ce pan de l’histoire.
Ensuite les élèves sont attentifs à la présentation du livre La petite jupe verte par son autrice Fatima Besnaci-Lancou, docteure en Histoire contemporaine. Son œuvre, La Petite jupe verte, nous entraîne dans les méandres d’une tragédie familiale sur fond de guerre d’Algérie. Née en 1954, Fatima a vécu l’exil des harkis, cet abandon cruel orchestré par la France au lendemain de l’indépendance algérienne. À travers le destin de Nejma, fillette de huit ans, le récit nous plonge au cœur d’une enfance brutalement interrompue, témoin des séquelles indélébiles laissées par la guerre et l’exil. La Petite jupe verte est un témoignage émouvant qui interpelle notre conscience collective, nous invitant à ne jamais oublier l’histoire des harkis et l’enfer des camps, en particulier celui de Rivesaltes, où tant d’entre eux furent parqués dans des conditions abominables.
À la mi-journée, tous nous partageons un excellent repas préparé avec soin et saveur par le chef de cuisine de l’institution.
Le début d’après midi débute par la conférence de Fatima Besnaci-Lancou, docteur en histoire contemporaine spécialiste de l’histoire des mémoires intitulée L’histoire des harkis. Sa présentation se fait en cinq points. Qui sont les harkis, leurs engagements, leur sort après l’indépendance, les camps en France, les combats de leurs descendants. Cette intervention a pour ambition d’apporter un éclairage scientifique, une réflexion sur les complexités de ce conflit, marqueur important de notre histoire, et les derniers développements historiographiques.
Des échanges participent à la clarté et à la précision de la pensée. Les élèves sont ravis de cette journée.
Comme chaque année j’en profite pour interviewer deux lycéennes en fin de journée. Elles sont ravies d’avoir rencontré des acteurs en face à face pour recevoir le témoignage de leur vécu. Pour elles la journée a eu son intérêt par le fait qu’elles ont reçu les témoignages des différents acteurs de cette époque. L’histoire des harkis s’est révélée pour l’une d’entre elles avec la découverte des camps qui ont reçu les familles algériennes après l’indépendance. Elles ont conscience qu’une journée comme celle-ci est particulière et qu’elles en ont eu l’opportunité grâce à leur professeur d’histoire. Un garçon me précise que cette partie de l’histoire est étudiée depuis le mois de février. Nous quittons les élèves avec le sourire en nous disant combien il est essentiel de nourrir ce type de rencontre ou le partage de la connaissance se diffuse dans l’intergénérationnel.
La journée était organisée en partenariat avec l’ONACVG, l’Université Clermont-Auvergne, l’association Coup de soleil et Les harkis du Puy de Dôme.
A 18h30, une conférence/débat a eu lieu avec une intervention de Fatima Besnaci Lancou, docteure en histoire contemporaine, spécialiste de la guerre d’Algérie, membre du conseil scientifique du Mémorial de Rivesaltes, essayiste, auteure de La Croix-Rouge internationale auprès des harkis emprisonnés dans l’Algérie indépendante.
Nous reprenons la route sinueuse des monts d’Auvergne face au soleil d’une fin de journée lumineuse. Gérard et Jacques, les anciens appelés, sont fourbus. La journée a été longue mais le bonheur d’une rencontre avec des jeunes brille dans leurs yeux.
Philippe Chevrette
Édité par G C
4ACG Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami.e.s Contre la Guerre

Messages
1. Un matin de mai au lycée Saint Alyre de Clermont-Ferrand , 9 juin 2025, 08:00, par jacques DEVOS
Comme toujours, à la lecture des comptes-rendus de ces rencontres, ma déception de ne jamais plus parvenir à en connaître dans ma région des "Hauts de France". Jacques