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Dans le regard de l’adolescence

vendredi 19 décembre 2025, par Gérard C

Proposé par Philippe Chevrette

Décembre 2025

Ils sont deux lycéennes et un lycéen, en classe de Terminale, au sein de l’institution Saint-Alyre de Clermont-Ferrand. Je les ai rencontrés dans cette grande salle de classe où le parquet centenaire crisse sous nos pas. Dès 1808 la congrégation des Ursulines arrivent à Clermont-Ferrand dans ce prestigieux établissement. Elles portent déjà le souci de l’accueil pour une éducation enracinée dans une foi ouverte au monde.

Comme chaque année lors de la journée mémorielle consacrée à la guerre d’Algérie, je rencontre des élèves et ceux-ci me transmettent leurs émotions, leurs intérêts pour la connaissance de la guerre d’Algérie, ce qu’ils en ont retenu. Alors en cette fin d’après-midi tous les trois ont bien voulu échanger pour une interview à cœur ouvert.

Ils vont m’exprimer différents points qui nourrissent l’approfondissement de leurs connaissances. Une découverte, celle de l’histoire de Maurice Audin ce jeune père de famille, mathématicien qui subira l’enlèvement et la torture par l’armée française. Les lois édictées par la France à l’égard des indigènes. Un rapport à l’actualité avec la restitution des restes humains, en particulier les crânes transportés en France du temps de l’empire colonial. Il s’agit de ceux des combattants décapités pour avoir combattu la colonisation française au milieu du XIXe siècle,

Tous les trois ont apprécié le témoignage de l’ancien appelé, rempli d’humanité, et d’une façon générale la force des témoignages vécus.

Au fur et à mesure de nos échanges apparaît le mot colonisation.

Ils s’étonnent de voir comment la colonisation a fait force de loi à l’égard des peuples.

Il est exprimé que chaque État devrait être souverain de sa propre nation. Aucun pays ne devrait revendiquer le droit sur un autre. Référence est faite à l’ONU avec le développement des droits de l’homme. Ils sont conscients que la colonisation revient de plus en plus à l’ordre du jour. Ils se sentent particulièrement touchés par les valeurs de la République.

Pour eux il va de soi qu’il est essentiel de faire du lien avec la jeunesse avec des organisations non gouvernementales en tout pays. La jeunesse s’intéresse de plus en plus à l’histoire. On oblige cette jeunesse à une vision polarisée et politisée. Il n’y a aucun doute pour eux, il faut instruire les jeunes par rapport à l’histoire et transmettre ce que la guerre commet d’atrocités. La Paix, c’est très important me dira l’une d’elles. Faire de ces rencontres, avec les jeunes, un modèle de paix pour avoir un repère. Ils ont un ressenti de l’embrigadement de la jeunesse dans la politique actuelle, sans que celle-ci ait réellement de connaissances.

Il y a les discours haineux sans fondement parce qu’il y a ce manque de culture et c’est sans doute la cause, en France, du racisme.

Tous les trois sont prêts à s’engager pour mettre en œuvre des projets en particulier en lien avec les inégalités, le droit des femmes. Il n’y a aucun doute pour eux, il faut multiplier ce type d’évènement.

Si les différents génocides, dans le monde, sont développés en cours, il n’en reste pas moins que la Paix est une notion importante.

On insiste beaucoup plus sur les violences actuelles et les conflits dans le monde que sur les tentatives de résolution en faveur de la Paix. Ils leur tiennent donc à cœur de sensibiliser les jeunes à la Paix. Cela permet de prendre conscience des enjeux politiques dans le monde où les conflits sont présents. Il s’agit de leur donner les clés pour développer leur esprit critique et leur permettre de mieux construire leur propre définition de ce qu’est la guerre et la Paix. Faire ainsi la part des choses dans ce que l’on peut trouver dans les discours politiques.

Comment perçoivent-ils l’avenir ?

L’une des lycéennes a peur pour les prochaines élections présidentielles, car elle voit la montée de l’extrême droite. Les valeurs prônées par ce mouvement n’ont rien à voir avec les valeurs des droits de l’homme, dit-elle. Elle ne comprend pas la haine à l’égard des immigrés. Au plus profond d’elle-même elle n’accepte pas le racisme.

Quel gâchis, rétorque le lycéen, alors que nous avons accès à toutes les connaissances et notamment sur les réalités de la guerre. « Comment est ce possible que nous ayons aussi peu de recul ? ». L’une des lycéennes exprime la difficulté de faire la part des choses car auparavant ce qui nous servait « d’échelle » n’est plus du tout fonctionnel. On est un peu tous perdu.

De nouveau l’une des lycéennes affirme qu’à ce jour c’est d’une crise identitaire dont il s’agit et on ne sait pas vraiment où se placer dans le champ politique.

Tous les trois expriment ce sentiment que les jeunes ne se sentent pas représentés dans les partis politiques. Ils rajoutent « cette classe politique ne change pas et ce sont les mêmes personnes avec les mêmes idées. Ils n’évoluent pas avec la société. »

Vers quels types d’actions ils envisageraient de s’engager ?

La lutte contre le racisme, la lutte pour l’égalité homme/femme. Remettre en avant le goût et l’enseignement de l’histoire. Rechercher une unité dans le pays et évacuer les divisions. Défendre le droit des femmes en France et à l’international.

Au détour de nos échanges apparaît l’enrôlement au service militaire. Ils posent la question « est ce que les jeunes veulent vraiment s’engager ? ». Est-ce qu’aujourd’hui les jeunes, qui ne se sentent pas représentés par des politiciens ont envie de défendre une patrie qui ne les représente pas ?

En conclusion il est dit qu’il s’agit de trouver un moyen de réunir les jeunes et les Français autour d’une unité nationale. Ça serait le « Graal ».

Nous nous quittons avec le sentiment d’un échange sincère et partagé. Je les remercie pour la qualité de leurs propos.

Sans nul doute que cette journée aura vécu sous le signe de la tolérance, de l’échange et du partage accompagnée de la richesse de la rencontre.

Philippe Chevrette

Édité par Gérard C