Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre

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Quand les appelés d’Algérie s’éveillent…

dimanche 2 mars 2014, par Madeleine Binet

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Corinne Chaput-Le Bars vient de publier, chez L’Harmattan, un ouvrage en deux tomes, synthèse d’une étude centrée principalement sur le silence et les traumatismes dus, chez les appelés, à la guerre d’Algérie. L’ouvrage est révélateur de ce qu’a été cette guerre. Il est surtout révélateur de vérité pour chacun des protagonistes rencontrés dans ce récit.

L’auteur est docteure en Sciences de l’Éducation, chargée de recherche auprès de plusieurs instituts.
Fille d’un ancien appelé en Algérie, ce dernier n’avait jamais raconté « sa guerre » à ses enfants. Il a fallu que son petit fils l’interroge à ce sujet pour qu’il sorte de son silence.
A partir des écrits de quatre appelés en Algérie, l’auteur nous restitue leur vécu avec son regard de chercheuse, analysant les mécanismes conduisant au « silence » pendant 40 ans et ceux poussant au besoin « d’écrire ».
L’un des quatre jeunes appelés dont il est question est membre de la 4ACG et siège au Conseil d’Administration.
L’ouvrage sera présenté sur la table de presse à l’AG de Sète.

Madeleine Binet

Quand les appelés d’Algérie s’éveillent…

La guerre d’Algérie est le dernier conflit dans lequel l’État français a engagé des appelés du Contingent.
Parmi eux, quatre jeunes appelés, originaires de Bretagne, du Centre, de Normandie ou encore de Picardie, sont rentrés d’Algérie furieux, tourmentés ou en proie au chagrin et se sont tus pendant environ quarante ans. Puis, laborieusement ou avidement, ils se sont mis à écrire ce qui est leur récit d’une situation extrême de vie.
Ces récits présentés un par un puis croisés donnent à voir des pans singuliers et parfois méconnus de l’histoire de ce conflit et se révèlent être de véritables œuvres dont l’esthétique favorise une restauration de l’estime de soi. Enfin, les commentaires recueillis auprès de leurs auteurs permettent de comprendre les processus qui ont présidé à la longue période de « volonté somnolente » qui a frappé les quatre appelés, ceux qui ont favorisé la prise de plume et, surtout, de mettre au jour les effets de « raccommodement » produits par l’écriture autobiographique.

Corinne Chaput-Le Bars

Traumatismes de guerre
Du raccommodement par l’écriture

Le second tome s’intéresse aux traumatismes de guerre en général. Il est introduit par une préface de Boris Cyrulnik, qui a beaucoup travaillé sur la façon de surmonter les traumas du passé.

Madeleine Binet

L’injonction à se réjouir plutôt qu’à se plaindre, conduit parfois les traumatisés de guerre à taire leurs souffrances, jusqu’à ce que, pour certains, des facilitateurs de paroles ou des déclencheurs d’écriture puissent produire des effets de « raccommodement ». Concept qui désigne l’ensemble des aptitudes du sujet à mieux accepter ses traumatismes, à se réparer des dommages causés, à ajuster sa vie à leurs effets, à les rendre présentables aux autres et à se réconcilier avec celui que la guerre l’a fait devenir

Corinne Chaput-Lebars

Voici deux vidéos faites par l’Harmattan à l’occasion de la sortie des livres « Quand les appelés d’Algérie s’éveillent » et « Traumatismes de guerre : du raccommodement par l’écriture ».

Messages

  • J’habite en Algérie. Je suis chercheur en histoire, auteur de deux ouvrages:Des Chemins et des Hommes (paru à Alger en novembre 2009) et Taleb Abderrahmane guillotiné le 24 avril 1958 (paru à Alger en avril 2013) (cf. google).
    Je prépare un livre sur les centres de regroupement de Cherchell (1958-1962). J’ai recueilli des témoignages auprès d’anciens internés. Je voudrai avoir ceux d’anciens appelés qui ont eu à encadrer ces camps ?

    Cordialement
    Mohamed Rebah

  • Faire connaitre tous les témoignages de soldats appelés de la guerre d’Algérie est l’une des actions de la 4acg

  • Bonsoir, je suis un ancien combattant Algérien de la guerre d’Algérie, j’avais collaboré avec des français d’Algérie, Robert Ronda, sa belle Soeur Gilberte Algara et beaucoup d’autres, étant âgé de 77 ans, je souhaiterais écrire mes mémoires en France, et je propose le titre ’’ les oubliés de l’histoire de la guerre d’Algérie’’, afin d’évoquer tous les combattants étrangers, Français, Autrichiens, Allemands etc. qui sont restés depuis plus de 52 années ignorés et anonymes. aussi lors de notre arrestation en septembre 57, les trois journaux d’Alger avaient publiés nos photos sur la une. nous avons étés séquestrés dans des caisses en bois dans un camp de toiles militaire clandestin, installé hors de la vue des organisations humanitaire etc. . Ce camp était sous les ordres d’un officier, et qui éliminais systématiquement tous les détenus qui reconnaissaient.

  • souhaiterais avoir contact avec un écrivain Français pour l’écriture dans le cadre de la guerre d’Algérie, de la très importante participation des Français d’Algérie qui avaient tant donné, et beaucoup soufferts pour une cause juste qu’est l’indépendance de ce pays, qu’ils avaient tant aimé et dont ils sont originaires, et qui malheureusement l’ont quitté, et demeurés ignorés comme s"ils n’avaient jamais existé. Il est absolument de mon devoir de leur rendre un vibrant hommage et de porter à la connaissance des historiens leurs courage et leurs sacrifices.
    Lors de notre comparution en 1958 devant le Tribunal Militaire d’Alger, mes deux compagnons Français, Robert Ronda et sa Belle Soeur Gilberte Algarra agée à peine de 19 années, mettant en valeur le combat des Algériens pour leur Indépendance,
    et Gilberte Algarra avait déclaré qu’elle n’a fait que son devoir de patriote afin que le Peuple Algérien vive libre et que son Pays retrouve son Indépendance.

  • Je suis algérien , tente d’écrire la vie d’une femme appelée Zahra qui vivait à Ain-Séfra dans le sud oranais . Lors de la révolution ou guerre d’Algérie 1954-1962 elle fréquentait bars et restaurants de la petite ville ; elle était donc en contact permanent des militaires français. J’aimerais avoir des témoignages :
    - de ceux qui l’ont connue et de ceux qui grâce à elle ont été rapatriés chez eux .
    - de ceux qui l’ont connue au camp de torture Dzira Ain-Séfra .
    Merci infiniment

  • Manifeste sur les séquelles de la guerre d’Algérie de 1954-1962 et 2012
    Nous avons été trois millions de jeunes à être appelés ou rappelés en Algérie, pour aller faire une guerre coloniale,« de maintien de l’ordre et de pacification » comme ils disaient. Incorporés pour une durée de dix huit à trente mois et jusqu’à quatre ans pour certains, c’est contraints et forcés que nous avons été gratuitement envoyés là-bas. Trente mille y ont laissés leur vie et soixante dix mille handicapés-psycho-traumatisés.
    On n’a pas demandé à y aller, notre seul souci arrivé dans les djebels, c’était d’abord de rester en vie, parce que nous étions forcés de faire la « guerre » et surtout d’avoir la « quille » pour rentrer le plus vite au pays, de tout oublier et de retrouver nos familles et notre travail. Néanmoins nous étions, pour beaucoup indifférents sinon favorables à la demande légitime d’indépendance de l’Algérie au regard des sacrifices humains que les algériens ont consentis.
    Il est temps de nous rendre la mémoire de notre histoire réelle, trop longtemps polluée par une idéologie orientée, malsaine et partisane, nous avions vingt ans (1) et le plus souvent ignorant du pourquoi de ce qui nous attendait. Notre tort c’est de n’avoir pas parlé après, parce que c’était une « guerre » coloniale qui ne disait pas son nom et l’histoire n’a retenue que cela et nous sommes considérés « que » pour cela maintenant. Le mutisme et le repli sur soi a été une erreur, maintenant il est un peu tard, cette souffrance plus ou moins grande, nous a accompagnée et baignée dans une sorte de « honte coupable » accompagnée par des qualificatifs, comme « mercenaires (2) fascistes, tortionnaires, racistes ou violeurs » (3) ces qualificatifs ne nous concernent absolument pas pour l’immense majorité d’entre nous, mais ils ont provoqués une perte d’estime dans beaucoup de familles et de milieux sociaux et ont favorisés une sorte d’ostracisme mémorial, car lorsque l’on veut s’en expliquer maintenant, on se trouve en décalage par rapport à ce qui est convenu de penser sur ce sujet. (4).
    Le respect objectif de cette mémoire n’est pas encore arrivé concernant tous ceux qui n’ont rien à se reprocher dans ce conflit, bien au contraire (5) mais des « forces » (6) venant de milieux qui « devraient naturellement favoriser » cette reconnaissance, entretiennent sur l’histoire de cette souffrance qu’ont connus des milliers de jeunes, un sentiment d’indignité et de vindictes colonialistes souvent assimilés aux miliciens de Vichy, comme fascistes, racistes, violeurs, tortionnaires et mercenaires (bis) alors que l’immense majorité ne rêvait que de rentrer au pays et de reprendre leur place dans la société, c’est ce qu’ils ont fait, pour ceux qui en sont revenus, mais aussi pour s’enfermer dans un mutisme et de laisser la parole aux « képis » et « bouffeurs de bougnioules » d’une part, et les « pro-FLN »Sartriens« , islamisants » et autres « passeurs de valises » d’autre part, terribles intox qui perdurent encore. Des suicides apparaissent encore dans nos campagnes face à ce silence inepte.
    À notre retour c’était très simple : soit on a été incapable de garder par « lâcheté » l’Algérie à la France, soit on est considérés comme des fascistes et tortionnaires d’avoir essayé, pour certains, de la faire, !
    Le peuple algérien est aussi concerné par l’histoire authentique de ces années de souffrance, on « estime » à 250 000 morts côté algérien et la suite a été encore pire après 1962 ; 155 000 morts dus aux règlements de compte et aux islamistes sur toute la population (6) ainsi qu’au pouvoir corrompu algérien et ce n’est pas fini.
    Et les harkis ! dont certains étaient décorés des deux dernières guerres, pour nous avoir aidés à combattre les allemands et les nazis et qui ont été abandonnés par la France à leur triste sort.
    (1) - Il faut rappeler que nous étions pour la plupart encore mineurs puisque la majorité était à 21 ans à l’époque, par conséquent ni droit de vote et toujours tributaires des parents, seulement le « droit » de se faire tuer !
    (2) - Voir ; des « mercenaires », puisque que la différence n’est toujours pas encore faite entre les militaires de carrière payés en double solde… pour faire ce boulot et maintenus le plus souvent en métropole pour former les appelés, puisque les rappelés étaient déjà entraînés aux maniement des armes et dirigés en direct au combat. Les appelés après leur formation sont envoyés ensuite, (ou bien directement) se faire tuer à leur place et toujours gratuitement. À comparer avec ceux d’Afghanistan actuellement, qui sont volontaires et payés pour cela, soutenus par la nation éplorée par les quelques 86 morts inévitables, avec funérailles nationales, alors que les cercueils (dix par jour pendant huit ans) des appelés morts en Algérie étaient rapatriés en catimini derrière les docks de Marseille ou du Havre.
    (3) - Dans un film documentaire, il est bien dit que : « tous les appelés ont torturés »… Il est certain que des exactions inqualifiables ont été commises libres ou commandées, inhérentes à ce genre de conflit des deux cotés ici comme ailleurs.
    (4) - Même, et parce que nous ne sommes pas historiens ou écrivains ! on nous refuse encore le droit de s’exprimer sur ce sujet, et le seul fait de vouloir le faire génère dans certaines familles des « rejets » et une perte d’estime incompréhensibles et douloureux, dus le plus souvent à l’ignorance, la manipulation sectaire et corollaire à l’obscurantisme ambiant.
    (5) - Ce sont les appelés du contingent qui ont contribués à stopper le coup d’état des généraux fascistes de l’OAS comme Salan, Challes, Zeler et Jouhaud et autres, qui prévoyaient de « sauter » sur Paris pour prendre le pouvoir. Ce conflit n’aurait jamais dû existé, L’Algérie était leur dernière colonie, juste après avoir perdu l’Indochine, où, avec les gros colons ils pouvaient espérer conserver leurs privilèges coloniaux, propriétés, boys et servantes, gérants de bordels et trafics en tous genres. Bien entendu certains ne sont pas à mettre dans ce même panier, comme le Général de La Bollardière par exemple, et bien d’autres. Toutes les commandes économiques étaient essentiellement aux mains des européens et pour les européens, et un passage en douceur et assisté vers l’indépendance aurait bien pu se faire dans ce nouveau pays tout en conservant le million de petits Pieds-noirs dont l’Algérie était aussi leur terre.
    (6) - Dans les années 1995-1998, avant et après, on trouve Abdelhamid Abou Zeîd parmi les massacreurs des populations en Algérie au sein des GIA, où à l’époque, « certaines » des « belles âmes » de gauche (et je suis de gauche) ou d’extrême gauche en France nous demandaient « de les comprendre », pensant qu’ils étaient là pour défendre ces populations alors qu’ils les massacraient, au nom d’Allah. On retrouve cet Abou Zeîd avec son « copain » Mokhtar Belmokhtar auteurs des enlèvements d’européens au Niger en 2010.

  • Bonjour ,
    Je suis un ancien appelé classe 60 2A , affecté dans un commando de chasse Kimono 21 , année 1960 a 1962 au sud Médéa .Un site existe en faisant Bourrat Henri Kimono 21 pour visualiser des photos . Je peux éventuellement retracer mon parcours au sein du commando .

  • J’ai été profondément touchée par le texte qui précède. Mon frère, Jean Pierre Lavaud était un ancien d’Algérie,né en 1937. Il est décédé en 1997. Il ne parlait pas des 24 mois
    qu’il avait passé en Algérie. Plus jeune que lui de 9 ans, je peux cependant témoigner du traumatisme que nous avons vécu mon père, ma mère et moi pendant son absence ;
    L’inquiétude était constante et la recherche des dernières nouvelles était permanente.
    Plus encore, je peux témoigner de son retour et de la difficile réadaptation à la vie civile : pas de cellule psychologique , pas de suivi dans la recherche d’emploi. Solitude absolue !
    Je me souviens de sa profonde tristesse sur laquelle on ne mettait pas de nom. J’ai compris beaucoup plus tard qu’il avait fait une dépression pour laquelle aucun soutien n’a été apporté. Seule la vie familiale a pu l’aider. Serait-il possible d’avoir accés à son livret militaire ? Et de le suivre au cours de ces 24 mois ? A Lavaud.

    • Le livret militaire est propriété personnelle du soldat. Vous devriez donc le trouver dans les archives de votre frère, ou peut-être l’a-t-il perdu ? Quant à savoir ce qu’il a fait et vécu pendant ses 24 mois d’Algérie, seules les archives militaires pourraient éventuellement le dire, à condition que vous sachiez à quelle période, dans quel régiment, et dans quelle région ils se trouvait. Avec ces informations, il vous serait possible de consulter le Service des Archives de Vincennes.

  • Bonjour qui peut m’aider à trouver mon ancien instituteur appelé dAlgérie qui a fait son service national au village selloum commune mixte de maillot département de la grande kabylie algerie. Je veux le retrouver simplement je garde des bons souvenirs de lui et de sa soeur qui m’envoie des chocolats en ce temps là en 1960 / 1962. Merci à celui qui peut me faire contacté avec lui ou un membre de sa famille

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