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« L’oubli pour mémoire » Hubert Ripoll
dimanche 27 janvier 2019, par
Par Boualem Sansal
Hubert RIPOLL : « L’oubli pour mémoire » (éd. de L’Aube) janvier 2019.
Il est des guerres qui continuent de sévir longtemps après leur cessation. Elles s’achèvent en laissant derrière elles des champs de mines dans le pays profond, des bombes à retardement dans les replis de la société et des montagnes de ressentiments dans les coeurs. La souffrance enfle à mesure que le temps passe et que le silence s’appesantit. Difficile de le croire, mais la paix est parfois pire que la guerre. Ainsi en est-il de la guerre d’Algérie. [...] Hubert Ripoll a ouvert un chantier gigantesque, effroyablement compliqué tant il mobilise de domaines de recherche - la politique, la philosophie, l’histoire, la psychologie. Comment se fait-il que personne n’y ait pensé avant lui ? [...] Ecoutons-le. Il nous parle de nos enfants et de leur avenir."
Boualem Sansal.
Hubert Ripoll est né en 1947 à Philippeville. Il enseigne la psychologie à l’université de Marseille. Son travail porte sur les processus mentaux, notamment la mémoire.
L’oubli pour mémoire
Parution : 03/01/2019
Nombre de pages : 232
Dimensions : 143x220
Format : En tête
ISBN : 978-2-8159-3143-4
EAN : 9782815931434
Prix : 22€
http://editionsdelaube.fr/catalogue...
G C
4ACG Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami.e.s Contre la Guerre
Messages
1. Nouvel ouvrage d’Hubert Ripoll : « L’oubli pour mémoire » , 11 mars 2019, 17:58, par Ripoll
Je vous remercie d’avoir présenté mon livre : "L’oubli pour mémoire". Ceux qui le liront comprendront à quel point j’essaie d’établir un dialogue entre tous les acteurs de cette histoire quels que soient leurs positionnements passé ou actuel. Cela est nécessaire pour sortir de ce cycle de traumatismes et de blessures mal soignées, afin de tendre vers une histoire commune apaisée. J’apprécie tout particulièrement que L’oubli pour mémoire soit mentionné sur un site animé et fréquenté par des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami(e)s Contre la Guerre).Bien cordialement. Pr. Hubert Ripoll
2. Nouvel ouvrage d’Hubert Ripoll : « L’oubli pour mémoire » , 9 janvier, 18:18, par Emonin bernard
Bonjour Monsieur, je viens de terminer "l’oubli pour mémoire" et je vous suis très reconnaissant, vous avez mis des mots, des chiffres, des études et une réflexion sur une histoire, la mienne, que je conservais un peu cachée depuis de nombreuses années. Je suis "Pied-Noir", né là-bas en 59 et cette lecture a été une bouffée d’oxygène. Rapatrié avec toute une grande famille aux origines espagnoles en 62, parachuté en Dordogne après de nombreuses péripéties, j’ai toujours eu des réticences à expliquer mon histoire familiale, la petite mais surtout la grande, celle exprimée à la maison. D’abord à l’école primaire où, ne serait-ce que dire mon lieu de naissance était une épreuve, Bou-Haroun, ça ne fait pas périgourdin. Ensuite au lycée, en filière littéraire, où l’appartenance à cette communauté me valait d’être, un peu rapidement, assimilé à ces colonialistes qui ont fait "suer le burnous" à toute une population maghrébine. Il m’a fallu de nombreuses années avant que je ne prenne conscience et que j’ose parler de mes parents, de leur parcours et surtout que je défende leur histoire, que je les différencie, que je casse cet amalgame dans lequel je les avais fait entrer, souvent par manque de courage mais aussi parce, en toute honnêteté, leurs prises de position ne me facilitaient pas toujours la tâche. C’est la constitution de leur arbre généalogique qui m’a ouvert les yeux sur le courage que ces familles ont eu, sur la dignité dont ils ont fait preuve, à de nombreuses reprises. Mon arrière grand-père est parti d’Espagne pour fuir la pauvreté, comme beaucoup. Ils ont, à force de travail et de persévérance, reconstruit un village de pécheur, ils se sont ouvert des perspectives, ils étaient entreprenants et, quelques années plus tard, il a fallu recommencer, en France, repartir presque de zéro sous les regards de travers des métropolitains, les "patos". Oui, ils en ont voulu au Général, ils se sont sentis trahis, oui ils ont voté FN et ce n’était pas facile pour moi avec mes idées de gauche, humaniste, mais même si ils m’ont souvent mis en colère, je les ais compris, je les ai trouvés tellement dignes dans cette trajectoire frappée si souvent par la violence et l’impuissance. Après cet arbre généalogique, cette révélation, après leur départ dont je me remets difficilement, certainement parce que je ne leur ai pas assez dit que j’étais fier d’eux, je suis allé en Algérie, à Bou-Haroun avec mon fils, reçu dans une famille avec un accueil extraordinaire. Ce voyage initiatique, avec mon fils, a été une révélation mais aussi un apaisement, une main tendue prise avec amitié. Mais j’ai voulu garder quelque chose de plus fort et en parler, alors j’ai écrit leur histoire, celle de cette famille , de ce village et j’en ai distribué des exemplaires à tous les membres de la famille dont beaucoup manquaient malheureusement. C’est un hommage à ces gens, bien sûr à mes parents, mais surtout à ce "petit" peuple que la grande Histoire a ballotté aveuglement. Mon grand-père a fait la grande guerre, mon grand-oncle s’est fait naturaliser français, il était né en Espagne, pour y participer, mes oncles ont fait la deuxième guerre mondiale, ils ont aussi défendu leurs vies, celle du village, leurs idées en entrant à l’OAS en 62...ils ne voulaient pas perdre ce qu’ils avaient construit, eux et leurs parents. Les violences se sont répondues, c’est inacceptable et insupportable, j’en suis conscient et aussi que des deux côtés ces fantassins passionnés ont été instrumentalisés. Ce petit livret, certains de mes collègues du collège l’ont lu (je suis prof d’EPS) parce que j’avais enfin le courage mais surtout l’envie de parler. Cela leur a ouvert les yeux sur une histoire, une population, dont ils n’avaient pas conscience. "L’oubli pour mémoire" m’a tellement conforté, réconforté dans mes idées, toujours humanistes et, après cette lecture, je me sens beaucoup moins seul...au point de vous écrire. Une bouteille à la mer...juste ça.