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Guerre d’Algérie : une évocation à voix multiples dans un lycée francilien

dimanche 13 décembre 2015, par Michel Berthelemy

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Lycée d’enseignement général et technologique Jehan de Chelles, en Seine-et-Marne. Trois classes de terminale, 90 élèves, plusieurs membres de l’équipe enseignante, le Proviseur, et quatre intervenants : Stanislas et Michel, anciens appelés, Mohamed, ancien de l’ALN (Armée de Libération Nationale), et Jean-Marie, rapatrié Pied-noir. Thème de la rencontre initiée par les trois enseignantes qui nous reçoivent : l’histoire au filtre des mémoires de la guerre d’Algérie.

La première question ne vient pas de l’amphi, mais de Stanislas : « combien parmi vous sont concernés de près ou de loin par la guerre d’Algérie ? ». Les deux-tiers des élèves lèvent la main. Seconde question : « combien en ont parlé dans leur famille ? ». Il n’y a plus que dix bras qui se lèvent. On aborde par conséquent immédiatement la question du silence. Pourquoi n’avoir pas parlé ? Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Qu’est-ce qui n’était pas dicible ? Qu’est-ce qui n’était pas audible ? Les échanges sont directs, vivants, l’ancien moudjahidine, le Pied-noir, les appelés sont tour à tour sollicités, et confrontent souvent leurs témoignages, relancés par les élèves.

J’ai bien aimé qu’ils viennent de « camps » différents

J’ai retenu, dira l’un d’eux dans le bilan de la rencontre réalisé plus tard par les enseignantes, que même après un certain temps, les gens ayant vécu cette guerre restent marqués, ce qui est normal, et n’ont pas forcément le même avis, sur les harkis par exemple. J’ai bien aimé le fait qu’ils viennent de « camps » différents, car leurs points de vue sont, du coup, également différents, et ainsi se complètent .

Un autre :  le discours (des intervenants) m’a fait beaucoup réfléchir. Ce que je n’ai pas aimé, c’est le fait qu’ils prétendent se réconcilier et oublier le passé, mais quand on leur a parlé des harkis, j’ai ressenti comme de la haine chez certains témoins. Ce que j’ai bien aimé, par contre, c’est qu’ils racontaient des petites blagues, ils rigolaient et ne restaient pas tristes en parlant du passé. Toujours à propos des harkis, une lycéenne ajoute :  l’intervention de ces anciens de la guerre m’a éclairée sur le chapitre « L’historien et les mémoires de la guerre d’Algérie ». Leurs anecdotes étaient sympas et leurs points de vue diversifiés et intéressants. Grâce à eux, on a pu voir qu’effectivement le conflit n’est toujours pas terminé : la question des harkis est toujours très compliquée.

Une autre jeune fille : ce que j’ai appris sur les inégalités sociales entre les Pieds-noirs et les Algériens était très intéressant Mais c’est vraiment dommage, regrette sa voisine, de ne pas avoir rencontré un membre de chaque groupe concerné par la guerre : la présence d’un membre repenti de l’OAS, ou d’un harki, aurait pu permettre de lancer un débat, puisqu’il a été dit « qu’à la 4ACG on ne regarde pas le passé mais devant soi », et qu’en même temps l’ancien membre de l’ALN semble garder une rancune contre les harkis, ce qui peut être compréhensible. Cependant, les témoignages de chacun ont été très bénéfiques pour nous, dans le sens où cela correspond à ce qui a été dit en cours, et appuie la nécessité d’une pluralité de points de vue face à une vision manichéenne qui reste dans beaucoup d’esprits aujourd’hui .

Je ne pensais pas que cette guerre ait été si atroce

Dans ce même bilan de la rencontre, on note cette réflexion successive à une intervention de Mohamed :  j’ai bien aimé voir différents points de vue sur cette guerre. Je ne pensais pas qu’elle ait été si atroce, du fait des tortures mais aussi du nombre de jeunes appelés morts. Le racisme était très présent, mais je ne savais pas que c’était autant que cela. Les petites anecdotes sont un bon moyen de raconter l’histoire . Un lycéen le confirme : cet échange a permis d’approfondir le sujet vu en cours et de le voir sous un autre angle, un angle plus humain. Cela a été très instructif .

La conclusion revient aux enseignantes qui, dans un message reçu quelques jours après la rencontre, nous écrivent ceci :  les lycéens ont été très sensibles à votre intervention. Les anecdotes et les récits personnels leur ont permis de se faire une idée plus précise et vivante de l’expérience de la guerre d’Algérie. Votre message de fraternité et de paix les a beaucoup touchés, et même réconfortés, surtout en ces temps difficiles. Certains élèves auraient d’ailleurs souhaité que vous parliez davantage de l’association et des personnes qui y agissent.

Cela a été fait, mais apparemment d’une manière insuffisante ! Nous avons donc promis de revenir…

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