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Fatima Besnaci-Lancou : nouveau témoignage sur le drame des Harkis

mardi 18 mars 2014, par Jean Miossec

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Les Harkis sont de plus en plus l’objet de recherches documentaires, soit sous forme d’ouvrages écrits, le plus souvent par leurs descendants, soit sous forme de films, comme par exemple « La Blessure », documentaire de Isabelle Clarke et Daniel Costelle diffusé en 2010 sur France 3.

Depuis plusieurs années, Fatima Besnaci-Lancou, elle-même fille de Harki, s’intéresse de près au problème. Fondatrice et Présidente de l’association « Harkis et Droits de l’Homme », elle a consacré au sujet nombre d’articles et de livres, et participe régulièrement à des conférences sur ce thème. Elle a par ailleurs apporté sa contribution au livre de la 4acg : « Guerre d’Algérie, Guerre d’indépendance ».

Aujourd’hui elle fait paraître aux éditions de l’Atelier un nouvel ouvrage intitulé « Des Harkis envoyés à la mort ».S’appuyant sur les archives du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), et sur les témoignages d’une soixantaine d’anciens Harkis et de leurs familles, elle nous offre des éléments inédits sur l’histoire de ces milliers de Harkis arrêtés en Algérie après l’indépendance.

Présent en Algérie depuis le début des « événements », le CICR, interpellé par deux associations françaises de défense des Harkis, signe le 21 février 1963 un accord avec le Président Ben Bella. Objectif : visiter un maximum de prisonniers, les recenser et les faire libérer.
Que trouve-t-on dans les rapports des délégués ? De mars à mai 1963, ils visitent quinze lieux de détention, recensent 2400 harkis, dont 1300 souhaitent rejoindre la France après leur libération. Mais ces mêmes délégués relèvent qu’ils n’ont pu accéder aux camps dépendant de l’autorité militaire, que des prisonniers subissent humiliations et tortures et qu’ils sont soumis à des travaux forcés. D’autres ont été exécutés, et 20000 d’entre eux auraient péri dans les opérations de déminage sur les frontières tunisienne et marocaine. Les autres se sont vus promettre la libération s’ils s’engageaient dans la guerre des sables en octobre 1963 entre l’Algérie et le Maroc.
Mais une fois libérés, ceux qui restent en Algérie sont condamnés à une « mort sociale ou civile » : carte d’identité brûlée, pas de travail, aucune aide alimentaire.
Quant à ceux qui choisissent la France, ils sont « accueillis » au château de Lascours dans le Gard, avant d’être éparpillés dans des hameaux de forestage. Les inaptes au travail sont confinés dans les camps de Bias et de Saint-Maurice-l’Ardoise. Ce n’est qu’en 1994, après une série de révoltes de leurs enfants, qu’ils obtiendront le statut de « victimes de la captivité ».

« Ballottés par l’Histoire », écrit l’auteure en conclusion, « les Harkis prisonniers du gouvernement algérien, furent doublement vaincus : proscrits dans leur pays, indésirables en France, ils ont été victimes d’un crime d’État, perpétré à la fois par l’Algérie et par la France ».

Jean Miossec

Des Harkis envoyés à la mort, par Fatima Besnaci-Lancou, éditions de l’Atelier, 2013.

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