Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre

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Des « ennemis » d’hier se souviennent et témoignent côte à côte face à une centaine de lycéens de classes terminales à Gisors, dans l’Eure

jeudi 16 juin 2011, par 4ACG

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Comment, pour une centaine d’élèves du lycée « Louise Michel », à Gisors, dans l’Eure, une rencontre avec d’anciens acteurs et d’anciens témoins, de plusieurs bords, de la guerre d’Algérie, devient « leçon » d’histoire vivante et source de réflexions sur la liberté, l’obéissance, l’humain et l’inhumain, la morale de situation…

En avril 2010, deux professeurs d’histoire et de géographie du lycée d’enseignement général Louise Michel avaient organisé, sur le thème de la guerre d’Algérie, une première journée de rencontres entre des élèves des classes terminales et trois intervenants, dont deux membres de 4acg, Michel Berthélémy et François-Xavier Ricard. Le troisième était un ami algérien, Brahim Senouci, universitaire en France, né à Mascara en 1950 et qui, donc, a vécu la guerre d’Algérie (et les drames dont sa famille a été victime) pendant son enfance et sa première adolescence.

Pour cette « nouvelle édition » 2011, ces rencontres ont été enrichies de deux dimensions supplémentaires.

D’abord, parce que, avec Virgile Dumez, professeur d’histoire-géo, c’est une professeur de philosophie, Anne Suire, qui a été co-initiatrice et co-organisatrice. Venue l’an dernier simplement en « auditrice », elle a ensuite été frappée de constater que nos échanges avec ses élèves avaient fait naître chez eux (et chez elle aussi, d’ailleurs) de nombreuses réflexions et questions en lien avec la philosophie en général et avec certains sujets traités dans ses cours en particulier.

Le deuxième enrichissement par rapport à 2010 est venu de la participation de deux sortes de nouveaux témoins : un ancien officier de l’ALN, Ali Arabi, dont nous avions fait la connaissance peu auparavant grâce à l’association Génération 2010 et un Pied-noir, Gérard Rost, né en 1954 à Alger et dont l’enfance, dans le quartier de Belcourt, a été marquée par la guerre d’Algérie et par ses suites, puisque, en 1963, il a fait partie, avec toute sa famille, des « rapatriés », autant dire des exilés très mal acceptés par de nombreux Français métropolitains.

Nous avions aussi avec nous un autre Algérien, Abdelati Laoufi, qui vit en France depuis longtemps mais, né en 1950 à Colomb-Béchar, il a vécu cette guerre comme enfant et comme jeune adolescent.

Outre ces trois personnes, nous étions deux de 4acg, Michel Berthélémy et François-Xavier Ricard. Nous avions pris la précaution de nous rencontrer tous les cinq, quelques jours auparavant, avec les professeurs bien sûr, pour faire connaissance et pour réfléchir à une bonne coordination et à une bonne fluidité de nos interventions.

Nous avons rencontré le 7 avril une centaine d’élèves, partie le matin, partie l’après-midi, en deux séances de deux heures chacune. Après une brève présentation des cinq intervenants, nous avons projeté quelques extraits d’images et de témoignages sur la guerre d’Algérie, en un montage puisant d’une part dans un numéro de 1959 de Cinq colonnes à la une, d’autre part dans« La guerre sans nom », film de Bertrand Tavernier et de Patrick Rotman.

Nous avons ensuite tenté de répondre, chacun à notre manière, à quelques questions puisées par les élèves dans la longue liste qu’ils avaient préparée à l’avance, et qui nous avait été communiquée. Mais beaucoup de ces questions n’ont en fait pas été abordées, faute de temps, ce qui a créé chez certains un peu de déception.

Les intervenants ont beaucoup apprécié, outre la forte implication des deux professeurs et l’attention et l’intérêt visibles des élèves (applaudissements à la fin de la séance de l’après-midi !), ce qu’ils découvraient les uns des autres au fil des prises de parole et, plus profondément, cette occasion pour chacun d’eux, mais aussi ensemble, avant et après cette rencontre, de réfléchir sur leur propre histoire, sur leurs convictions, sur leurs faiblesses, sur leurs erreurs,… et peut-être de susciter entre eux, et avec d’autres, de nouvelles occasions de rencontres.

Les réactions exprimées par les élèves dans les jours qui ont suivi confirment que cette rencontre a beaucoup intéressé la grande majorité d’entre eux. Les témoignages ont souvent été jugés très « forts », impressionnants même.

Ces lycéens ont trouvé que c’était là une bonne façon de rendre l’histoire vivante et, grâce à cela, de les aider à mieux comprendre les enjeux de cette guerre et quels étaient les différents protagonistes. Pour certains, davantage de souvenirs concrets et d’anecdotes auraient été les bienvenus.

Surtout, ce qui a été dit a beaucoup alimenté leurs réflexions sur la morale, la politique et la liberté. Ils se sont mieux rendu compte qu’il y a des choix dans lesquels la liberté est extrêmement restreinte et ils se sont posé la question de savoir si faire son devoir (qui est une notion du programme de philosophie) consiste à obéir ou à désobéir en se référant éventuellement à une norme transcendante.

Ils ont aussi pu saisir qu’il ne s’agit pas en philosophie de porter des jugements trop normatifs : ils se sont dit qu’on ne peut pas toujours avoir sur le coup le recul qu’on a ensuite lorsque la période devient historique. Ils ont alors abordé l’idée selon laquelle la morale se fait en situation. Ils se sont rendu compte également de la multiplicité des points de vue possibles sur une même époque. Ils sont aussi revenus sur la question de l’humain et de l’inhumain dont on avait parlé en cours et sur les notions de racisme et d’ethnocentrisme dont on avait parlé avec Lévi-Strauss.

A été discutée aussi la question du rôle du milieu social, des influences que l’on « subit », de l’inconscient et de la nécessite de dire les choses pour au moins atténuer les traumatismes.

Sur un terrain plus politique, beaucoup ont estimé qu’un peuple ne doit pas être soumis à un autre et ils ont souligné les rapports entre justice et égalité.

Nous avons apprécié la richesse de réflexion et de ces élèves.

Quant à l’organisation, un certain nombre d’entre eux ont regretté, comme nous, la façon trop prévue, trop « encadrée » dont les questions avaient été posées, ce qui n’a pas laissé de place à des réactions spontanées de leur part.

D’ores et déjà, nous réfléchissons à une façon de faire qui concilierait la réponse à des questions prévues à l’avance et un moment suffisant d’échanges libres et spontanés.

Sur le film « La guerre sans nom », synopsis du site internet Fabrique de sens :

« Entre 1954 et 1962, près de 3 millions de jeunes Français, appelés ou rappelés, ont fait une guerre qui ne voulait pas dire son nom. Trente ans après, ceux qui n’ont jamais parlé racontent. » (Bertrand Tavernier, Patrick Rotman).

L’enquête part de Grenoble, théâtre en mai 1956 de manifestations contre l’envoi de soldats en Algérie. Des témoins racontent, et ceux qui se sont retrouvés malgré tout sur le terrain des combats parlent de leur expérience, de leurs traumatismes, en suivant le fil chronologique des événements et en reflétant les principales attitudes morales ou politiques face au problème algérien, au F.L.N., à De Gaulle et à sa politique, aux accords d’Evian, à l’exode des Pieds Noirs et des Harkis.

Sont abordées aussi des questions plus générales : l’insoumission, la peur, la vie quotidienne du soldat, les tortures, les blessures, la mort, l’ennui, la nourriture, les distractions, le conditionnement psychologique, le retour à la vie civile, la fêlure, l’impossibilité d’oublier et, toujours, la difficulté de dire.

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