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Délégitimer le lobbying sioniste, légitimer l’anti-sionisme : démontrer l’incitation au génocide et l’intentionnalité génocidaire de l’État sioniste israélien
samedi 31 mai 2025, par
Publié le 31 mai 2025 à 10h00, modifié à 17h55.
Modifié le 16 juin 2025, à 13h09.
« Ce ne sont pas de vrais Juifs » : comment la Commission européenne exclut les Juifs critiques d’Israël de l’espace politique européen contre l’antisémitisme. »
Par Yoav Shemer-Kunz — Université de Strasbourg/Université de Syracuse, membre du Réseau juif européen pour la Palestine.
Voir en ligne : https://www.yaani.fr/post/ce-ne-sont-pas-de-vrais-juifs-comment-la-commission-européenne-exclut-les-juifs-critiques-enve
Résumé : l’article examine les relations de l’Union européenne avec de nouvelles organisations juives issues de la société civile européenne qui adoptent une posture critique à l’égard d’Israël et du sionisme. Ces groupes s’opposent notamment à la définition opérationnelle de l’antisémitisme adoptée par l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), perçue comme un outil de défense d’Israël et du projet sioniste. La Commission européenne les écarte de son groupe de travail sur l’antisémitisme, réservé exclusivement à des organisations juives sionistes. Cette exclusion contribue à éclairer l’orientation pro-israélienne et sioniste de la politique européenne en matière de lutte contre l’antisémitisme.
Délégitimer le lobbying sioniste, légitimer l’anti-sionisme : démontrer l’incitation au génocide et l’intentionnalité génocidaire de l’État sioniste israélien.
Par Luc-Michel Mazenq.
Comme l’article référencé et résumé ci-dessus le démontre, un tabou pèse très lourdement dans le débat public sur les guerres coloniales menées par l’État sioniste israélien en Palestine ; un interdit qui vise à dissimuler un rapport de domination moyennant l’accusation systématique d’antisémitisme à l’encontre de toute critique du sionisme. L’antisionisme est ainsi systématiquement assimilé à l’antisémitisme — jusqu’au plus haut niveau institutionnel, au sein même des Institutions européennes, comme cet article le montre.
Pour rédiger le texte qui suit afin de soutenir cet article, qui vise à faire abolir cette assimilation mensongère et outrancière dépourvue du moindre fondement scientifique, je me suis appuyé sur les travaux de nos amis Pierre Stambul (UJFP, antisioniste) et Jacques Pous — qui sont tous deux membres de la 4Acg.
L’objectif de mon texte vise à discréditer le sionisme politique — il est fermement établit que le sionisme chrétien évangélique, au fondement du sionisme historique, est antisémite et il constitue de ce fait le « pire ennemi des Juifs ainsi que du peuple israélien » selon l’aile gauche de la critique antisioniste (UJFP, Pierre Stambul et Alli.) — et à légitimer la critique antisioniste.
L.M.M.
Jacques Pous, réfractaire à la guerre d’Algérie et historien, est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la colonisation en Algérie et en Palestine. Citons, entre-autres : « L’invention chrétienne du sionisme. De Calvin à Balfour. » (L’Harmattan 2018), « Henry Dunant, colon affairiste en Algérie, pionnier du sionisme. » (L’Harmattan, 2020). Son livre le plus récent, hélas prémonitoire — nous prévenant de l’imminence d’une nouvelle Nakba — fut publié à la veille de l’offensive de la résistance arabe en Palestine occupée, le 7 octobre 2023 : « Palestine (1917-1949). Figures d’un colonialisme de remplacement. » (L’Harmattan, septembre 2023).
Les travaux de recherches de Jacques Pous sont centrés sur le concept de « colonialisme de remplacement ». Il entreprit de modéliser cette notion à partir de 2018, dans son livre sur « l’invention chrétienne du sionisme ». Cette modélisation trouve, dans sa dernière publication (« Figures d’un colonialisme de remplacement »), un aboutissement très prometteur pour les futures recherches sur le type de colonialisme le plus absolutiste et mortifère qui soit — le colonialisme de remplacement sioniste.
Par suite, Pierre Stambul a contribué à l’édification du concept de remplacement dans son article de novembre 2024 "Le sionisme : un colonialisme de Remplacement" [1], après l’avoir convoqué dans la réédition, revue et augmentée, de son ouvrage de 2022 "Le sionisme en question" [2].
Le principe de « remplacement » est en effet le trait typique, spécifique, qui détermine le caractère génocidaire du sionisme politique, désormais manifeste. Les pratiques génocidaires du colonialisme sioniste — à l’instar du colonialisme de remplacement nord-américain qui promût le génocide des Amérindiens — surpassent en effet très amplement les plus basses œuvres des colonialismes d’exploitation et de peuplement, tel que le colonialisme de peuplement algérien.
Et c’est au moyen de ce procédé comparatiste, entre le colonialisme pratiqué en Algérie et le colonialisme appliqué en Palestine, que nous parviendrons à définir une représentation singulière, une « figure », du colonialisme de remplacement sioniste.
Nous allons donc tout d’abord questionner les conditions de possibilités du colonialisme de remplacement sioniste : quelle est sa genèse ? Pourquoi et comment s’est-il produit et reproduit ?
Si l’on se reporte aux modes opératoires de la colonisation sioniste en Palestine — dès la deuxième vague d’immigration juive (deuxième Aliya, 1903) — les premiers indices de remplacement peuvent être identifiés dans ce que l’idéologie sioniste qualifie de "Travail hébreu", c’est-à-dire l’activité de travail exclusivement réservée aux Juifs.
Il est en effet très bien établi, comme Jacques Pous le rappelle d’entrée dans son ouvrage [3], que le sionisme visait à imposer, dès 1903, le « Travail hébreu » dans les colonies agricoles exclusivement Juives (Kibboutz) de l’État Juif — donc un État ethniquement pur.
L’utopie sioniste devait donc s’actualiser moyennant l’exclusion de l’Autre, de l’Arabe, du monde du travail — moyennant le remplacement des travailleurs Palestiniens par des ouvriers Juifs et l’accaparement des terres.
Cela fut réalisé sous l’égide de l’Organisation des Travailleurs Juifs — « axe central du pouvoir sioniste » qui s’exercera par le contrôle du marché du travail "qui jouera un rôle primordial" dans la colonisation sioniste et qui conduira à la Nakba de 1948, comme Jacques Pous le précise [4].
Or, ce trait saillant du sionisme politique signale une rupture décisive avec le mode opératoire du colonialisme de peuplement en Algérie — qui n’impliquait pas nécessairement des pratiques génocidaires, mais plutôt des opérations d’épurations ethniques parce que, justement, les colons y étaient une minorité dépendante de la main d’œuvre indigène et que la population exploitée était donc en grande partie conservée [5].
Le principe du « remplacement » (« prendre la place de »), omniprésent dans l’idéologie sioniste, marque ainsi une différence radicale avec l’idée d’exploitation des colonisés : il s’agit d’expulser, voire d’exterminer si nécessaire comme cela se produit en Palestine, au lieu de simplement exploiter comme dans le cas algérien.
Ceci est le premier indice d’une forme d’épuration ethnique de grande ampleur, motivée par un tropisme génocidaire ayant pour but l’appropriation territoriale — « la terre à ceux qui la travaillent » donc la terre aux travailleurs Juifs — moyennant l’appauvrissement des paysans arabes exclus du monde du travail, expropriés de leurs terres par le jeu de l’endettement et de l’insolvabilité.
Dès lors, voici une question que l’on est en droit de se poser : peut-on déduire de ce constat que les actes génocidaires de l’État sioniste israélien, désormais avérés, étaient potentialisés dans l’idéologie du sionisme politique, déduire que ce colonialisme de remplacement devait nécessairement provoquer l’actualisation d’une prédisposition génocidaire ? Autrement dit : l’incitation génocidaire serait-elle consubstantielle au sionisme politique — le proto-sionisme n’étant pas ici concerné par ce questionnement ?
Si tel était le cas, il serait peut-être possible de démontrer incontestablement l’intentionnalité génocidaire des establishments israéliens successifs dès les prémices de concrétisation de l’utopie sioniste et surtout de l’institutionnalisation du kibboutz (1909).
Par conséquent, tout en démontrant l’intentionnalité génocidaire des institutions étatiques israéliennes, les Institutions judiciaires internationales (CIJ et CPI) seraient en droit de qualifier de « génocide » le nettoyage ethnique en Palestine aujourd’hui.
Le sionisme politique serait dès lors délégitimé, car il apparaîtrait comme un dispositif idéologique incitatif au génocide et au terrorisme d’État — le terrorisme de l’État Juif ethniquement pur — et la critique antisioniste serait reconnue comme une posture rationnelle et légitime au regard du droit international.
Dans l’espoir de trouver un levier intellectuel pour rendre justice à un peuple martyr.
________________________
[1] https://ujfp.org/le-sionisme-un-col...
[2] Pierre Stambul : « Le sionisme en question. », Acratie, 2022, P. 53.
[3] Jacques Pous : « Palestine (1917-1949). Figures d’un colonialisme de remplacement. », P. 32.
[4] J. Pous, Op. Cit., P. 105, 138, 142.
[5] Comme le fait également remarquer Pierre Stambul ( « Le sionisme en question. », P. 53).
4ACG Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami.e.s Contre la Guerre