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En Algérie, la police interrompt la présentation d’un livre et arrête son autrice, Dominique Martre, son éditeur et des participants

mercredi 3 juillet 2024, par Gérard Webmaster , Michel Berthelemy

La maison d’édition Koukou a déjà fait l’objet de censure ces dernières années en Algérie. En 2022, l’éditeur déclaré que douze de ses livres, principalement sur des sujets politiques, avaient été interdits lors du principal salon du livre d’Algérie.

Le Monde avec AFP. Publié le 30 juin 2024

L’écrivaine française Dominique Martre était en pleine présentation de l’un de ses livres dans une librairie à Bejaïa quand la police algérienne a fait irruption au sein de cette boutique, samedi 29 juin, et l’a arrêtée ainsi que son éditeur et plusieurs participants avant de les relâcher quelques heures après, a déclaré l’éditeur à l’Agence France-Presse (AFP), dimanche.

« La police a fait irruption dans la librairie samedi après-midi au début de la présentation du livre La Kabylie en partage et a arrêté toutes les personnes présentes dans la salle, y compris l’autrice, son mari, moi-même et le libraire », a affirmé Arezki Ait Larbi, dirigeant de la maison d’édition Koukou. « On nous a conduits au commissariat de police avant de nous relâcher vers 20 heures », a-t-il ajouté.

Les raisons de cette descente policière dans la librairie Gouraya n’ont pas été dévoilées. Dimanche 30 juin, l’écrivaine se trouvait « toujours à Béjaïa sans restriction de liberté », a affirmé M. Ait Larbi. « On n’a pas d’explication sur le motif de cette interdiction, le livre se vend dans toutes les librairies », a assuré l’éditeur. La semaine dernière, Dominique Martre a présenté son livre à Alger « sans aucun problème », a-t-il poursuivi.

La Kabylie en partage, dans l’intimité des femmes, publié et vendu en Algérie, relate les souvenirs de l’autrice Dominique Martre au cœur d’un village de Kabylie dans les années 1970. Elle y raconte le vécu de femmes dans cette région à majorité amazighe du nord de l’Algérie. La maison d’édition Koukou a déjà fait l’objet de censure ces dernières années en Algérie. En 2022, elle a déclaré que douze de ses livres, principalement sur des sujets politiques, avaient été interdits lors du principal salon du livre d’Algérie, le SILA.

Le Monde avec AFP

Source :

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/06/30/en-algerie-la-police-interrompt-la-presentation-d-un-livre-et-arrete-son-autrice-dominique-martre-son-editeur-et-des-participants_6245538_3212.html

« La Kabylie en partage, dans l’intimité des femmes »

Livre co-édité par les Éditions KOUKOU (Algérie) et les Éditions Sans nom (Toulouse), 2021

https://www.leseditionssansnom.com/index.php/2022/01/23/la-kabylie-en-partage/

https://www.koukou-editions.com/product-page/la-kabylie-en-partage-dans-l-intimit%C3%A9-des-femmes

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Voici ce qu’en disait Mustapha Harzoune dans la revue Hommes et migrations de janvier/mars 2023
Mustapha Harzoune est historien, analyste et critique de la littérature arabophone et arabo-francophone


La Kabylie en partage. Dans l’intimité des femmes

Années 1970, bourgade kabyle de M’Chedallah, la Maillot de l’Algérie coloniale. Dominique Martre, 22 ans, y pose ses valises pour enseigner dans un collège. Durant une année, grâce à ses élèves, elle entre dans les maisons, accède à l’intimité des femmes qui l’accueillent, hospitalières et généreuses, l’initient à nombre de traditions et gestes du quotidien, se confient aussi. Peu à peu, la société locale prend forme. « Chaleureusement accueillie par les femmes dans leurs maisons, je consignais au quotidien dans mon journal ce que je vivais d’étonnant et d’intime avec elles. J’y notais aussi ce que je découvrais, observais et partageais dans l’univers du dehors, celui des hommes… »

Ce récit court sur près de 50 ans. Car l’auteure a conservé, in situ ou en exil, des liens d’amitié. Elle a écouté et gagné la confiance de Hassina, Miassa, Malha, Anissa, Safia ou Saliha, mais aussi de Messaoud, Maleck, Tayeb ou Bachir. Cette immersion restitue moins qu’une trentaine de femmes et d’hommes ! Cette immersion restitue l’Algérie des années 1970, l’état de la santé (son mari est médecin coopérant), le sexisme à l’hôpital ou le virage désastreux de l’arabisation et de l’islamisation d’une jeunesse par de prétendus enseignants égyptiens. Plus qu’un livre sur le sort - peu enviable - des femmes kabyles de M’Chedallah, cette « Kabylie en partage » montre comment des femmes et des hommes « continuent à tracer des chemins de liberté » - malgré les vents contraires du patriarcat, de l’émigration, des conflits générationnels et des écarts entre tradition et modernité.

Pour donner sens à ses notes accumulées sur plusieurs décennies, Dominique Martre a entrepris la rédaction d’une thèse d’ethnologie dirigée par Claudine Vassas. Dans ce jeu du dedans/dehors, comme le formule Tassadit Yacine, Dominique Martre - étrangère à la langue, à la culture et aux codes - a su entrer dans le monde du dedans, ou y être accueillie. Peut-être que paradoxalement ce statut d’étrangère, en empathie (et l’étymologie du mot renvoie au-dedans), a été un atout. Pourtant, « Maillot est le village de Kabylie où l’étranger est le moins accepté, c’est un nid de vipères » lui dit le directeur d’école, lui-même peu amène. Ce dont témoignent les jeunes Dihya ou Miassa qui comparent l’arriération de M’Chedallah à la liberté de leur village. En ouverture, Dominique Martre explique, longuement et savamment, le contexte sociohistorique, géographique, politique jusqu’à l’arabisation et l’islamisation du traditionnel Imchedallen en M’Cheddallah pour éclairer les spécificités de la société mchadalienne. C’est céder à une sociologie de bazar ou afficher quelques préjugés que de faire de M’Chedallah le parangon de la société kabyle, comme le fait Leïla Sebbar en fin de volume.

Ce sont bien sûr les femmes qui paient le prix fort du patriarcat et de la pression sociale - portée aussi par les mères. Mais le champ s’élargit aux hommes - pas tous despotes - pour montrer comment les conditions socio-culturelles condamnent toute émancipation individuelle, au féminin et au masculin. « Si je connaissais les tensions, les conflits et les drames au sein de la communauté des femmes, je n’en appréciais pas moins la force de vie qui l’animait. » Dominique Martre montre des femmes debout, « des femmes résolues à gagner leur indépendance et prêtes à en payer très cher le prix », celui de la surveillance, des ragots, des jalousies, de l’enfermement, des renoncements ou des violences. « La vie est un oignon qu’on épluche en pleurant » dit Messsad, et Hafida explique vivre « comme si je n’avais pas d’intelligence. Et on fait toutes ça. On se force à ne rien juger, à ne plus penser. Mais c’est comme ça qu’on finit par devenir arriérées. Maintenant je ne me sens plus bonne à rien… ».

La bataille est inégale, mais les victoires individuelles peuvent devenir collectives. Alors ces femmes se battent, contre la tyrannie d’une belle-famille, pour aller à l’école, poursuivre des études supérieures, pour le droit de travailler. Et s’il faut fuir pour s’épanouir, alors direction le Sud algérien, Alger, l’Espagne ou Paris, comme Miassa qui a convaincu son mari de partir. Depuis, « il m’aime plus en France » dit-elle. L’exil est moins un appel qu’une échappatoire. Fuir malgré le déclassement, les nostalgies, les déchirures. « Qui va s’occuper de moi ? » demande la mère lorsqu’Hassina lui annonce sa décision. « Et moi, quand est-ce que tu t’es occupée de savoir si j’étais heureuse ? » lui répond sa fille.

Source :

https://www.histoire-immigration.fr/hommes-migrations/musees-partages/la-kabylie-en-partage-dans-l-intimite-des-femmes

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