Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre

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Une belle rencontre avec des lycéens à Montaigu (85)

dimanche 12 juin 2016, par Bernard Pointecouteau

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Sollicités pour la seconde fois par le professeur d’histoire-géographie du lycée Léonard de Vinci à Montaigu, nous nous sommes déplacés le 23 mai 2016 à la rencontre des élèves, rencontre préalablement préparée avec un questionnaire adressé aux enfants et parents. Les professeurs ont ainsi recueilli des informations intéressantes sur ces événements vécus par les proches des lycéens concernés.

120 jeunes de 1re L et ES prennent place dans l’amphi du lycée.
Le professeur introduit l’objet de la rencontre et présente les intervenants Michel, Gilles, Georges et Bernard.

Ce dernier rappelle brièvement ce qu’a été la guerre d’Algérie et ses conséquences pour les différents acteurs de ce conflit. Il situe l’origine de l’association 4acg, la démarche des fondateurs, les objectifs d’aides financières à travers le reversement de la retraite et le rapprochement avec l’Algérie. Après de longues années de silence, la parole s’est enfin libérée chez les jeunes appelés de l’époque. Dans la démarche d’aujourd’hui, ils ont la possibilité de témoigner de leur mémoire aux jeunes générations.

Les deux premières séquences du film « TROUFIONS » ont été suivies d’un grand silence et ont permis l’introduction aux témoignages des intervenants.

En premier lieu, Michel, dont les grands parents se sont établis en Algérie suite à la conquête. Peu fortunés, vivant à la campagne, leur existence n’a pas été toujours facile. Il avait 12 ans quand son père a décidé de partir en France. Ils ont rejoint la Touraine où des membres de la famille les ont accueillis.
Rien à voir avec l’exil forcé des Pieds-Noirs partis en masse après le cessez le feu en 1962. Michel fait aussi la part des choses en reconnaissant que parmi les européens d’Algérie, beaucoup étaient d’une classe moyenne, petits fonctionnaires, commerçants, artisans et par là-même très proches de la population indigène.
Michel fait une recommandation : « Vous les jeunes, ne vous laissez pas influencer par ceux qui développent des pensées racistes et nationalistes, on sait, nous, où ça nous conduit ».

Sans conscience politique comme la majorité des jeunes appelés partis à 20 ans au service militaire, Gilles rappelle qu’il fait partie d’une génération qui a toujours entendu parler de la guerre : « Mon grand-père avait fait 14-18, mon père 39-45, mon frère aîné est parti 28 mois et moi ensuite ».
« En débarquant à Oran, j’ai été très étonné de découvrir inscrit en grande lettre ICI C’EST LA FRANCE ». Il relate ensuite l’épisode douloureux de ses trois premiers jours sur le sol Algérien et poursuit : « J’ai été affecté par la suite au 2e bureau, un lieu où l’on fait parler les gens par tous les moyens. Ça, je ne peux pas en parler ». Un témoignage suivi très attentivement par les élèves.

Georges ajoute : « Longtemps après, je suis retourné en Algérie. En visitant le village où je me trouvais pendant la guerre, j’ai revu la maison qui servait de 2e Bureau. On m’a dit que cette maison n’est pas habitée et qu’elle est devenue un lieu de mémoire ».
Georges parle du putsch des généraux d’avril 61 et précise que certains appelés sursitaires ont refusé de suivre leurs officiers en entraînant dans ce sens, une grande partie des jeunes appelés. L’échec du putsch des généraux a été dû en grande partie à l’attitude des soldats du contingent. A la suite, l’OAS a continué à créer et entretenir un climat de terreur bien au delà du 19 Mars 1962, date du cessez-le-feu et de l’arrêt des combats, contribuant notamment à l’exode des Pieds-Noirs.

A son tour, Bernard évoque un peu de son parcours en Algérie où il a continué à pratiquer son métier de menuisier en dehors des opérations militaires sur le terrain. Une équipe de bâtisseurs était chargée de construire et aménager des postes avancés pour la surveillance de certains secteurs. Il précise : « Un acte de désobéissance de ma part a été très vite suivi de sanction : une mutation dans une compagnie opérationnelle où j’ai terminé les derniers mois de mon service militaire. La désobéissance est parfois un acte nécessaire ».

Bernard poursuit en parlant des réfractaires qui ont refusé cette guerre. Ils en ont payé le prix avec plusieurs années de prison et par la suite ont été contraints d’effectuer quand même leur service militaire.

Il évoque le nom d’une grande figure « Le Général de Bollardière » qui a refusé de pratiquer la torture. Il disait : « Ce sont des méthodes contraires aux traditions de l’armée » et de rajouter : « Aucune fin ne justifie la torture comme moyen » . Ayant demandé à être relevé de ses fonctions, il été condamné à deux mois de « forteresse » et a décidé de quitter l’armée après le putsch des militaires en avril 1961. Son épouse Simone de Bollardière a rejoint les 4acg dès leur création et en est la présidente d’honneur.

Question posée aux élèves pour savoir ceux qui dans leur proche entourage ont fait la guerre en Algérie ? Beaucoup de mains se sont levées, mais rares sont ceux qui en ont entendu parler. L’un d’entre nous souligne : « Si vos grands-pères et grands oncles ne veulent pas parler de leur guerre, ne les soupçonnez pas d’avoir pratiqué la torture. Tout le monde n’y a pas été confronté. »

Puis à celle d’une élève s’interrogeant sur le rôle de la dame qui prend des notes au premier rang ?
Marie-Jo, la dame en question, répond : « Mon mari a fait son service militaire en Algérie. Jamais il ne m’en a parlé… sauf quelques semaines avant sa mort. Il m’a dit : si tu savais ce qu’on a fait là-bas… Il disait aussi : si tu savais comme c’est beau le pays ! Si tu avais mangé des oranges et des dattes de l’Algérie, tu n’aimerais plus les autres » Il est parti avec ses secrets et ses douleurs. C’est un de nos fils qui a sorti les albums photos de son service militaire après sa mort. C’est en son souvenir que j’ai rejoint la 4acg. Et je m’y trouve bien ».

Est abordé le problème des HARKIS, ces supplétifs algériens qui ont combattu à nos côtés, et du peu de reconnaissance à leur égard. Accusés de traîtres dans leur pays, très mal accueillis en France pour ceux qui ont pu y venir, leurs souffrances se répercutent au travers de leur descendance.

Pour terminer : une dernière interpellation vers les jeunes, sur la place qu’ils prendront dans la société de demain et à leur tour de reprendre le « flambeau »…

Merci à Monsieur le Proviseur de nous avoir ouvert son établissement.
Un grand merci à l’équipe enseignante et particulièrement au professeur qui nous a reçu pour le travail de préparation et d’animation de cette rencontre.
Merci aussi aux élèves pour leur attention et participation.

Marie-Jo, Bernard.

Georges, Gilles, Bernard et Michel

LES QUESTIONS DES ÉLÈVES

S’il y avait de la torture en Algérie, c’est que l’armée avait des instructions ?

Réponse de Bernard : « Oui, l’armée avait les pleins pouvoirs et des généraux comme Massu, Bigeard, Aussaresses. y étaient très favorables, mais tard, beaucoup trop tard, Massu a dit : « Nous aurions pu faire autrement »

Est-ce que ceux qui ont pratiqué la torture ont été jugés ?

- Hélas, non ! L’armée est une grande muette. La torture n’a jamais été reconnue officiellement.

Mais, avez-vous de bons souvenirs ?

Oui, quand même. Il y a des jours où on s’amusait bien entre-nous : certaines images du film le montrent … Il existait un climat de camaraderie assez fort.

Gilles : « Un jour, un prisonnier nous a dit qu’une réunion devait se dérouler dans un village ». Nous y sommes allés en embuscade à 6 pendant 4 nuits consécutives. Cachés à proximité de maisons, plusieurs individus ont pénétré, dans l’une d’elle suite à un signal convenu. Nous nous sommes consultés en silence… Et nous sommes partis sans faire de bruit, RAS.
Maintenant, lorsque nous retournons en Algérie, nous sommes accueillis à bras ouverts, chaleureusement : « Bienvenue, vous êtes chez vous, vous êtes nos amis. »

Michel : « Nous avons beaucoup souffert de quitter l’Algérie, nous les Pieds-Noirs, mais maintenant, quand nous y retournons, nous n’avons plus du tout de rancœur ».

Bernard : « Je rentre de Kabylie. Une très belle région d’Algérie ! On y parle français, l’accueil est chaleureux. Soyez les bienvenus ! Les jeunes filles sont habillées comme en France, elles se promènent librement dans les rues, sans voile… ».

Le professeur d’histoire nous a ensuite transmis les réflexions des élèves après cette intervention, réflexions très intéressantes que vous pouvez retrouver ici.

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