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Quand les zoos humains attiraient les foules… il n’y a pas si longtemps

samedi 23 mai 2020, par 4acgw , Michel Berthelemy

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Il y a moins de cent ans, on exposait encore des « sauvages » à Paris. On se bousculait au Bois de Boulogne pour assister au spectacle.

De 1877 à 1937, des millions de Parisiens ont assisté au Jardin d’acclimatation à des « ethnic shows » où étaient exhibés des Kanaks, des Nubiens, des Sénégalais, des Lapons et des originaires d’autres contrées, présentés dans des tenues « authentiques » avec lances, masques, peaux de bêtes, bijoux… Hommes, femmes, enfants, parqués derrière des grillages ou des barreaux, comme des animaux.

Hambourg avait précédé Paris en 1876, quand un marchand d’animaux sauvages avait eu l’idée de faire venir une troupe de Lapons. Énorme succès. Si bien que Paris a suivi, déclenchant une curiosité telle que la fréquentation du Parc a très vite doublé, pour atteindre un million de visiteurs en un an. C’est le début d’une mode qui va gagner le monde entier, d’expositions coloniales en expositions universelles, et qui verra trente-cinq mille individus « montrés » à près d’un milliard et demi de curieux.

Ces exhibitions coloniales plaisaient beaucoup aux anthropologues qui venaient chaque matin observer et examiner ces « spécimens » qui leur ont permis de publier des articles dans des revues scientifiques, sans avoir à se déplacer à l’autre bout du monde. Un catalogue de photos « ethnographiques » complétera leur savoir. L’historien Pascal Blanchard, auteur d’un documentaire remarqué, diffusé en septembre 2018 sur Arte : « Ces articles et ces photos contribuent alors à la propagation de clichés et d’idées reçues sur le « sauvage ». Autant de représentations qui légitiment l’ordre colonial, popularisent la théorie et la hiérarchie des races, le concept de peuples « inférieurs » qu’il convient de faire entrer dans la lumière de la civilisation ».

Enterrés dans le cimetière des animaux

De nombreux « exhibés » sont morts au Jardin d’acclimatation. « Ils étaient enterrés sur place » dira Pascal Blanchard, « dans le cimetière du zoo, au même rang que les animaux ; certains étaient envoyés à l’Institut médico-légal ou à la Société d’anthropologie, où le public payait pour assister à la dissection ».

En 2013, au bout de cinq ans de démarches, les historiens, soutenus par Didier Daeninckx, Lilian Thuram et des élus du Conseil de Paris ont obtenu que soit apposée une plaque commémorative au Jardin d’acclimatation. Mais cette plaque est disposée de telle manière qu’il faut un œil exercé pour la découvrir cachée dans les herbes à l’extérieur du Jardin. Comme s’il fallait, encore aujourd’hui, cacher cette histoire…

source : Virginie Féllix,Télérama du 26 septembre 2018.

Zoos Humains - 2002 - Pascal Blanchard et Éric Deroo


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