Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre

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Nous étions douze, nous étions treize…

mardi 7 mai 2013, par Jean-Claude Doussin

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Impressions du voyage de 12 membres de 4acg en Oranie, du 23 avril au 2 mai 2012. Rencontres, visites, échanges.

Douze de l’ouest de la France vers l’ouest algérien.

Qu’allaient-ils faire dans ce pays du Maghreb, que certains avaient quitté il y a plus de 50 ans ?
Pas du tourisme, ils en étaient sûrs, quoi que…
Sans doute rechercher les endroits où ils vécurent leurs années de jeunesse, eux les septuagénaires.
Et certainement pour connaître, rencontrer les gens de ce pays qui leur est si cher et partager tout simplement avec eux quelques moments de vérité.

Le projet de voyage en 2012 n’a pu se réaliser. L’année du cinquantenaire de l’indépendance, toute symbolique qu’elle fut, n’aura pas vu la 4acg sur place. « Tant mieux , diront certains, restons discrets, donc libres ».
« Dommage », diront d’autres, gourmands de symboles de la grande réconciliation des anciens combattants des deux rives. Le destin l’aura voulu autrement, les douze s’en réjouissent, et ils se sont envolés le 22avril pour 12 jours en Algérie. Ils retrouvent à Mostaganem Bernard Demonvallier, qui a préparé le séjour. Treize, le groupe est complet !

Qu’avons-nous découvert ?

  • D’abord un pays toujours magnifique. Un étrange sentiment, en prenant pied sur le sol algérien : le pouvoir a changé de bord. Nous étions les obligés des algériens, ils sont chez eux. Un accueil bienveillant, le policier me rendant mon passeport me souhaite « Bon séjour, Jean-Claude ».
  • Un paysage plein de contrastes, la banlieue de la ville d’Oran envahie de constructions inachevées, en plein développement, une vieille ville et des villages non entretenus, livrés aux pollutions diverses, en particulier à celle des sacs plastiques bleus virevoltant au gré du vent et accrochés dans les clôtures, les arbres, les épineux.
    Le partage du gâteau, soirée d’accueil

  • Des gens chaleureux, parlant pour la plupart notre langue, nous saluant et nous disant : « Bienvenue chez nous », « L’Algérie et la France, c’est pareil », « L’Algérie c’est votre deuxième pays »…
  • Aucune agressivité ressentie à notre égard. La France, parmi la population que nous avons rencontrée, garde beaucoup de prestige et d’attrait (surtout pour les jeunes).

Oubliée la guerre d’indépendance ?

Sans doute, pour la plupart, bien que toutes les familles furent confrontées à la peine, au deuil, à la souffrance.

« Tout cela, c’est notre histoire commune », nous a-t-on dit. Le livre « Guerre d’Algérie, Guerre d’indépendance » a été reçu avec intérêt, chaleur et respect. Certains l’ont déjà lu, un professeur de français l’utilise avec ses élèves. En effet, cette partie de l’histoire ne leur est pas clairement enseignée.

Nous avons souvent offert le livre de la 4acg

Les « années noires », par contre, ont profondément marqué toutes les générations. Des séquelles très présentes sont là, sous-jacentes et favorisant une certaine crainte de l’avenir proche, et une suspicion pour leurs concitoyens.

Unanimité dans les conversations, au gré de la journée, rue, kiosque à journaux ou restaurant : les dirigeants actuels n’ont pas la confiance des citoyens. Spontanément, ces personnes que nous croisons s’expriment dans des termes catégoriques : « Nos dirigeants sont des menteurs, des voleurs, des corrompus ». Besoin de libérer sa parole, sachant que nous ne sommes que des passants ? Dans le même temps, on ressent la crainte du vide politique à l’approche des élections présidentielles, et une crainte non dissimulée du retour d’un régime islamique plus radical.

Nous notons une certaine liberté de la presse, assez surprenante, particulièrement dans la presse francophone, que nous avons pu vérifier par nous-mêmes.

Rencontre avec une association d’aveugles

La religion tient une place importante dans la vie quotidienne, elle est utilisée, exploitée par le pouvoir. La constitution déclare que l’Algérie est un pays démocratique et laïque, et l’islam est la religion d’état. Effectivement, on sent cette préférence voulue pour un islam officiel par rapport à un islam libéral, comme il était à l’origine, de type soufi. Nous avons été reçu dans la zaouïa, dans des mosquées, et ces informations nous ont bien éclairés sur les différents visages et expressions de l’islam.

Quelques contrôles routiers autour des villes rappellent que des groupes terroristes sont encore présents sur le territoire, voir dans le sud et l’est du pays. Dans les villes grandes ou petites que nous avons visitées, la police surveillait apparemment nos attroupements, mais toujours avec calme, voire bienveillance, nous souhaitant même la bienvenue, nous serrant volontiers la main.

association colonet Lotfi

Qu’en est-il de la vie associative ?

Bernard Demonvallier nous a fait rencontrer des bénévoles militant dans les associations de base , au dévouement remarquable. Tous travaillent à créer du lien social, à favoriser l’éducation des habitants des quartiers démunis, plus particulièrement des jeunes. Toutes ces associations expriment leur besoin de liberté, d’action et d’autonomie par rapport à un pouvoir procédurier.

Ainsi nous avons rencontré plusieurs associations : une association d’aide et de formation professionnelle pour des aveugles, l’association du colonel Lotfi qui œuvre dans le quartier difficile de Raisinville. Nous avons aussi assisté à une représentation théâtrale d’une association de jeunes acteurs, rencontré l’association « Chemin(s) de la sagesse » qui éduque par des actions concrètes les enfants à une écologie citoyenne, et à travers eux leurs parents.

choeur des enfants de « Chemin(s) de la Sagesse »

Une tradition d’accueil

Enfin, partout, un accueil chaleureux, faisant sans doute partie de la culture algérienne. « Vous êtes ici chez vous », c’est un honneur de nous recevoir, de partager le couscous ainsi que les pâtisseries et le thé à la menthe. Quand nous remercions, ils nous répondent : « C’est nous qui vous remercions d’être venus, vous êtes gais et détendus, cela fait du bien. » et « En Algérie, quand on donne, c’est sans contre-partie ».

Alors, pour les remercier, Yves P nous a appris un chant de partage, de respect mutuel de nos différences :« Si tu es mon ami, et je crois que tu l’es… »

Un retour sur leurs 20 ans

Des moments d’émotions partagées, entre français et algériens, quand Gilles et Jean-Claude sont retournés sur les lieux de leurs 20 ans. Gilles a retrouvé un ancien directeur de coopérative vinicole et partagé des souvenirs communs, Jean-Claude a des espoirs de renouer le contact avec des enfants de l’époque et des personnes qui ont été reconnues sur les photos qu’il avait emportées.

Gilles et le directeur de la cave

Jean-Claude montre d’anciennes photos à Mokhtar

Pour conclure, on ne parle bien que de ce qu’on connaît, et il était nécessaire que ce voyage se fasse de cette façon : petit groupe, chauffeur et guides locaux, un ami sur place, Bernard D., proche de la vie locale et engagé personnellement dans celle-ci.

Toutes les associations rencontrées l’ont affirmé. Ils ont besoin de financement de projets bien sûr, et surtout d’échanges de savoir et de savoir-faire, de formations, d’ouverture vers l’extérieur. Ils désirent acquérir diverses connaissances, ont besoin de formateurs ( techniques de maraîchage, d’entretien d’espace verts, de pédagogues pour aveugles, dans le domaine de l’écologie…). Leur souhait : utiliser ensuite ce savoir acquis au service de leur pays.

Nous sommes unanimes : ce voyage a dépassé nos attentes, nous avons eu le sentiment de vivre quelque chose d’exceptionnel, qui restera présent dans notre vie.

El Moudja : représentation théatrale

Messages

  • En fait c`est triste et deconcertant ce voyage vers le passe c`est tres comprehensif mais probablement le constat des lieux a du etre choquant tout ce laisser aller, ce gachis bref le regret est des 2 cotes on aurait du cohabiter pacifiquement afin d`eviter cette dechirure et surtout qu`une bonne partie de la population est rentre des frontieres autrement d`origine marocaine donc le mal venait en partie de ce pays, toutefois le tord est du cote francais c`est le faite de n`avoir pas su garder et veiller sur ce beaux pays resultat un pays en quete d`identitee et tirailler par cette douleur d`une guerre injustifiee et d`une descrimination infondee et cette mal vie. Aussi a quoi ca servirait de regarder ce passe car le mal est fait ca ne va pas faire revenir nos morts ou retablir le dommage subi, a moins de relancer un projet ambitieux de rapprochement dans le but de restaurer voire retablir les verites et revoir ces dossiers douloureux afin de rendre justice a tous et que ces derniers reprennent leurs biens y compris la nationalitee Alg et ce conformenent aux accords d`evian…

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