Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre

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En partenariat avec Public sénat, El Watan, TV5 et « Coup de soleil »

Le colloque Algérie-France du Sénat

Comprendre le passé pour mieux construire l’avenir

vendredi 10 août 2012, par 4ACG

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La dernier colloque tenu en France sur les rapports Algérie- France, a eu lieu au Sénat le 30 juin sur le Thème : Comprendre le passé pour mieux construire l’avenir. Il réunissait 22 orateurs français et algériens répartis en
4 panels.

Jusqu’au début de l’été, les colloques se sont succédé, surtout en France mais aussi en Algérie, pour analyser l’avenir possible de l’Algérie à la lumière de son histoire récente c’est à dire la guerre d’indépendance et les cinquante années qui ont suivi.

Le 30 juin, le groupe d’amitié France-Algérie du Sénat avait choisi comme thème : « Algérie France.Comprendre le passé pour mieux construire l’avenir ». Et ceci durant une journée bien remplie divisée en quatre séquences dont trois consacrées à des périodes historiques et toutes ponctuées par des extraits du film « Une histoire algérienne » de Ben Salama.

Si l’on oublie le langage un peu convenu d’un ancien premier ministre algérien et d’un sénateur français, les orateurs, aussi bien algériens que français, n’ont pas cédé à la « langue de bois » et les facteurs de la réconciliation ont commencé à apparaître plus clairement à travers des analyses souvent courageuses.

Nous étions deux membres de 4acg dans une salle dont la réservation avait affiché « complet » une semaine avant, tant les panels annoncés étaient intéressants et susceptibles de balayer largement le sujet.

En attendant les actes du colloque, qui risquent de paraître tardivement, des vidéos sont disponibles sur le site du Sénat et nous nous limiterons à l’essentiel en ne développant que ce qui intéresse davantage notre association.

1830-1945 : L’Algérie entre colonisation et assimilation.

L’historien G. Pervillé rappelle que « La définition du but a suivi très largement le fait(1830) » puisque ce n’est pas avant 1840 que la conquête est envisagée . Le tiers de l’armée française s‘y consacre avec brutalité en faveur d’une colonisation de peuplement, mais la croissance de la population européenne ne suit pas. En 1870 le retour de la République met fin à la politique « humaniste » du Royaume arabe lancée par Napoléon III.
Enfin l’ordonnance de 1944 du Comité de libération nationale propose un plan de réformes fondamentales qui n’ aboutira pas.

Olivier Le Cour Grandmaison dénonce le mythe de l’assimilation.

Olivier Le Cour Grandmaison

Malgré la lucidité d’un Clémenceau sur les méfaits de la colonisation l’assujettissement a commencé en 1875 avec le Code de l’indigénat qui viole les principes démocratiques élémentaires. Deux ordres politique et juridique différents sont instaurés. Il cite Albert Sarrault affirmant que « l’honneur de la France est d’avoir compris la première la valeur d’humanité des races attardées et l’obligation de les respecter… ». Il souhaite enfin qu’avec le « changement » le Sénat s’honore en abrogeant la loi du 23 février 2005 qui fait l’apologie de la colonisation française…

Sylvie Thénault explicite la pratique effective du régime pénal de l’indigénat : séquestre des biens, amendes collectives, internement administratif et pouvoir disciplinaire (avec liste d’infractions), mesures gérées d’abord par l’administration militaire avant transfert au pouvoir civil.
Le « pouvoir disciplinaire » était exercé par les administrateurs des « communes mixtes » amendes et emprisonnement pouvant être convertis en journées de travail. (200.000 de 1890 à 1914). Dans les communes de plein exercice ( idem France) c’est le juge de paix qui exerce. Des captifs algériens étaient aussi envoyés dans des prisons de métropole.
Après la première guerre mondiale environ 400.000 hommes sont exonérés des peines. Et le pouvoir disciplinaire disparaît en 1927. Il faut attendre l’ordonnance de 1944 du CFLN pour voir disparaître le régime pénal de l’indigénat. 
On baigne encore dans le récit d’ « assimilation manquée ». Une assimilation que refusait la majorité des « indigènes ».

Sylvie Thénault

Todd Shepard, chercheur américain, explore une autre dimension : l’influence de l’empire colonial et de la colonisation sur l’évolution de la République française dont les institutions ont été façonnées par l’empire colonial. Il y aurait ainsi un rapport entre la répression des spécificités régionales françaises et celle répandue dans l’empire. On force les gens à être français et on veut garder l’empire en s’appuyant sur des valeurs républicaines. Il n’y a pas eu « déviation » des idées républicaines car toutes les républiques avaient des empires. Les républicains étaient pour l’empire. La constitution de 1946 redéfinit les citoyens français comme habitants de tous les départements de métropole et d’outre-mer. Mais les deux collèges algériens montrent l’incohérence du principe. 1958 est le sommet de la volonté d’assimilation, avec des députés algériens au parlement français. Puis la défense des valeurs républicaines contre les ultras et l’OAS réconcilie droite et gauche. Le conflit algérien a finalement encore forgé les nouvelles institutions françaises.


Christelle Taraud termine le premier panel en parlant du statut de la femme dans le système colonial en Algérie. La femme y sera dominée en tant que femme, en tant que femme pauvre et en tant que soumise au statut de l’indigénat. Et se poseront avec la volonté d’assimilation, les problèmes de la mixité sexuelle, du mariage et de la prostitution. On a pensé cependant qu’il serait plus facile « d’assimiler » grâce aux femmes. Par exemple lors de l’épisode du dévoilement public manipulé en 1958…par les femmes de généraux.

Claude Domeizel, Slimane Zeghidour et Christelle Taraud

L’engagement des femmes dans la guerre a été une surprise pour la société algérienne et pour le pouvoir colonial. Il a été précoce mais modeste . Le chiffre de 10.000 moudjahidas officiellement répertoriées en 1974 est sans doute inférieur à la réalité. Beaucoup pensaient à un futur d’égalité…qui est toujours en devenir. La décolonisation a été virile …comme la colonisation.

Au cours du premier débat qui suit, l’animateur Slimane Zeghidour de TV5 a dit être frappé par le fait que l’universalisme républicain a toujours buté devant les frontières ethniques. O. Le Cour Grandmaison a plaidé pour la reconnaissance en récusant la repentance. Sylvie Thénault a rappelé que la République est interrogée aussi bien pour sa politique coloniale que pour le traitement des étrangers en France aujourd’hui. Enfin C.Taraud a critiqué l’argument hypocrite de la polygamie pour refuser l’assimilation..

1945-1962 : l’inéluctable indépendance ?

Gilbert Meynier énumère les repères historiques permettant de mieux comprendre le soulèvement : conquête violente, paupérisation de la paysannerie et famines, dépérissement culturel ( par disparition de l’enseignement traditionnel), loi de 1905 non appliquée, code de l’indigénat, aucun parlementaire algérien jusqu’en 1946, statut des deux collèges, l’islam bastion de repli, naissance de l’identité nationale dans l’immigration, dépossession d’ élites rurales qui veulent retrouver le pouvoir, insurrections successives, enfin éclatement politique des indépendantistes.

Isabelle Mandraud du Monde anime la 2e séance

Le sociologue Amar Mohand-Amer rappelle que 1962 apporte aux Algériens le recouvrement de la souveraineté nationale mais aussi rend difficile au FLN le dépassement de ses contradictions. Tandis que pour les français c’est le départ forcé, les graves incidents d’Oran et les représailles envers les harkis. Il estime que les accords d’Évian , compromis politique, pouvaient réussir grâce à une période transitoire et des outils politiques et militaires. Ils se sont heurté à l’OAS, à la cohabitation difficile de deux armées et des deux populations, malgré la volonté des négociateurs de réussir une Algérie fraternelle. Une réussite : la force locale de 40.000 hommes en partie issus du recrutement français. Mais le FLN a refusé la double nationalité sans souhaiter pour autant le départ en masse des français.

Ali Haroun est venu raconter le Congrès de Tripoli (de mai à juin 62) dont la vérité aurait été masquée. Deux textes y sont discutés : un projet de programme, l’organisation et implantation du FLN, parti unique. Unanimité sur le programme. Violente altercation entre Ben Khedda et Boumedienne sur l’avenir du FLN. Aucune décision jusqu’à la déclaration de Ben Bella du 22 juillet qui argue d’un PV de carence du GPRA pour investir un bureau politique.

L’historien Abdelmadjid Merdaci traite ensuite de l’hypothèque des rapatriés. Les algériens ne connaissent pas leur histoire à cause de la mise en place d’un pouvoir autoritaire qui a menti, manipulé et privilégié la violence. Ce pouvoir, les Algériens l’ont accepté pour cautériser leurs blessures.

Si il y avait un consensus des Algériens pour juger le « grand colonat » hostile à toute réforme, il y a eu aussi de leur part une méconnaissance du « petit peuple blanc » qui avait trouvé dans l’Algérie française un socle
d’assimilation d’ « Européens d’Algérie venus de pays divers. Les garanties n’ont pas empêché un départ massif non prévu par les négociateurs.

Abdelmadjid Merdaci et Gilbert Meynier

À partir de ce départ naissent un communautarisme victimiste, puis des discours commémoratifs prononcés par d’anciens « guerriers civils » qui s’étaient attaqués aux populations civiles, aux libéraux européens, aux gendarmes et militaires français et qui contestent toujours aujourd’hui la légitimité du gouvernement algérien. A.Merdaci regrette que se développe en France une écoute non critique des médias vis a vis de ces « guerriers vaincus » de la guerre et rappelle les consignes du GPRA pour calmer le jeu avec l’OAS.
Il regrette aussi que les pieds-noirs de l’ANPNPA ne recueillent pas plus d’audience.

Matthew Connelly, chercheur américain, vient ensuite expliquer comment la France a surmonté un traumatisme national. La guerre d’Algérie a été la première guerre de libération nationale à résonance mondiale. Elle est devenue un modèle pour la Palestine, l’ANC etc… Le FLN a obtenu une audience favorable au plan international ainsi que de nombreux financements étrangers. Et l’allié américain a fait défaut aux Français. De Gaulle craignait qu’une assimilation totale ne conduise à un exode massif d’Algériens vers la France. Mais il déplorait aussi l’impact négatif de la guerre sur la position internationale de la France. La victoire du FLN a été gagnée sur la scène internationale. En libérant l’Algérie , les Ffrançais se sont libérés eux mêmes. Puis les Français, comme l’histoire l’a montré, ont été capables d’un acte collectif d’oubli…

La guerre d’Algérie intéresse M. Connelly parce que pour lui l’histoire de la France a encore un sens universel !

Le second débat a mis en lumière plusieurs constats. Les Français aussi ne connaissent pas leur histoire à cause du mutisme des parents …et du silence des manuels. Les archives nationales algériennes sont indisponibles aux historiens, car, dit M.A. Merdaci, « le passé est un enjeu de pouvoir et il y a une privatisation de l’histoire de la guerre ». Par ailleurs M.Connelly regrette que l’armée américaine en analysant la guerre d’Algérie ait retenu l’aspect militaire plutôt que l’aspect politique.

1962-2012. Comment réconcilier les mémoires ?

Plusieurs intervenants du 3e panel sont déjà connus de 4ACG…

Sonia Mabrouk, journaliste d’origine tunisienne à LCP présente d’abord Danielle Michel-Chiche, rescapée grièvement blessée dans l’attentat du Milk-bar, où sa grand-mère a perdu la vie. elle raconte les réactions après la parution de son livre ( lettre à Zohra D) [1]

Gilles Manceron et Danielle Michel-Chiche

Malgré quelques réactions positives elle constate l’impossibilité de dialoguer de manière apaisée (« les mémoires sont parallèles et ne se rencontrent pas ») et des réactions de haine. La guerre continue à travers ces réactions. En outre c’est une traîtresse pour certains pieds-noirs car elle insulterait leur mémoire.
En France on est passé du temps de l’oubli au temps du repentir. Côté algérien les mémoires individuelles sont souvent étouffées par la mémoire officielle de l’État. [2]

Laetitia Bucaille a travaillé sur les combattants du FLN et de l’OAS et a comparé la fin de la guerre au conflit d’Afrique du sud. (dans son livre « Le pardon et la rancœur »).
« Comment faire un bout de chemin vers son ennemi ?… Il est compliqué de reconnaître ce qui a été fait de mal dans son camp … »
Côté algérien, du fait de la théorie du peuple combattant, unique héros de la révolution, on a accordé beaucoup de poids aux moudjahidines, détenteurs d’une rente à vie « symbolique et matérielle » (jusqu’à 7 fois le SMIG) et dont l’association est un soutien inconditionnel du pouvoir.
Dans cette logique, côté moudjahidines on a toujours besoin de l’ « ennemi colonial ». Côté OAS, après l’amnistie, beaucoup se sont bien réintégrés socialement, économiquement et …politiquement. Aujourd’hui ils sont très actifs pour imposer leur vision de l’histoire.
Des deux côtés valorisation de la violence nécessaire, avec l’argument de la « proportionnalité ». Aucun examen critique de son propre camp. Subsiste cependant un paradoxe : de chaque côté une certaine chaleur dans quelques souvenirs partagés.

Gilles Manceron s’est concentré sur l’idée de « rechercher la vérité et la justice, sans passer par le prétoire ». Car l‘État, par l’amnistie a décrété l’oubli.
La justice étant cependant nécessaire, il faut la médiation de l’histoire pour contrebalancer les discours politiques. D’abord un geste fort de l’État en terme de « reconnaissance » (comme celle de Chirac à propos du « Vel d’hiv »), ensuite élucider les zones d’ombre de l’histoire par l’ouverture des archives algériennes -sous la pression des historiens algériens-, et par un examen plus approfondi des actions de l’OAS (on ignore encore le nombre des européens d’Algérie rackettés et assassinés par l’OAS ).

Il faut mettre fin à beaucoup de mensonges cultivés par la droite extrême.
Sans se mêler d’histoire les États doivent faciliter les échanges entre historiens.(Questionné sur l’exposition du Musée de l’Armée, Algérie 1830-1962, Gilles Manceron s’est dit agréablement surpris :

Vidéo

Sonia Mabrouk et Fatima Besnaci Lancou

Fatima Besnaci-Lancou devait ensuite parler sur « Les Harkis, au-delà des idées reçues ».

Cette intervention a été violemment interrompue à plusieurs reprises par une personne de l’assistance et n’apparaît pas dans les vidéos du Sénat (pourquoi ?). Fatima, amie de 4ACG en rend largement compte sur son site, Harkis et droits de l’homme, [3] Elle s’est attachée à récuser les idées reçues concernant les harkis, en rappelant en particulier leur origine paysanne et ses conséquences, leur traitement en Algérie et en France après la guerre et leurs revendications actuelles (reconnaissance de l’abandon et abrogation des interdictions qui les visent).

L’historienne Joëlle Hureau a traité des « Mémoires entre guerre et paix » en énumérant et en décrivant les mémoires collectives attachées à la guerre d’Algérie. Elle estime que réconcilier les mémoires serait plus un problème moral et philosophique qu’historique.
Elle note un regain de commémorations avec des divergences sur les dates et la discrétion des pouvoirs publics. La réconciliation des mémoires est encore latente.

En développant le thème « L’Algérie au cœur de l’histoire et des mémoires coloniales de la France » l’historien Pascal Blanchard rappelle que désormais « on se parle ». Les associations et le cinéma ont souvent précédé les historiens. Mais aujourd’hui c’est aux politiques de travailler et d’abord de réconcilier les mémoires dans une histoire partagée, ce qui ne signifie pas une mémoire commune. « Si la majorité actuelle qui détient tous les leviers n’est pas capable de faire en 5 ans ce que ses prédécesseurs n’ont pas su faire en 50 ans il y aura une véritable responsabilité… » …comme celle de ne pas avoir encore édifié un musée de la colonisation ou un musée de l’esclavage. Il faut aussi construire un manuel commun d’histoire pour toute la francophonie. Enfin il faut donner la priorité à la fiction cinématographique au service de l’histoire. En particulier pour constituer une histoire de l’impérialisme français sans laquelle on ne peut comprendre chaque guerre en particulier.

Le troisième débat n’ayant pas eu lieu , il n’a pas été possible d’intervenir pour citer le livre de 4ACG qui illustrait pourtant bien le thème de la réconciliation des mémoires.

Et maintenant quelles leçons tirer de l’histoire pour l’avenir des relations franco-algériennes ?

L’animateur Omar Belouchet, directeur de publication d’El Watan, estime qu’il faut, au-delà de la guerre des mémoires, bâtir des relations nouvelles en responsabilisant les politiques : que F.Hollande d’un côté reconnaisse les crimes commis et que A. Bouteflika de l’autre raisonne son courant extrémiste du FLN qui exhibe sans cesse « l’ennemi d’hier ». En outre une coopération est nécessaire pour maintenir la paix dans cette « poudrière » du Sahel et avoir une vision commune sur l’avenir de la méditerranée occidentale.

L’ancien diplomate Denis Bauchard, traite ensuite de « La relation France-Algérie : un partenariat incontournable ». Il est frappé par le mélange attraction-répulsion qu’il vient de ressentir sur place chez les Algériens et la fascination des jeunes pour la France.
La préoccupation de la jeunesse algérienne n’est plus la repentance concernant un passé qu’elle connaît mal, mais plutôt le souci de son avenir. Il y a encore un mur de méfiance et d’arrière-pensées à dissiper. Il faut un « traité de réconciliation » à l’image des rapports franco-allemands et revoir la politique des visas. Enfin il donne des exemples pour réussir une meilleure coopération : politique (Sahel), économique (énergies) et culturelle ( manuels communs, exposition du musée de l’armée en Algérie ?).

Anouar Benmalek

On a demandé ensuite à Anouar Benmalek de parler de « L’amitié entre l’Algérie et la France : une responsabilité morale et une nécessité stratégique pour la paix en Méditerranée. Cet écrivain remarqué est attaqué par les intégristes, [4] Il intervient en « écrivain autorisé à rêver ». Il rappelle que le colonialisme a été un crime contre les algériens mais aussi contre les valeurs universalistes de la France. « La première date heureuse pour les 2 pays est le 5 juillet 62 ». Indépendance pour l’un, guérison pour l’autre. Il énumère, pour l’histoire qui a précédé, tous les crimes de la France mais aussi ceux de « certains acteurs du mouvement indépendantiste contre leur propre population…animés par la volonté inflexible du FLN d’être le seul représentant de la liberté du peuple algérien » et il cite Melouza et la bleuite « crimes que l’Algérie officielle ne reconnaît pas ». Mais il n’accepte pas pour autant que l’on mette les belligérants dos à dos.
Il estime qu’il y a suffisamment de forces en Algérie pour changer l’état de fait qu’il décrit ainsi : échec à implanter des usages démocratiques, prédation généralisée et gestion patrimoniale du pays.
Il milite enfin pour un grand traité d’amitié et de coopération entre les deux pays.

Le politologue Georges Morin intervient sur « La coopération franco-algérienne des territoires et des citoyens ». Avant d’aborder son sujet, G. Morin souhaite que la France guérisse de son passé colonial et en particulier qu’elle intègre dans son histoire toutes les populations de France qui ont des racines avec l’Algérie. L’Algérie a aussi besoin de retrouver toutes ses racines amputées par plus d’un siècle de déculturation française, plutôt que de se réfugier dans une histoire officielle qui débute avec l’Islam pour se terminer en 1962.
Il a par ailleurs développé à partir de 1979 une coopération franco-algérienne entre villes, départements et régions dont il donne quelques exemples concernant la jeunesse.

J-P Chevènement et Sid Ahmed Ghozali

L’ancien premier ministre Sid Ahmed Ghozali présente « Comment capitaliser le passé pour un avenir meilleur ». Il pense à un avenir radieux si l’intérêt des populations est privilégié. D’après lui ce ne serait pas le cas aujourd’hui. Il faut augmenter les échanges économiques et utiliser le passé commun comme un levier. 95% des Algériens, y compris les générations qui ont combattu la France, attend l’amélioration des relations avec la France. Il souhaite une forte collaboration avec l’Europe dans les domaines de l’eau, de l’énergie et de l’environnement…

La vice-présidente du Sénat, Mme Bariza Khiari, a commencé son intervention en énumérant toutes les dérives racistes et islamophobes du précédent gouvernement, rappelant les torts ainsi causés à la communauté d’origine algérienne, la plus nombreuse des communautés d’immigrés, et estimant que la droite électorale a légitimé le discours du FN. Elle fonde de grands espoirs dans la nouvelle majorité pour instaurer la primauté de la citoyenneté sur l’identité, revivifier l’Union pour la Méditerranée et associer sa volonté de « changement » à la commémoration du cinquantenaire.

Le sénateur J.P. Chevènement clôt le panel en tant que Président de l’Association France-Algérie. N’ayant pas assisté au début du colloque, il répète des considérations déjà développées, insiste sur des rapports fondés sur l’égalité. Il conseille l’humilité et redoute l’ingérence. C’est l’orateur le plus complaisant avec la situation actuelle de l’Algérie…

Dernier débat avec la salle.

Parmi les questions évoquées :
- corrélation entre relations en dents de scie avec l’Algérie et l’alternance droite-gauche ;
- Henri Pouillot rappelle les traumatismes subis par les appelés, sujet non traité dans le colloque , souhaite la reconnaissance et la condamnation officielle des crimes à l’occasion du 5 juillet et interpelle JP Chevènement qui a inauguré dans sa ville une rue en hommage au colonel Jeanpierre, officier notoirement « sanguinaire », coresponsable de l’assassinat de l’avocat Boumendjel,« un geste inacceptable pour quelqu’un se réclamant de la gauche » ;

Omar Belouchet et Bariza Khiari


- un assistante suggère à M. Ghozali la nécessaire révision des manuels scolaires dans le sens d’une histoire commune plutôt que la « diabolisation » de la France ;
- Hubert Rouaud demande aux politiques présents à la tribune d’intervenir pour qu’il n’y ait plus de commémorations et de monuments à la gloire des criminels de l’OAS ;
- un Algérien, ancien militant incarcéré dans les camps en France, propose que tous les protagonistes se rejoignent dans un comité de la réconciliation
 ;
- un autre très satisfait du colloque souhaiterait un rendez-vous de bilan dans un an ;
- Un intervenant pense que l’amitié ne sera reconstruite qu’à partir de réalisations communes concrètes.

Les réponses de la tribune :
- Mme Barisa Khiari espère beaucoup de la nouvelle majorité.
- G. Morin juge la politique des visas « indigne ».
- O. Belouchet attend une nouvelle politique de ceux qui « ont tous les pouvoirs ».
- A. Benmalek estime que le pouvoir algérien n’est pas le meilleur représentant du peuple algérien et qu’il ne faut donc pas se limiter aux relations entre les pouvoirs.
- S.A. Ghozali oppose le court terme des échéances électorales qui, des deux côtés, exacerbe les rancunes, au long terme du co-développement.
- J.P. Chevènement, en cherchant à théoriser l’irresponsabilité des militaires par rapport aux politiques,( « Ne pas faire reposer sur les militaires la responsabilité du gouvernement ») en défendant les légionnaires et en parlant du « colonel Jeanpierre jeune résistant déporté. »..s’attire des protestations de la salle : Alors Bigeard est aussi excusé !…..« Vous êtes en train de nous dire que c’était François Mitterrand le responsable des exactions en tant que ministre de l’époque… ». s’écrie Sami Boumendjel dont le père a été exécuté par les parachutistes…

Sami Boumendjel, fils de l’avocat, interpelle JP Chevènement.

J-P Chevènement se dit cependant révolté par l’oubli des crimes de l’OAS.
Il défend ensuite le principe de non ingérence. [5]

- S.A. Ghozali rétorque :« La complaisance vis à vis de despotismes locaux est aussi une autre forme d’ingérence qui joue contre une autre partie de la population… »

Clôture : dans son allocution de clôture, le président du groupe d’amitié France-Algérie du Sénat, Claude Domeizel, a de nouveau condamné fermement le « traitement colonial » subi par l’Algérie, et s’adressant au président de la République a demandé une politique claire vis à vis de l’Algérie basée sur l’apaisement et la réconciliation, après une reconnaissance des erreurs. Il a répété pour terminer les termes de F.Hollande en Algérie :
« Il faut que la vérité soit dite sans repentance ni mise en accusation particulière…Reconnaître ce qui s’est produit »…« La France se grandit en reconnaissant ses fautes…La France du XXI ème siècle que je souhaite construire avec tous les Français a besoin d’une mémoire apaisée… »


Voir en ligne : Vidéos du colloque.


[1Faut-il rappeler qu’au colloque de Marianne à Marseille en mars 2012 elle a tenté en vain de se rapprocher de Zohra Drif pour lui demander « est-ce que lorsqu’on se bat pour des idées, on peut tuer des innocents ? ».

[2Le texte complet de la contribution de Mme Michel-Chiche est sur le site Mediapart

[3ICI

[4c’est un des fondateurs du Comité algérien contre la torture

[5Une précédente tentative de relations entre l’association France-Algérie (présidée par Pierre Joxe) et 4acg n’avait pas abouti. Compte tenu de la position de son nouveau président (J.P. Chevènement) sur la responsabilité des militaires, cela semble encore plus difficile aujourd’hui !

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