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Le Pen, la torture dans la République, conférence donnée à Paris le 7 févier 2025

samedi 15 février 2025, par Christian Travers

Peu après le décès de Jean-Marie Le Pen, quatre associations avaient décidé d’organiser une conférence afin de redire que sans contestation possible Jean-Marie Le Pen avait torturé pendant son court séjour en Algérie.

L’ITS (Institut Tribune socialiste), héritier du PSU, avait spontanément offert ses locaux : Le Maltais Rouge. La salle était pleine c’est-à-dire 60 à 70 personnes pour cette très belle manifestation qui a été filmée de bout en bout par quatre opérateurs dont le réalisateur François Demerliac (Virtuel-Production).
Introduisant le débat Gilles Manceron précise que cette conférence a été organisée par l’ACCA (Agir contre le Colonialisme Aujourd’hui), la 4ACG (Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami.e.s Contre la Guerre), l’AFASPA (Association Française d’Amitié et de Solidarité avec les Peuples d’Afrique), et Histoire Coloniale et postcoloniale. Il présente ensuite les deux conférenciers :
Nils Andersson qui, en Suisse, a republié l’ouvrage d’Henri Alleg « La question » dès que les éditions de Minuit l’eussent interdite. Il a aussi, parmi bien d’autres ouvrages militants, publié « La pacification, le livre noir de six années de guerre en Algérie » de Hafid Keramane qui fait sans ambiguïté état des tortures pratiquées par Jean-Marie Le Pen.
Fabrice Riceputi, historien qui a fait publier le livre « Le Pen et la torture. Alger, 1957, lutter contre l’oubli » en février 2024 lorsqu’il a vu qu’ici et là s’exprimaient des tentatives de déni à propos des tortures pratiquées par Le Pen. Fabrice Riceputi est aussi à l’initiative, avec Malika Rahal, du site 1000autres.org qui vise, par un appel à témoins, à rassembler un maximum d’informations sur les milliers d’hommes et de femmes, enlevés, torturés, éliminés au cours de la « bataille d’Alger » en 1957.

Nils Anderson précise tout d’abord que si le lieutenant du premier régiment de parachutistes, Le Pen, qui venait d’être élu député, était un exécutant volontaire, il était l’instrument d’un système. Il était dépositaire d’une « mission de justice qui exige des moyens puissants y compris illégaux ». Concernant cet individu, d’information en contre information, de procès en diffamation souvent déboutés, en preuves accablantes, les soixante dernières années ont été riches en événements.
La première publication sur le sujet l’a été dans « Résistances algériennes » (qui devait devenir « El moudjahid ») le premier juin 1957 puis dans "La Pacification » citée plus haut. Nils qui était l’éditeur avait exprimé une très stricte exigence. Toutes les informations sur les faits cités dans le livre devaient être scrupuleusement vérifiées. Une seule fausse information discréditerait l’ensemble. En 1962 « Vérité et liberté » publie des dossiers accablants, ceux révélés dans « La Pacification », et aussi le témoignage apporté par un Algérien qui avait refusé de donner à boire à Le Pen à deux heures du matin et qui avait à ce titre été arrêté puis torturé…
Après l’issue de la guerre ce thème est tombé dans l’oubli mais en 1966 on apprend qu’un collaborateur de Jacques Chevallier, maire d’Alger, a été enlevé puis torturé. Le 4 juillet 1984, au moment où Le Pen convoite un siège de député européen « le Canard enchainé », en s’appuyant sur les éléments révélés par « La Pacification », écrit « si les faits qui visent Le Pen sont exacts, ne devrait-il pas être condamné pour crime contre l’humanité ? ». Le 4 juillet 1985 « Libération » apporte le témoignage de 6 suppliciés. Et enfin, après 15 années de silence, l’article de Florence Beaugé (présente dans la salle) publié dans Le Monde du 20 juin 2000 sur le viol et la torture de Louisette Ighilahriz, remet en avant le sujet de la torture. Aussaresses, Massu, Bigeard parlent et l’appel des 12 est publié dans l’Humanité le 31 octobre 2000.
De façon plus large, le sujet reste d’actualité. Par l’appel du 4 mars 2024 (appeldu4mars.com) des associations ont demandé que soit reconnue la pleine responsabilité de l’État dans l’usage de la torture en Algérie. Puis de nombreuses personnalités ont signé une tribune dans Le Monde le premier novembre 2024.
Afin de poursuivre ce combat et faire aboutir cette revendication une rencontre sera organisée à l’Hôtel de Ville de Paris, dans le grand auditorium, le 19 mars à partir de 18 heures.
En pièce jointe l’un document d’information provisoire, avant bouclage.

Pour Fabrice Riceputi, Jean-Marie Le Pen n’était qu’un rouage d’un système militaro-policier destiné à répandre la terreur. Il ne s’agissait pas comme l’ont indiqué les auteurs des tortures de traquer les poseurs de bombe mais d’éradiquer par tous les moyens les combattants du FLN.
En 1957 le FLN remporte des victoires militaires en Algérie et obtient une visibilité et une reconnaissance sur le plan international. La grève annoncée, si elle est un succès, risque de montrer que le FLN a le soutien des masses populaires. Le pouvoir s’inquiète. Comme en Argentine, au Chili et au Brésil il faut terroriser la population. L’état d’urgence, les pouvoirs spéciaux dévolus aux militaires autorisent tout. Enlèvements, rafles ciblées ou non, tortures.
Le lieutenant du premier régiment de parachutistes Le Pen est alors député. Il avait servi en Indochine et il jouit d’une grande liberté.
Il n’est resté que trois mois en Algérie mais le glorieux tortionnaire qui s’est vanté, puis s’est rétracté, puis a avoué, a pris la lumière et pendant longtemps, plus que d’autres tortionnaires.
En 1962 la droite française à son extrême, qui avait investi dans l’Algérie française, subit après la déroute en Indochine une immense défaite morale.
Après les juifs apatrides et l’antisémitisme elle tourne progressivement sa haine vers l’envahisseur arabe, fruit empoisonné de la décolonisation.
Nous y sommes. La bête immonde fait des émules.

A l’issue de ces interventions, s’engagent des échanges sur quelques thèmes intéressants :

 Les accords d’Evian prévoyaient une amnistie concernant les exactions commises pendant la guerre et envers les personnes les ayant exécutées. En mars 1963 la France, sous la pression des autorités militaires de l’époque a ordonné par décret cette amnistie. Cela a entrainé un déni et l’impunité judiciaire pour les crimes commis pendant les « événements ». Les plaintes pour violences faites aux femmes, les viols et les tortures sont rejetées ou prescrites.
Sur la période de Vichy il y eut des procès, ils n’étaient pas possibles pour la guerre d’Algérie.

 L’attentat du 11 septembre à New-York et les attentats islamistes qui ont suivi ne sont pas sans conséquences sur la situation actuelle. Le colon s’est toujours senti menacé par la multitude arabe. Il n’y a pas loin de cette crainte à l’idée de submersion… et du grand remplacement. Le racisme colonial du 19e siècle a été remplacé par la peur de l’Islam et des Arabes.

 On rappelle que le général Maurice Schmidt a été nommé chef d’État-major des armées sous la présidence Mitterrand alors que sous l’autorité de Bigeard il dirigeait en 1957 à Alger l’école Sarouy utilisée comme centre d’interrogatoire et de torture.

 Il faut souligner que des Français ont soutenu la volonté d’indépendance des Algériens : Les soldats du refus, les insoumis, des déserteurs, des journalistes, des éditeurs, des intellectuels, les porteurs de valises et des appelés. On rappelle la figure de Paul Teitgen qui disait « Ce que l’on fait aujourd’hui avec les musulmans, c’est ce que la gestapo faisait avec les résistants français ».
On rappelle que l’UNEF a été la seule organisation syndicale à signer un texte commun avec l’UGMA et aussi que le PSU et quelques dissidents socialistes ont pris parti pour l’indépendance de l’Algérie.

 On indique qu’au moment du décès de Jean-Marie Le Pen des voix se sont élevées pour saluer « le grand patriote ». On précise que l’esprit colonial n’a pas disparu et l’on évoque la Kanaky, Mayotte, les Antilles…

 Il est précisé que si les Français ont été au moment du référendum majoritairement favorables à l’autodétermination de l’Algérie, c’était plus par lassitude de la guerre que par adhésion à l’indépendance de l’Algérie.

Christian Travers

Et n’oubliez pas ! Le 19 mars, grande rencontre-débat à l’Hôtel de Ville de Paris pour la reconnaissance de la responsabilité de l’État dans le recours à la torture durant la guerre d’Algérie.

Le collectif des associations de l’appel du 4 mars (http://appel4mars.fr) vous invite à une rencontre-débat mercredi 19 mars 2025, à 18h00 dans l’auditorium de l’Hôtel de ville de Paris (entrée 5 rue Lobau), métro Hôtel de ville, sortie n°6 « rue de Lobau »

Plus de 60 années écoulées depuis la fin de la Guerre d’Algérie n’ont pas permis aux peuples des pays anciennement colonisés et au peuple français de construire une vision partagée de cette histoire tragique. L’établissement de liens fraternels avec les peuples des anciens pays coloniaux, de liens amicaux entre les jeunes de nos pays respectifs, passe par une prise de conscience véritable de ce passé colonial et par la reconnaissance de la responsabilité du gouvernement français de l’époque dans le recours à la torture durant la guerre d’Algérie.

Associations signataires de l’appel du 4 mars 2024 :
Agir Contre le Colonialisme Aujourd’hui (ACCA), Anciens appelés en Algérie et leurs Am.i.e.s Contre la Guerre (4ACG), Association Coup de soleil, Association Française d’Amitié et de Solidarité avec les Peuples d’Afrique (AFASPA), Association Josette & Maurice Audin (AJMA), Association Nationale des Pieds Noirs Progressistes et leurs Amis (ANPNPA), Association 17 Octobre contre l’oubli, Association Les Oranges, Association pour la Taxation des opérations financières et pour l’Action Citoyenne (ATTAC), Association RépublicAine des Combattants pour l’amitié, la solidarité, la mémoire, l’antifascisme et la paix (ARAC), Au nom de la mémoire, Comité Vérité Justice Charonne, Forum France-Algérie, France-Amérique Latine (FAL), Histoire coloniale et postcoloniale, Institut Tribune socialiste, Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons, Ligue de Droits de l’Homme (LDH), Mouvement de l’Objection de Conscience (MOC-Nancy), Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP), Mouvement de la Paix, Non au Service National Universel, Réfractaires Non Violents à la guerre d’Algérie (RNVA), Solidaires Union syndicale, SOS Racisme

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