Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre

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Le 19 mars et les faussaires de Béziers

mardi 17 mars 2015, par Michel Berthelemy , Jacques Pous

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A l’occasion des événements de Béziers, et des cérémonies organisées un peu partout en France pour commémorer la signature des accords d’Evian le 19 mars 1962, nous proposons ici un extrait du livre de notre ami Jacques Pous, « De Gandhi à Fanon, un religieux face à la guerre d’Algérie », publié chez Golias en 2012. Jacques Pous a vécu cette journée au milieu de ses amis algériens.

« C’est pour moi, précise-t-il, un souvenir inoubliable d’avoir vécu ce moment aux côtés d’un peuple debout. On peut baptiser, débaptiser, rebaptiser, on ne pourra jamais enlever ce moment du 19 mars 1962 au peuple algérien et à ses amis. Et les vaincus de l’histoire qui s’agitent depuis plus de 50 ans le savent bien.
Laissons les macérer dans leur haine et leurs petites combines car l’essentiel est acquis : le peuple algérien est debout et libre de combattre pour réaliser ses rêves, de commettre ses erreurs et ses crimes (et là, ils auront de la peine de faire aussi bien que nous), de penser son avenir. C’est aussi cela l’indépendance pour laquelle, durant le dernier siècle, tant de peuples se sont battus. Mais cela, les nostalgiques de l’Algérie française qui se sont déjà tellement trompés, ne le comprendront jamais ».

La victoire en chantant (extrait du livre de Jacques Pous)

"Enfin arriva le jour que tout le monde attendait, celui du cessez-le-feu. Ce fut une énorme explosion de joie, de soulagement, de fierté pour la lutte menée, pour la victoire acquise et la dignité retrouvée.. Cette journée restera à jamais gravée dans ma mémoire : c’était, à la tombée de la nuit, une de ces soirées magiques du début de printemps que l’on ne peut vivre que sous ces cieux méditerranéens (je comprends que les Pieds-Noirs aient tant aimé cette terre d’Afrique). Je suis sorti du Centre avec d’autres pour aller vers le centre ville ; très vite j’ai été emporté par une foule immense dans un tourbillon de drapeaux algériens. C’est beau un peuple debout, c’est beau un peuple heureux. Ivresse d’une foule qui chavire de bonheur ! Les gens criaient, applaudissaient, quelques uns pleuraient. Moi aussi, bien sûr j’étais heureux ; je vivais un moment où, avec le Faust de Goethe, on a envie de crier : « je voudrais être sur une terre libre avec un peuple libre ». Ce moment n’était-il pas l’aboutissement de ce que, depuis des années, je souhaitais ? Et pourtant je me suis senti comme étranger à cette foule, peut-être parce que je l’étais vraiment, peut-être aussi parce que je sentais que c’était une fin, et que bientôt aurait lieu le saut vers un nouvel inconnu. Mais je me souviens surtout du sentiment de gâchis qui s’est emparé de moi : huit ans d’une guerre inexpiable, où la barbarie avait accompagné la geste des « civilisateurs », huit ans perdus pour tenter de sauver les intérêts d’une infime minorité de profiteurs – les Henri Borgeaud, René Mayer ou autres Alain de Sérigny – qui n’avaient eu de cesse de tromper toutes ces petites gens qui, hélas, avec l’OAS, les avaient suivis jusqu’au bout, huit ans durant lesquels trop d’hommes, de femmes et d’enfants étaient morts, huit ans de sale guerre dont sortiraient meurtris les jeunes de ma génération.
Mon sentiment de gâchis aurait été encore plus grand si j’avais su ce qui allait bientôt arriver : d’un côté le lâche soulagement qui allait submerger un pays devenu amnésique, de l’autre, la lutte pour le pouvoir qui allait ruiner l’avenir d’un peuple dont la lutte pour la liberté avait été exemplaire, et partout, la poursuite des massacres qui allaient mettre un terme définitif à une réconciliation devenue impossible.

J’allais ainsi apprendre qu’il est le plus souvent prématuré de trop se réjouir des victoires éphémères et que, comme le proclame cyniquement le Prince Salina dans le Guépard de Visconti, « il faut bien que quelque chose change pour que tout reste comme avant ». Ou la victoire en pleurant. De plus, souvent, ceux qui font les révolutions sont au-dessous de la mission que l’Histoire leur assigne. Les révolutions sont ainsi souvent confisquées ou trahies. C’est même presque toujours leur destin. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elles sont toujours nécessaires et toujours à recommencer."

Ce 14 mars à Béziers, une forte mobilisation a permis aux opposants à la décision du maire de faire entendre leur voix, et de signifier à cet élu que les extrémistes et les nostalgériques n’étaient pas les bienvenus. De nombreuses associations étaient présentes, parmi lesquelles la 4acg.

Messages

  • Il est rare qu’un évènement historique n’ait pas un aspect négatif à côté d’un aspect positif. Souvenons-nous de 1944. La Libération fut une immense joie pour l’immense majorité du peuple français, mais il y eut des femmes tondues, et quelques excès bien plus graves dans une épuration pourtant nécessaire. En Algérie après le 19 mars 1962, ce fut analogue, mais plus sanglant, hélas.

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