Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre

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Jacques de Bollardière, le Général qui a dénoncé la torture

mercredi 2 mars 2016, par Colette Drogoz

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Lors de son Assemblée Générale annuelle, qui aura lieu en Normandie du 4 au 6 mars 2016, la 4ACG rendra hommage au Général Jacques Pâris de Bollardière pour son action de refus de la torture, pour son combat de respect de l’humanité en dénonçant les faits de torture et pour son opposition à la guerre après avoir démissionné de l’Armée. Cet hommage aura lieu en présence de Simone de Bollardière, son épouse.

Jacques Pâris de Bollardière

L’année 2016 est celle du trentenaire du décès de ce Général de l’Armée française, souvent oublié lorsqu’il est question de la guerre d’Algérie, auquel nous nous devons de rendre hommage, tout particulièrement en cette période troublée. Son épouse, Simone de Bollardière, nous fait l’amitié d’être la Présidente d’honneur de notre association : les Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre.

Qui est Jacques de Bollardière ? Un militaire de carrière attaché à d’intangibles valeurs et qui a fait son métier sans jamais y déroger.
Né en 1907 en Bretagne, dans une famille de militaires, Jacques de Bollardière suit ce même chemin. En 1927 il intègre Saint-Cyr et à la sortie s’engage dans la Légion étrangère. Pendant la deuxième guerre mondiale il combat en Norvège et gagne Londres après la défaite française. En 1944 il est parachuté dans les Ardennes où il dirige un maquis, puis combat en Hollande. Après la fin des hostilités il est fait Compagnon de la Libération.

De 1946 à 1953 il participe à la campagne d’Indochine.

Dès la fin de la deuxième guerre mondiale, Jacques de Bollardière s’interroge sur les violences engendrées par cette guerre mais aussi sur l’apparition du Tiers-Monde et sur le sens de la lutte d’une armée contre un peuple en Indochine. Il écrit : « Ma cause, c’était la cause de l’homme, de tous les hommes, acharnés à être plus hommes, confusément attirés vers l’unité du genre humain. Et c’était pour elle que se battait aujourd’hui ce peuple de vieille culture. »

1956 : il arrive en Algérie, et découvre l’horreur

C’est en juillet 1956 que Jacques de Bollardière arrive à Alger, volontaire pour une action de pacification. En novembre il devient Général. Responsable d’un secteur à l’est de la Mitidja, il entreprend une action de rétablissement du dialogue avec la population, des travaux sont effectués lors desquels les communautés européenne et algérienne se côtoient. Mais arrivent les directives du Général Massu en janvier 1957, faisant passer les opérations policières avant la pacification. Pour Jacques de Bollardière les « interrogatoires poussés », il ne pouvait en être question.
Reçu par le Général Massu, il affirme que ses directives sont en opposition absolue avec le respect de l’homme qui fait le fondement même de la vie et qu’il se refuse à en assumer la responsabilité. Le lendemain il rentre en France, il est alors condamné à deux mois de « forteresse » (prison militaire), deux mois de réflexion. « La guerre n’est que la pitoyable réalité des relations entre les hommes, le signe meurtrier et fracassant de leur impuissance, l’expression aberrante de leur misère. Les rassurantes images de chevalerie se sont évanouies pour toujours. Je me sens devenir un homme parmi d’autres hommes ». « L’homme est fait pour aimer. Rien ne se fait, rien ne se commence tant que les hommes ne sont pas reconnus. Céder à la violence et à la torture, c’est renoncer à construire un monde humain. »

Après deux ans en Afrique, le Général rentre en France en 1960. Le putsch militaire en avril 61 à Alger le détermine à quitter l’armée qui se dresse contre le pays, il ne voulait pas être complice d’une aventure totalitaire. Fin mai 1961 il démissionne.
C’est 10 ans plus tard, lorsque paraît le livre de Massu reconnaissant la torture mais la justifiant que Jacques de Bollardière décide de ne plus se taire concernant ces infâmes exactions commises pendant la « pacification ». Il estime, et cela n’a guère évolué en 2016, que l’opinion publique est endormie par des organes d’information soigneusement tenus en tutelle. Mais la torture dégrade celui qui l’inflige plus encore que celui qui la subit. Jacques de Bolladière pense que la solution au problème algérien était politique et n’aurait pas dû passer par les combats.

Militant de la non-violence

La suite du parcours de Jacques de Bollardière est, aux côtés de son épouse et de ses cinq filles, de cultiver un jardin intérieur qui en fait pendant une quinzaine d’années un militant pacifiste, un militant de la non-violence.
La certitude que les hommes sont faits pour aimer, qu’un homme qui se veut libre sait qu’il ne peut trouver sa liberté qu’en acceptant celle des autres, ces convictions profondes lui donnent l’espoir qui ne le quittera jamais que l’homme humanisera ce monde en se faisant chaque jour davantage homme avec tous ses frères.

Les évènements récents, et d’autres moins récents doivent, sur les traces de Jacques de Bollardière, nous donner l’espoir de voir un monde meilleur, continuer à cultiver la fraternité et le dialogue, de tenter chaque jour de se faire plus humain. Ce serait sans doute l’hommage le plus précieux que nous pourrions lui rendre, trente ans après son décès.

Colette Drogoz

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