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Enjeux de mémoire : deux sociétés à un tournant

vendredi 20 novembre 2020, par Christian Travers

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Christian Travers participait le 16 octobre à une réunion organisée par SOS Racisme dans ses locaux, autour des enjeux de mémoire.

L’année 2022 marquera les soixante ans de l’indépendance algérienne. Il s’agissait donc de préparer les moyens d’influer sur les discours et les initiatives qui ne manqueraient pas de surgir pour l’occasion.
Alors que début 2021 Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune se verront remettre les rapports demandés à Benjamin Stora et Abdelmadjid Chikhi sur la réconciliation des mémoires entre les deux pays, l’année 2022 sera l’année du soixantenaire de l’indépendance, événement qu’il faut tenter d’exploiter afin d’offrir aux jeunesses de nos deux pays la perspective d’un avenir apaisé et partagé.
Il s’agissait aussi de réactiver le projet de SOS Racisme et du RAJ (Rassemblement Action Jeunesse qui représente en l’occurrence la jeunesse algérienne) : Regards croisés et rencontres interculturelles entre jeunes algériens et jeune français pour un avenir partagé, initié il y a près de trois ans.

La discussion rassemblait une petite trentaine de personnes en présentiel et une quinzaine en vidéoconférence grâce à Zoom, essentiellement des Algériens comme Akim Haddad, très engagé dans le Hirak, et les trois dirigeants du RAJ récemment emprisonnés, ainsi que Akim : Abdelouhad Fersaoui, Président, Fouad Ouicher, secrétaire général, et Djelal Mokrani, secrétaire général adjoint, qui nous avait reçus à Alger il y a deux ans.
La réunion était animée par Paul-Max Morin qui précisément prépare une thèse sur les mémoires de chaque côté de la Méditerranée et marginalement par Dominique Sopo, président de SOS Racisme.

Bref rappel historique à destination des jeunes générations

Le débat a été précédé d’un bref exposé de Paul-Max Morin permettant de resituer le contexte pour les jeunes participants, dont on peut retenir principalement :
– l’histoire de la colonisation et de la guerre de libération est constitutive encore aujourd’hui des deux pays. La colonisation a détruit le système social, économique et politique de l’Algérie. L’appropriation des terres a conduit à l’appauvrissement des agriculteurs et des éleveurs au point même de réduire, à cette époque, le nombre des habitants arabes et berbères.
– le code de l’indigénat a régi la relation inégalitaire entre européens et musulmans. Mais néanmoins l’Algérie c’était la France, avec des départements français, et les idées héritées du siècle des Lumières ont pénétré auprès des élites en terre algérienne.
– la violence de la colonisation puis de la guerre a été terrible et les camps de regroupement qui ont concerné deux millions de personnes ont ajouté à la déstructuration et à l’appauvrissement.
– il y a eu du côté algérien comme du côté français une guerre dans la guerre. Le régime algérien a caché les affrontements entre le MNA, Le FLN et le PCA. Il s’est agi de bâtir une mythologie enracinée dans la révolution et d’exprimer l’homogénéité du peuple algérien en en effaçant les identités kabyles ou juives.
– en France, depuis la troisième République, la colonisation est constitutive de la France d’aujourd’hui. L’identité française a été construite dès cette époque. Les Maltais, les Espagnols les Italiens, les Français et d’autres qui ont peuplé l’Algérie devaient constituer un corps homogène : français.
– la cinquième République est née de l’Algérie et il est étonnant et significatif qu’aucune commémoration ne soit venue célébrer ses 60 ans. Il ne fallait pas ouvrir la boite.
– on estime qu’aujourd’hui en France au moins dix millions de personnes sont familialement impactées par l’histoire algérienne.

Le moment est venu d’initiatives nouvelles

Aujourd’hui les deux Présidents semblent vouloir avancer sur le chemin de la réconciliation et de la coopération et sans angélisme ni illusion, c’est un moment à saisir :
– pour relancer le projet d’un OFAJ
– pour relancer l’initiative « Regards croisés » même si pour l’heure le Covid 19 y fait obstacle. 
Il est proposé que soient formés trois groupes de travail :
– relation franco-algérienne
– composantes de la société française
– composantes de la société algérienne

Les interventions, difficiles à suivre, en raison de problèmes de communication, ont fait ressortir :
– un accord du côté algérien sur le principe des trois groupes de travail, assorti de la demande de réfléchir plus avant pour en délimiter, éventuellement un ou deux autres
– la préoccupation majeure reste les revendications portées par le Hirak et c’est de la société civile qu’il faut attendre des avancées,
– en France comme en Algérie il faudrait revoir les hymnes nationaux trop guerriers,
– sur la colonisation et la guerre les jeunes n’ont pas la formation nécessaire et il faudrait y remédier. SOS Racisme en est d’accord et peut s’en charger mais cela ne doit pas entraver, parallèlement le travail des groupes. Il y a urgence.

De cette réunion on peut tirer les conclusions suivantes :
– en relisant la lettre de mission envoyée à Benjamin Stora on remarque que les objectifs ici décrits sont en ligne avec les demandes du président,
– on voit encore moins d’écarts entre les objectifs de SOS racisme et de RAJ et ceux de la 4acg, et en particulier ceux de la commission jeunesse.
On remarque enfin que l’Office franco-allemand pour la Jeunesse a pour cinquième objectif « transmettre à des pays tiers les expériences des échanges franco-allemands et de la réconciliation ». Nous serions donc tout à fait fondés à le consulter et à recevoir ses conseils, voire son soutien.

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