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D’une seule voix, nous avons porté le cri de la liberté. La douleur, par Djamila Bouhired

mercredi 15 juillet 2015, par Michel Berthelemy

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Née en 1935, Djamila Bouhired, militante FLN arrêtée et torturée par l’armée française en 1957, a échappé à la peine capitale grâce à l’action de l’avocat Jacques Vergès, qu’elle a épousé par la suite. Graciée et libérée en 1962, elle s’est, depuis cette date, tenue à l’écart du pouvoir tout en restant une militante engagée, notamment contre le pouvoir algérien actuel.

Dans le texte qui suit, intitulé La douleur, et publié par El Watan le 1er novembre 2012, elle s’adresse directement à ses frères et sœurs de combat.

La douleur.

D’une seule main nous avons brandi le glaive de la foi.
D’une seule voix nous avons porté le cri de la liberté.
Nos cœurs unis, nos corps meurtris
Vous êtes partis et je suis restée là, mon cœur meurtri
mes mains flétries

Novembre après novembre, jour après jour,
chaque nuit, à chaque instant
mon cœur bat au rythme des canons
et chaque coup porté frappe tout mon être.
D’un seul pas nous avons marché vers la liberté
d’un seul élan nous avons arraché notre dignité,
nos forces unies, nos âmes enlacées, nos cœurs lacérés.
Vous êtes partis et je suis restée là,
mon âme endolorie, mes larmes taries.
Novembre après novembre, année après année, chaque jour, à chaque souffle,
mon âme souffre

O douleurs, logées en mon sein
tel un enfant nourri de souvenirs incandescents
abreuvé par mes larmes de sang
Seule je marche dans tes rues, mon Algérie
notre Algérie tant aimée
Seule, je crie encore et toujours pour la liberté et la dignité.
Mon cœur uni au vôtre, j’avance avec vous
vos pas frôlent chacun de mes pas, vous êtes ma force
et vos enfants sont mon espoir.
Je ne suis pas partie avec vous, et vous êtes là pour toujours…

Novembre après novembre, j’irai porter des fleurs sur vos tombes.
Novembre après novembre et au-delà
je vous porte en moi, mes frères
et mes sœurs
mes mains scellées aux vôtres par la douleur
mon cœur uni au vôtre par l’amour d’une Algérie
qui sera toujours nôtre.

Pour en savoir plus, on pourra lire « Pour Djamila Bouhired », le manifeste de Jacques Vergès et Georges Arnaud publié en 1957 aux Editions de Minuit. Ou voir « Djamilah », le film réalisé en 1958 par Youssef Chahine.

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