Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre

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Depuis l’Intifada, des soldats israeliens refusent l’engrenage de la violence :

Association israelienne : « Il y a des limites »

Certains se retrouvent en prison.

lundi 5 janvier 2009, par 4ACG

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Extraits du site de l’Association Yesh Gvul

Car ceux qui portent les instruments de guerre
Et nous sommes de leur nombre,
Certains en pratique,
Certains dans une étreinte approbatrice
Sont aspirés, marmonnant « necessité » et « vengeance »,
Dans le domaine des crimes de guerre.

Nathan Alterman, 1948

Yesh Gvul (« Il y a des limites ! ») est un groupe israélien pour la paix dont l’objectif est de soutenir les soldats qui refusent les missions de répression ou d’agression. Le rôle brutal joué par la FDI (Force de Défense Israélienne) dans l’assujettissement de la population palestinienne met de nombreux militaires face à un grave dilemme moral et politique, puisqu’il leur est demandé d’appliquer des mesures qu’ils considèrent comme illégales et immorales. La hiérarchie militaire exige l’obéissance, mais de nombreux soldats, qu’ils soient appelés ou réservistes, considèrent que, en toute conscience, il ne leur est pas possible d’obéir aux ordres de leurs supérieurs.

L’actuelle Intifada palestinienne n’est pas la première situation dramatique de ce type à laquelle nous sommes confrontés. Yesh Gvul a été fondé en 1982 lors de l’invasion israélienne du Liban, alors qu’un nombre croissant de soldats prenaient conscience de ce que cette campagne militaire, avec son cortège de destructions et de morts, n’était qu’un acte d’agression pur et simple, parfaitement inutile, auquel ils ne voulaient pas prendre part. Parce qu’ils agissaient conformément à cette conviction, parce qu’ils refusaient de participer à cette campagne militaire, 168 appelés furent alors emprisonnés, certains à plusieurs reprises. Le nombre réel d’actes de désobéissance fut bien plus élevé, c’est pourquoi les autorités militaires renoncèrent finalement à poursuivre les refuzniks. Le début de l’Intifada palestinienne en 1987 suscita de nouveaux refus : près de 200 personnes furent arrêtées, mais cette fois encore l’armée n’osa pas emprisonner tous les récalcitrants. Il est significatif qu’un nombre disproportionné de refuzniks soient des officiers (du grade de sergent à celui de chef de bataillon), autrement dit des soldats qui dans le passé se sont distingués par leur mérite.

Depuis sa création, Yesh Gvul encourage le mouvement du refus. Bravant les intimidations officielles - notamment la surveillance étroite de la police et des services spéciaux - le groupe a proposé ses conseils aux soldats déchirés par le choix entre l’obéissance à des mesures qu’ils jugent abominables et la résistance à la discipline militaire. A ceux qui choisissaient de refuser de servir, Yesh Gvul a offert son soutien moral et matériel, en proposant une aide financière aux familles des refuzniks emprisonnés et en organisant des piquets aux portes des prisons. Chaque fois qu’un refuznik a été emprisonné, Yesh Gvul a travaillé à faire connaître son cas au public, afin qu’il constitue un exemple pour le mouvement pour la paix et pour les soldats confrontés au même dilemme.

Yesh Gvul est un petit groupe qui dispose de ressources limitées, tant sur le plan humain que financier ; mais la vigueur sans équivalent de son travail militant a eu un effet électrifiant sur l’ensemble du mouvement pour la paix, qui a trouvé dans l’exemple des refuzniks prêts à souffrir pour défendre leurs convictions une source d’inspiration morale. D’autres mouvements pour la paix se sont limités à des protestations verbales, s’arrêtant net devant le défi direct à l’autorité que constitue le refus. Mais Yesh Gvul ne pouvait accepter le syndrome « tire-puis-pleure » ; son propre slogan - « Nous ne tirons pas, nous ne pleurons pas, et nous ne servons pas dans les territoires occupés ! » - a fait de notre groupe le fer de lance du mouvement pour la paix.

Parce que ses membres ont des opinions politiques variées, Yesh Gvul n’est pas attaché à un plan de paix déterminé. Son objectif premier est de mettre fin à l’usage illégitime et honteux de la FDI (Force de Défense Israélienne !), et d’obtenir que soit mis un terme à l’occupation. Le groupe est uni autour du principe de « deux Etats séparés », comme moyen le plus sûr d’apporter une solution pacifique au conflit israélo-palestinien.

LES COMMANDEMENTS DE LA CONSCIENCE

Un objecteur : « Je ne voulais pas désobéir. Je ne souhaitais pas me trouver dans une telle situation. Je crois que j’aurais bien aimé ne pas en arriver là… Mais il y a des moments où l’on n’a pas d’autre choix que le refus. Ce »pas d’autre choix« constitue la dimension personnelle du refus. Ma ligne rouge n’est pas la vôtre, et inversement. Mais franchir cette ligne, c’est abdiquer votre personnalité, votre singularité, vos valeurs, et, surtout, les commandements de votre conscience. Jamais je n’aurais refusé de servir dans les territoires ; mais on m’a ordonné d’escorter et de garder pendant trois semaines des colons. Je devais conduire des fouilles corporelles sur des passants palestiniens, et éventuellement arrêter des personnes. Si j’avais fait ça, je n’aurais plus été moi-même. »

REFUS SELECTIF

Le « Refus sélectif » est un concept spécifiquement israélien, bien que des manifestations ponctuelles fondées sur des principes similaires aient eu lieu dans d’autres armées. Le Refus sélectif consiste à appliquer les principes de désobéissance civile, prônés par le Mahatma Gandhi et Martin Luther King Jr., dans un contexte militaire. Bien qu’il ne conteste pas la légalité du service militaire universel, ce principe affirme le droit et le devoir qu’a tout soldat de jauger les ordres qu’il reçoit et de rejeter les missions qu’il considère comme moralement et politiquement répugnantes. Contrairement au pacifisme ou à l’objection de conscience, le refus sélectif reconnaît qu’il existe des circonstances dans lesquelles le recours à la force est légitime, notamment lorsqu’il s’agit de résister à une agression extérieure ou de se libérer du joug d’une puissance étrangère ; mais il rejette l’usage de la puissance militaire à des fins indignes, comme les guerres de conquête ou l’asservissement d’une population civile.

Les refuzniks ne se soustraient pas aux conséquences de leur défi aux autorités légales : leur résistance à la hiérarchie militaire est ouverte et directe. Le fait qu’ils n’hésitent pas à payer le prix de leurs convictions donne à la protestation des refuzniks une dimension morale et politique sans commune mesure avec leur nombre.

Mais les refus ne font pas que stimuler le mouvement pour la paix, ils ont une influence directe sur les décideurs politiques qui se trouvent obligés de prendre en compte le fait que l’armée n’est pas une machine soumise et que les soldats ne sont pas des robots, les rouages impuissants d’un mécanisme qui les dépasse. De l’aveu même du commandant de la FDI, la vague de refus a été un facteur déterminant dans l’arrêt de la guerre du Liban de 1982-84. D’autres refus au moment de la première Intifada contribuèrent à convaincre les dirigeants israéliens de l’impossibilité d’écraser le soulèvement palestinien par des moyens militaires, ce qui conduisit à la reconnaissance de l’OLP et à des tentatives pour trouver une solution politique au conflit. Aujourd’hui, à l’heure du soulèvement dit d’al Akska, de très nombreux réservistes ont refusé leurs affectations, et, pour la première fois, un nombre significatif de jeunes appelés ont aussi refusé de prendre part à la répression.

PARRAINER UN REFUZNIK
Les efforts de Yesh Gvul en faveur des « refuzniks » ont bénéficié du soutien de sympathisants en Europe et aux USA. Des groupes et des individus soucieux de favoriser une solution pacifique au conflit se sont associés afin de soutenir les Israéliens emprisonnés pour avoir refusé la politique répressive de leur gouvernement. Le réseau de soutien comprend notamment des synagogues, des églises, des organisations de vétérans et des groupes de Juifs progressistes.
Chaque fois qu’un refuznik a été emprisonné, l’un des groupes de soutien a été alerté, provoquant ainsi de nombreuses initiatives : appels téléphoniques pour soutenir la famille du refuznik et à la prison dans laquelle il se trouvait interné ; pressions sur la mission diplomatique israélienne la plus proche ; et initiatives pour faire connaître l’existence en Israël d’un courant d’opinion attaché à la paix. Le groupe d’adoption offre aussi une assistance matérielle en réunissant des fonds pour les personnes dont le refuznik a la charge et pour aider la campagne de Yesh Gvul. Le réseau de soutien a constitué un apport inestimable aux efforts de Yesh Gvul.
NOUVELLE BROCHURE POUR LES SOLDATS

Ceci est une traduction de la brochure de Yesh Gvul distribuée aux soldats de la FDI :

SOLDAT

Nous voulons tous défendre notre pays.
Nous en avons tous assez du terrorisme.
Nous voulons tous la paix.
Mais nos actions permettent-elles de mettre un terme au cycle des violences ?

Depuis 1967, Israël exerce son autorité sur 3.5 millions de Palestiniens, gouvernant leurs vies par le biais d’une occupation imposée par la force, violant continuellement leurs droits fondamentaux.

Le régime d’occupation n’a fait qu’exacerber les problèmes de sécurité d’Israël ; à l’heure actuelle, il met en danger la vie de chacun de ses citoyens, la tienne incluse !

SOLDAT, tout dépend de toi !

Tes actions pendant ton service militaire bénéficient-elles vraiment à la sécurité nationale ou ces actions ne font-elles qu’encourager l’inimitié et les actes de violence entre nous et nos voisins palestiniens ?

TU PEUX FAIRE CESSER LA VIOLENCE
SOLDAT : L’OCCUPATION PRODUIT LE TERRORISME

Quand tu participes à des assassinats extrajudiciaires (à des « liquidations » selon les termes de l’armée) ;
Quand tu participes à la démolition de maisons de civils ;
Quand tu ouvres le feu sur une population civile non-armée ou sur des maisons ;
Quand tu déracines des plantations ;
Quand tu bloques les approvisionnements en nourriture ou en médicaments ;

TU PARTICIPES A DES ACTIONS DEFINIES PAR LES CONVENTIONS INTERNATIONALES (COMME LA QUATRIEME CONVENTION DE GENEVE) ET PAR LA LOI ISRAELIENNE COMME DES CRIMES DE GUERRE.

Il y a déjà quarante ans, une cour israélienne a établi qu’un soldat n’a pas le droit d’obéir à un ordre dont l’illégalité est flagrante.

Soldat - considères-tu que de tels crimes de guerre sont justifiables ?

Les actes de « liquidation » ne provoquent-ils pas des attentats-suicides ?
Peut-on justifier de détruire les maisons et de vandaliser les propriétés de familles entières ?
Peut-on justifier de tuer des enfants, des femmes, des vieilles personnes - et, de manière générale, des civils non armés ?
Quels motifs de « sécurité » justifient d’affamer des villages entiers et de priver des malades de soins ?

Soldat : est-ce que cette répression quotidienne, qui fait partie de la routine de l’occupation - le couvre-feu et le blocus, la confiscation de terres, le fait d’empêcher les gens de travailler et d’étudier, l’humiliation et le tracas des barrages, et les fouilles violentes des maisons palestiniennes - est-ce que tout cela ne nourrit pas la haine ?

L’OCCUPATION DOIT CESSER, LE CYCLE DE LA VIOLENCE DOIT CESSER !

SOLDAT : L’OCCUPATION FAIT PERDRE DES VIES

Même les responsables de la défense s’accordent pour dire qu’il n’y a pas de solution militaire au terrorisme.

« Tout le travail de prévention que nous avons mené cette année équivaut à essayer de vider la mer avec une petite cuiller, » a admit un haut fonctionnaire à la sécurité. (Haaretz, 19.12.2001)

Ami Ayalon, ancien chef de la police de sécurité (le Shabak), dit : « On ne peut tuer une idéologie en tuant ses chefs. »

Soldat, y a-t-il un peuple au monde qui ne résisterait pas à un régime d’occupation ?
Si vous étiez à la place des Palestiniens, accepteriez-vous de vous soumettre à une autorité étrangère ?

Il y a deux ans, nous étions convaincus que l’occupation du Liban Sud était vitale pour notre sécurité. Il y a vingt ans, nous étions certains que notre occupation de la péninsule du Sinaï garantissait notre sécurité. Mais en nous retirant de ces territoires, nous avons évité de faire couler le sang de nos soldats.

Depuis le début de l’actuelle Intifada, plus d’un millier de Palestiniens et d’Israéliens ont été tués, et la plupart d’entre eux étaient des civils non armés qui ne participaient pas aux combats. Aussi longtemps que nous continuerons à occuper les territoires palestiniens, nous ne cesserons pas de verser notre sang et celui des Palestiniens.

L’OCCUPATION DOIT CESSER - LE MASSACRE DOIT CESSER !

SOLDAT : L’OCCUPATION MINE NOTRE PAYS

Nous sommes tous soucieux du bien-être et de la prospérité d’Israël. Nous souhaitons que l’Etat investisse plus dans l’éducation, les services sociaux, la santé et le développement de nos infrastructures.

Mais afin de poursuivre l’occupation, l’Etat dépense des milliards pour l’entretien de l’armée dans les territoires, pour les colonies, pour faire des routes de contournement et tout le reste.

L’Etat réduit les sommes affectées aux services civils pour augmenter le budget militaire. L’occupation et les violences qu’elle entraîne plongent l’économie dans la récession. Les investisseurs fuient ; les touristes ne viennent plus ; des portions entières de l’économie vont à la ruine.

Ne serait-il pas préférable d’utiliser cet argent pour renforcer nos structures sociales ?
Ne serait-il pas préférable d’investir les fonds disponibles dans nos systèmes de santé et d’éducation qui connaissent aujourd’hui une situation dramatique ? Est-il légitime de négliger les vieux, les handicapés et les chômeurs au profit de nouvelles colonies ?

L’OCCUPATION DOIT CESSER, L’ARGENT PUBLIC DOIT ALLER AUX DEFAVORISES, PAS AUX COLONIES !

SOLDAT, L’OCCUPATION MINE L’ARMEE.

L’occupation est néfaste à l’armée et aux soldats. On rogne sur la formation parce que les soldats passent trop de temps en service de routine dans les territoires - à garder les colonies, à protéger les routes, et à faire des incursions dans les villes et les villages palestiniens.

On exige des soldats qu’ils servent dans des conditions inhumaines - comme ces quatre soldats d’une division blindée qui ont passé 234 heures d’affilée dans leur char. La défense de l’occupation passant avant tout, il ne leur a pas même été permis de se soulager.

Les sources militaires admettent que la routine de l’occupation épuise les soldats - et que l’épuisement entraîne une forme physique moindre, et par conséquent des accidents.

Ne vaudrait-il pas mieux se consacrer aux besoins de défense réels du pays ?

Mettre fin à l’occupation permettrait que l’armée soit mieux préparée au combat.

Ne vaudrait-il pas mieux réduire la charge à laquelle sont soumis les réservistes et accorder de meilleures conditions aux conscrits ?

L’OCCUPATION DOIT CESSER - REDUCTION DU SERVICE MILITAIRE A DEUX ANS !!
ALLEGEMENT DE LA CHARGE DES RESERVISTES !!

SOLDAT

Il y a des actes qu’un homme qui se respecte ne peut commettre, même sur ordre ! Rien ne peut justifier de démolir des maisons, de tuer des enfants, des femmes et des bébés, d’affamer le peuple voisin ou de refuser des soins médicaux à des gens comme vous et moi. Une telle conduite affaiblit la fibre morale de notre pays.

Ces actes sont réellement néfastes, même si on nous dit qu’ils sont nécessaires pour des « motifs de sécurité ». Chaque « liquidation » (meurtre) provoque un attentat. L’enfant que vous blessez aujourd’hui est le terroriste de demain. Quiconque est soucieux de la sécurité nationale doit refuser de commettre des actes qui entretiennent le terrorisme.

SOLDAT - TOUT DEPEND DE TOI

Nous n’avons pas de solution toute faite. Tu dois prendre ta propre décision, en écoutant ta conscience, tes sentiments, tes convictions. C’est une décision que nous ne pouvons pas prendre à ta place. La seule chose que nous pouvons te dire, c’est que beaucoup, beaucoup de soldats, ont dit « Non ! » aux crimes de guerre. Depuis la guerre du Liban, jusqu’à l’Intifada actuelle, des milliers de soldats - conscrits et réservistes - ont trouvé le courage de dire « NON ! »

Quiconque choisit de refuser doit venir de lui-même à cette décision. Mais lorsqu’il a pris sa décision, nous serons là pour l’aider, pour lui offrir des conseils, un soutien et de l’aide.

Car ceux qui ceignent les instruments de guerre -
Et ceci nous inclut -
Que ce soit de fait,
Ou par une tape approbatrice dans le dos,
Se trouvent jetés,
Marmonnant « nécessité » ou « vengeance »,
Dans le domaine des criminels de guerre.

Nathan Alterman, 1948

CONTACTER Yesh Gvul

Adresse : Yesh Gvul,PO Box 6953, Jerusalem 91068, ISRAEL

Téléphone : + 972 2 6250271
Fax : + 972 2 6434171

E-mail : peretz yesh-gvul.org Vous pouvez envoyer vos contributions à notre adresse ou faire un virement sur notre compte en banque :

Yesh Gvul, Acct no. 366614. Bank Hapoalim, King George St. Branch (690), Jerusalem, Israel. (Malheureusement nous n’avons pas encore la possibilité d’assurer l’exonération d’impôts de ces dons. Est-ce qu’une autre organisation pourrait nous aider ?)

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