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Algérie, An 2 du Hirak. Par Jacques Pradel

mardi 23 février 2021, par Michel Berthelemy , Jacques Pradel

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Jacques Pradel est l’un des responsables de l’ANPNPA (association nationale des pieds-noirs progressistes et leurs amis). Il est aussi un ami actif de la 4ACG. À l’heure du second anniversaire du Hirak, il nous fait partager ici sa vision de l’Algérie d’aujourd’hui. Merci à lui !

Mardi dernier 16 février des milliers d’Algériens venus des quatre coins du pays se sont retrouvés à Kherrata pour fêter un anniversaire. Kherrata, ville symbole, théâtre d’une part des massacres du 8 mai 1945 comme à Sétif et Guelma, d’autre part de la première grande mobilisation populaire contre le 5ᵉ mandat du président déchu : la « grande marche » du 16 février 2019 qui brisait l’interdiction de manifester en vigueur sous le règne de Bouteflika.
On sait la suite. Le pays dans son ensemble, sa jeunesse notamment, se mobilise à partir du 22 février 2019 ; c’est le Hirak, la révolution du sourire, pacifique et déterminée contre ‘le système’, avec ses manifestations hebdomadaires formidables (les vendredi et mardi, et ensuite les samedi), et ce pendant plus d’une année. C’est la mise à l’écart de Bouteflika, l’intermède avec le chef d’état-major Gaïd Salah, l’élection de Tebboune avec la bénédiction de l’armée, l’épidémie Covid et l’arrêt des manifestations décidé par le Hirak lui-même (puis interdites par le pouvoir).

Où en est-on aujourd’hui ? 
 
Le pays traverse une crise multiforme : Crise sanitaire, avec un système hospitalier défaillant face à l’épidémie Covid, mal maitrisée et d’autant plus menaçante qu’une vaccination de masse n’est pas à l’ordre du jour ; crise économique, avec les réserves financières qui s’épuisent, la rente pétrolière qui s’amenuise, le dinar qui se déprécie, « l’informel » qui continue de sévir, une économie à bout de souffle ; crise sociale avec le chômage qui enfle, la multiplication de revendications, de grèves et blocages divers, la reprise de l’émigration clandestine vers l’Europe, les ‘Harragas’, qui avait cessé avec les promesses du Hirak.
Attardons-nous sur la crise politique, avec d’un côté les forces vives du Hirak et de l’autre le pouvoir en place. Si les marches initiées par le Hirak sont à l’arrêt depuis le printemps dernier, ses partisans sont restés très actifs sur les réseaux sociaux, dans la presse, etc., les mobilisations sporadiques qui s’en réclament se multiplient, la diversité des organisations progressistes (divers partis politiques, syndicats non-officiels, ligues et associations…) s’y reconnaissent. Le Hirak n’a cependant ni porte-parole ni direction ou leader politique ; s’y mêlent des forces très différentes - partis de gauche ou islamiste ‘modéré’ comme Jil Jadid, organisations laïques, associations féministes, de jeunesse, etc. - regroupées contre la perpétuation du système. De fait, la pression populaire que le Hirak exerce n’a jamais cessée ; elle prend aujourd’hui de l’ampleur.

Ouverture et répression, une pratique bien rodée

Du côté du pouvoir, le président Tebboune use d’une pratique bien rodée : ouverture et répression. Il n’est pas avare de déclarations à l’éloge du mouvement populaire et de la beauté du Hirak ; comme son prédécesseur Gaïd Salah, il poursuit la traque de ceux des fraudeurs de l’ère de Bouteflika qui n’étaient pas de son bord. Pourtant si mal élu (60% d’abstention aux présidentielles de 2019, suivant le très contesté taux ‘officiel’…), il joue la carte de la légitimité républicaine (relevons ici l’appui qui lui est apporté par la France avec les visites de Darmanin et les déclarations de soutien de Macron) ; légitimité lorsqu’il propose une modification de la constitution (contestée par les hirakistes et adoptée par référendum le 1ᵉʳ novembre 2020, plus de 75% d’abstention !), lorsqu’il consulte avec grand tapage des partis politiques d’opposition, lorsqu’il dissout l’Assemblée Populaire Nationale et annonce une nouvelle loi électorale pour les élections à venir. En même temps que ce semblant d’ouverture, pour que rien ne change sur le fond face à la montée du mécontentement populaire, il accentue la répression contre des militants politiques, journalistes pas dans la ligne et partisans du Hirak les plus en vue ; avec une justice aux ordres qui un coup gracie et un coup condamne, des dizaines de militants ou de simples manifestants, d’animateurs de média indépendants, de blogueurs, de bdistes, sont arrêtés, jugés, emprisonnés. Une crispation du régime qui répond au nouveau souffle du Hirak.

Mardi dernier 16 février à Kherrata, la nouvelle « grande marche » bravait, brisait l’interdiction de toute manifestation de rue. Les mots d’ordres étaient ceux qui avaient fleuri précédant la chute de Bouteflika, car ils sont toujours d’actualité : “Système dégage”, “Libérez l’Algérie”, “Libérez la justice”, “Pour un État civil et non militaire“, “Pour une Algérie libre et démocratique“ … Qu’en sera-t-il le 22 février dans le reste du pays ?

Jacques Pradel

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